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Afrique

Ennahda interdit le congrès des salafistes à Kairouan

© AFP | Abou Iyadh (à d.), le chef d'Ansar Al-Charia, à Kairouan, le 20 mai 2012.

Vidéo par François GOULIN

Dernière modification : 18/05/2013

Le gouvernement a décidé de faire preuve de fermeté en interdisant les djihadistes du groupe Ansar Al-Charia de se rassembler dimanche à Kairouan comme ils le souhaitaient. Depuis la révolution de 2011, les tensions avec les salafistes s'accroissent.

Le week-end s’annonce tendu en Tunisie où Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, a officiellement interdit aux djihadistes du groupe radical Ansar Al-Charia de se rassembler comme ils le souhaitaient dimanche 19 mai à Kairouan (centre de la Tunisie). La raison invoquée est "la violation de la loi et la menace que [ce congrès] représente pour la sécurité et l'ordre public", a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

Plus tôt dans la semaine, Rached Ghannouchi, l'influent chef d'Ennahda, avait déjà prévenu qu'il ne comptait pas laisser les salafistes organiser cet événement car ils n’avaient pas obtenu l’autorisation préalable qu'exige la loi encadrant toute activité publique des partis et associations. "Les autorités doivent appliquer la loi sans distinction, nous soutenons la fermeté du gouvernement à faire appliquer la loi pour tous", avait-il déclaré.

"Nous n'avons pas besoin de l'autorisation du gouvernement"

Mais Ansar Al-Charia est déterminé. "Nous ne demandons pas l'autorisation du gouvernement pour prêcher la parole de Dieu et le mettons en garde contre toute intervention de la police pour empêcher la tenue du congrès", a déclaré jeudi Seifeddine Raïs, le porte-parole du groupe salafiste.

La semaine dernière, la police avait été contrainte d’intervenir pour arracher des tentes à Tunis et dans plusieurs villes de province où les salafistes s'étaient installés sans autorisation pour faire du prosélytisme avant d'être dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes.

Ansar Al-Charia , qui dit attendre plus de 40 000 personnes au congrès, a prévenu que "le gouvernement sera responsable de toute goutte de sang qui sera versée".

"Dialogue impossible" entre Ennahda et les salafistes

Jusqu’à présent, la position du leader d'Ennahda consistait à privilégier l’option de la discussion et du consensus mais pour la première fois le recours à la force est envisagé si la situation dimanche l’impose. "Le dialogue n'est pas possible avec ceux qui utilisent les armes et sèment les mines", a-t-il lancé jeudi en référence, notamment, aux djihadistes armés du mont Chaambi, théâtre depuis fin avril d'opérations de ratissage continu, selon les autorités.

Le ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, un indépendant, a menacé quant à lui de poursuivre "toute personne appelant au meurtre, incitant à la haine [...] ou plantant des tentes de prêche", en allusion au dispositif utilisé par les salafistes pour prêcher et diffuser leurs idées.

Ce bras de fer à haut risque entre le gouvernement et les djihadistes intervient alors que la Tunisie est confrontée depuis la révolution de janvier 2011 à la montée de groupuscules salafistes responsables de violences. Une situation qui provoque le mécontentement de l'opposition et de nombreux observateurs accusent Ennahda d'avoir fait preuve de laxisme face à cette mouvance rigoriste de l'islam sunnite.

Inscrit comme ONG, Ansar Al-Charia est née en avril 2011 et ses dirigeants ont bénéficié d'une amnistie générale dans la foulée de la révolution. Son chef, Saif Allah Bin Hussein (Abou Iyadh), un vétéran de l’Afghanistan et ancien combattant d’Al-Qaïda, estime qu’Ennahda mène une politique contraire à l’islam et a menacé récemment de faire la guerre au gouvernement. Saif Allah Bin Hussein est également soupçonné d'être l'organisateur de la violente attaque contre l'ambassade des États-Unis ayant fait quatre morts et des dizaines de blessés le 14 septembre à Tunis.

FRANCE 24 avec dépêches

Première publication : 17/05/2013

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