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Amériques

Les élus républicains chargent Obama après une série de scandales

© AFP

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 15/05/2013

Barack Obama croule sous les scandales. Les Républicains lui reprochent des abus de pouvoir dans trois affaires : des écoutes de journalistes, des enquêtes illégales du fisc ainsi que la mauvaise gestion de l'attaque du consulat de Benghazi.

Alors que sa réforme sur l’encadrement des armes à feu a été rejetée en avril et qu'il essaye de redresser la situation économique et budgétaire des États-Unis, Barack Obama se serait bien passé de nouvelles critiques. Les ennuis se sont accélérés ces derniers jours pour le président américain qui fait face à une série de scandales. Ces affaires font le bonheur des Républicains qui accusent la Maison Blanche d’abus de pouvoir.

Des groupes Tea Party ciblés à dessein par le fisc américain, Obama dénonce un "scandale"

La tempête a éclaté le 10 mai lorsque le fisc américain (IRS, Internal Revenue Service) a reconnu avoir commandé des enquêtes visant plus particulièrement des groupes politiques néo-conservateurs. Toutes les associations comportant le nom "Tea Party" - mouvance ultra-conservatrice opposée à l’État fédéral et aux impôts - ou encore "Patriot" ont ainsi été sélectionnés par l’IRS pour un examen approfondi.

Ces révélations ont déclenché la fureur des conservateurs qui dénonçaient depuis un an ce "harcèlement" du fisc et des tentatives d’intimidation politique de la part du gouvernement Obama.

En réponse, le président américain a affirmé le 13 mai qu’il serait "scandaleux" que le fisc américain ait visé ces groupes en particulier et promis que les responsables devraient "rendre des comptes". Une enquête a d’ailleurs été ouverte le lendemain par le ministre de la Justice, Eric Holder, pour déterminer la responsabilité de l’administration fiscale américaine. "Le FBI travaille avec le ministère de la Justice pour voir si la loi a été violée dans l’affaire liée à l’IRS", a déclaré le ministre.

Quand le ministère de la Justice met sur écoute des journalistes

À cette embarrassante affaire est venue s’ajouter, lundi, un autre scandale concernant le ministère de la Justice. L’agence de presse Associated Press a annoncé que deux mois de relevés d'appels (avril et mai 2012) de certains de ses journalistes avaient été saisis à l'instigation du parquet fédéral.

L’agence de presse AP espionnée par l’administration américaine

La justice américaine aurait pris cette décision pour débusquer des agents au sein de la CIA qui auraient divulgué des informations sensibles à AP. L’agence américaine avait en effet révélé en mai 2012 qu’une opération de la CIA au Yémen avait permis de déjouer un projet d'attentat d'al-Qaïda visant à faire exploser une bombe à bord d'un avion à destination des États-Unis.

Les Républicains n’ont pas tardé à monter au créneau pour dénoncer une violation des libertés. "L’administration a eu une semaine difficile, mais la semaine a été encore plus dure pour le premier amendement [cet amendement interdit notamment au Congrès des États-Unis d'adopter des lois limitant la liberté d'expression et la liberté de la presse, ndlr]", s’est ainsi emporté Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine au Sénat.

Dans le camp même des Démocrates, des voix se sont élevées contre ces écoutes. Le sénateur Harry Reid a jugé cette procédure "inexcusable". "J’ai du mal à défendre ce qu’a fait le ministère de la Justice (...), il n’y a aucun moyen de le justifier", a-t-il dit.

Comme dans l’affaire de l’IRS, le ministre de la Justice Eric Holder a dû se justifier. Selon lui, cette procédure a dû être lancée car il s’agissait des "fuites les plus graves" qu’il ait jamais connues dans sa carrière. "Ce n'est pas une exagération, cela mettait les Américains en danger et tenter de déterminer qui en était responsable, je pense, exige une action très offensive", a-t-il ajouté mardi.

Des ratés en matière de sécurité ?

Au-delà de ces affaires de politique intérieure, l’administration américaine fait face à un troisième scandale. Les élus républicains lui reprochent d’avoir voulu dissimuler les dysfonctionnements qui ont conduit à l’attaque du consulat américain de Benghazi en Libye. Ces violents attentats avaient coûté la vie à quatre Américains dont l’ambassadeur Christopher Stevens, le 11 septembre 2012.

L'ambassadeur américain en Libye tué dans une attaque à Benghazi

Pour ne pas ternir son bilan avant l’élection présidentielle du 6 novembre, les Républicains affirment que Barack Obama a fait taire le caractère "terroriste" de cette attaque et mis en avant la version selon laquelle il s’agissait d’une violence spontanée en réponse à la vidéo islamophobe "L’innocence des Musulmans" dont le contenu avait déclenché des manifestations dans plusieurs pays musulmans.

Le président américain a encore une fois nié ses accusations et accusé ses adversaires de vouloir faire "diversion". "Le lendemain de cette attaque, j'avais reconnu qu'il s'agissait d'un acte terroriste", a-t-il déclaré lundi. "Le fait qu'on continue à en parler, franchement, a beaucoup à voir avec des motivations politiques".

Le plus mauvais moment

Acculé de toute part, Barack Obama ne passe plus une journée sans devoir se justifier sur une nouvelle affaire. Cette multiplication de scandales est surtout très dommageable pour le président, à un an des élections à la chambre des Représentants qui auront lieu en novembre 2014. Pour de nombreux experts, il ne reste plus beaucoup de temps au président pour pouvoir faire passer d’éventuelles réformes avant la prochaine campagne.

"C’est une pluie torrentielle et elle arrive au plus mauvais moment, car la fenêtre est en train de se fermer. Cela va être très, très difficile", estime ainsi Matt Bennet, un ancien assistant du président Bill Clinton, interrogé par AP.

Face à ce déchaînement de révélations, certains observateurs n’hésitent pas à faire référence au scandale du Watergate qui avait coûté sa présidence à Richard Nixon en 1974.

Mais comme le note le journaliste John King de CNN, les hommes politiques peuvent aussi très bien réussir à "surmonter ces scandales". En 1986, le camp démocrate avait utilisé l’affaire Iran-Contra (des membres de l'administration Reagan ont vendu illégalement des armes à l'Iran pour financer secrètement les Contras, un mouvement contre-révolutionnaire nicaraguayen de lutte armée) pour tenter de déstabiliser Ronald Reagan et le vice-président Georges Bush. Mais ce dernier avait pourtant bien été élu en 1988.

Première publication : 15/05/2013

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