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Economie

La transition économique chinoise n'est pas un long fleuve tranquille

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 23/05/2013

Mauvaise nouvelle en provenance de Pékin : l’économie chinoise confirme son ralentissement. Une mauvaise passe qui met en lumière les faiblesses du modèle chinois. Les autorités tentent, parfois dans la douleur économique, de rectifier le tir.

La Chine n’est pas au mieux de sa forme économique. La publication de l'indicateur de l'activité manufacturière - établi par la banque HSBC - confirme, jeudi 23 mai, un ralentissement de l’activité. Cet indice s’est établi, en mai, à 49,7 points soit sa plus mauvaise performance en sept mois. Un piètre résultat qui a refroidi les ardeurs des Bourses asiatiques, infligeant à l’indice japonais Nikkei sa plus forte chute (-7,2%) en trois ans.

Une mauvaise nouvelle qui intervient un mois après que Pekin a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2013. “C’est une conséquence du ralentissement mondial qui fait éclater au grand jour les faiblesses de l’économie chinoise”, souligne Mary-Françoise Renard, directrice de l’Institut français de recherche sur l’économie de la Chine (Idrec), contactée par FRANCE 24. Pour cette spécialiste, les problèmes sont nombreux : trop grande dépendance aux exportations, arrivée à terme des plans étatiques de soutien à l’investissement, inégalités sociales ou encore faiblesses du système bancaire chinois.

Mais, surtout, cette nouvelle donnée inquiète car elle démontre “que la demande intérieure n’a pas permis de contrebalancer la baisse des exportations due la crise”, affirme Donna Kwok, économiste spécialiste de la Chine à HSBC. “Cette baisse de l’activité manufacturière confirme que la Chine demeure avant tout une puissance exportatrice”, rajoute Mary-Françoise Renard.

Le grand dessein de Pékin - faire en sorte que la consommation intérieure soit le moteur de la croissance - n’est pas encore prêt à se concrétiser. En cause d’après l’économiste française : une protection sociale insuffisante dans l’ex-Empire du Milieu. “Au lieu de consommer, les Chinois épargnent pour leur retraite ou les études de leurs enfants”, constate Mary-Françoise Renard.

Pour autant le ralentissement chinois n’est pas, pour l’heure, une menace pour la planète. “Il n’annonce pas une crise économique dans le pays, mais traduit plutôt les difficultés du processus de transition d'un modèle de croissance vers un autre”, analyse la directrice de l’Idrec. Un changement plus lent que prévu à mettre en œuvre. La baisse de l’indice manufacturier “doit servir de piqûre de rappel pour les autorités chinoises qui se sont montrées trop optimistes ces derniers temps”, juge, dans le quotidien britannique "The Financial Times", Shen Jianguang, un économiste de la banque d’investissement japonaise Mizuho securities.

La Chine plus radine

Le message est clair : “Pékin doit garder le cap des réformes sociales et financières pour favoriser au plus vite sa demande intérieure”, affirme Mary-Françoise Renard. Pour stimuler la consommation, les autorités chinoises devraient dès cet été, d'après le "Financial Times", soutenir des projets d'urbanisation dans les zones rurales et aussi mettre en place un réforme fiscale qui inciterait les banques à prêter davantage aux petites et moyennes entreprises.

Cette marche forcée vers une économie où le consommateur chinois est roi serait en fait une bonne chose pour les pays occidentaux. “À moyen terme, c’est une opportunité de trouver des nouveaux débouchés pour les entreprises françaises et autres”, confirme Mary-Françoise Renard.

Seul souci : ce changement d’orientation économique fait planer une ombre sur les dettes américaines et des pays européens. “À l’heure actuelle, la Chine dégage un énorme excédent commercial qu’elle réinvestit en prêtant une partie de cet argent aux autres pays”, rappelle Mary-Françoise Renard. Lorsque Pékin se sera éloigné, d’ici une dizaine d’années, de ce modèle de puissance essentiellement exportatrice, le pays aura, du coup, moins de réserves à distribuer. Les États, à commencer par les États-Unis, qui financent leur train de vie en grande partie grâce à la Chine, ont intérêt à se préparer à voir leur principal prêteur devenir beaucoup moins généreux.

Première publication : 23/05/2013

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