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Asie - pacifique

Présidentielle iranienne : "Vers un pouvoir sans partage du Guide suprême"

© AFP | L'Ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême.

Vidéo par Antoine MARIOTTI , Nay NAAYEM

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 22/05/2013

Seuls huit candidats ont été retenus pour la présidentielle iranienne de juin, les candidats les plus réformateurs ayant été écartés. Pour Azedeh Khian-Thiébaut, spécialiste de l’Iran, cette décision illustre la dérive autoritaire du régime.

Ils étaient 686 à vouloir se présenter à l'élection présidentielle iranienne du 14 juin 2013, mais seuls huit d'entre eux ont été autorisés à briguer le poste de président de la République islamique. Ainsi en a décidé le Conseil des gardiens de la Constitution, qui a notamment écarté la candidature du protégé de l'actuel président Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Mashaïe, ainsi que celle de l'ancien président Rafsanjani.

Mahmoud Ahmadinejad ne figure pas non plus sur la liste des sélectionnés, la Constitution iranienne interdisant aux présidents d'exercer plus de deux mandats.

Parmi les huits candidatures retenues, figurent cinq conservateurs, contre seulement un modéré et un réformateur (voir encadré).

Azadeh Khian-Thiébaut, chercheuse au Centre national de recherche scientifique (CNRS) spécialiste de l’Iran et professeur de sciences politiques à l’Université Paris VII, analyse les choix du régime iranien. Selon elle, l’Iran se dirige de plus en plus vers un régime autoritaire.

FRANCE 24 : Où en est le modèle républicain que prônait la République islamique après la révolution de 1979 ?

Azadeh Khian-Thiébaut : La Constitution de la République islamique prévoyait, à

Les candidats à la présidentielle iranienne

Conservateurs

  • Ali Akbar Velayati, ex-chef de la diplomatie iranienne
  • Mohammad Bagher Ghalibaf, maire de Téhéran
  • Gholam Ali Haddad-Adel, ex-président du Parlement
  • Saïd Jalili, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur en chef du dossier nucléaire iranien
  • Mohsen Rezaï, ex-responsable des Gardiens de la révolution

Modérés

  • Hassan Rohani, ex-négociateur du dossier nucléaire
  • Mohammad Gharazi, ex-ministre de Rafsandjani (président entre 1989 et 1997)

Réformateur

  • Mohammad-Reza Aref, ministre des Télécommunications sous Khatami

l’origine, la cohabitation de deux composantes au sein de l’appareil exécutif du régime : d’un côté les républicains et de l’autre, les religieux. Les premiers tenaient à ce que le régime tire sa légitimité des élections, d’un vote du peuple. C’est la raison pour laquelle, même pendant la guerre Iran-Irak, le pays n’a jamais dérogé à l’organisation d’élections.

Ces scrutins ont toujours été contrôlés par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui filtre les candidatures. Jusqu’en 2009, un certain modèle républicain a été respecté et le pays a vécu des alternances politiques. Le camp réformateur est d’ailleurs arrivé au pouvoir en 1997, avec l’élection de Mohammad Khatami, réélu en 2001.

Mais à la suite des fraudes électorales massives qui ont eu lieu en 2009 [Mahmoud Ahmadinejad a été déclaré vainqueur de la présidentielle en juin 2009 à l’issue d’un scrutin dont les résultats ont été violemment contestés, NDLR], il me semble que le régime – j’entends le Guide [Ali Khamenei, NDLR] et ses proches – a décidé d’en finir avec la composante dite républicaine.

Assiste-t-on a une dérive autoritaire dans le pays ?

Oui, absolument. La situation est en train de se dégrader, parce que même les réformateurs et les modérés qui font partie de ce système -  Hachémi Rafsanjani [président de l’Iran entre 1989 et 1997] en est un pilier – ne sont plus tolérés. Rafsanjani paye le fait d’avoir défié le Guide en prenant ouvertement partie pour le ‘Mouvement vert’ en 2009 [mouvement de révolte qui a suivi l’annonce de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, NDLR].

En écartant les candidatures d’Hachémi Rafsandjani et de Esfandiar Rahim Mashaïe [le dauphin d’Ahmadinejad, considéré comme un modéré, NDLR], le Guide suprême Khameneï donne libre court à ses penchants autoritaires. Qui sont ces membres du Conseil des gardiens de la Constitution qui déterminent qui peut ou non se porter candidat à l’élection ? Six cléricaux nommés par le Guide, qui sont ainsi comme des porte-voix de celui-ci. Les Iraniens font face à l’émergence d’un pouvoir sans partage du Guide suprême, dans lequel même des gens qui lui étaient proches, comme Rafsandjani, n’ont désormais plus droit de cité.

Pourtant, plusieurs candidats réformateur et modérés sont autorisés à se présenter à l’élection présidentielle…

Oui, il y a Mohammad-Reza Aref, qui a été le vice-président de Khatami entre 2001 et 2005.  C’est un réformateur modéré. Et le conservateur modéré Hassan Rohani, un enturbané proche de Rafsanjani. Mais tous deux ont surtout été habilités à se présenter pour faire de la figuration, pour donner l’illusion que les candidats ne sont pas tous issus du même rang. Alors que l’élection va en réalité se jouer entre conservateurs. Ni Aref, qui n’a aucun charisme, ni Rohani ne pourront mobiliser les électeurs réformistes. Rafsanjani était le seul à pouvoir y prétendre.

Première publication : 22/05/2013

  • IRAN

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