Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

REVUE DE PRESSE

"Un Mozart social-libéral à Bercy"

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Si j'abandonne, tout s'effondre"

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Gouvernement Valls II : remaniement ou reniement ?

En savoir plus

DÉBAT

Gouvernement Valls II : le bon choix ?

En savoir plus

LE JOURNAL DE L'ÉCONOMIE

Macron, l'anti-Montebourg à Bercy

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Les ennemis de mes ennemis ne sont pas mes amis"

En savoir plus

SUR LE NET

« L’Ice Bucket Challenge » détourné par un acteur américain

En savoir plus

SUR LE NET

Le convoi russe en Ukraine : pourquoi et pour qui ?

En savoir plus

MODE

Grand prix du livre de mode 2014

En savoir plus

  • Affaire Tapie : Christine Lagarde mise en examen pour "négligence"

    En savoir plus

  • Emmanuel Macron, un ex-banquier touche-à-tout à Bercy

    En savoir plus

  • Theo Curtis, ex-otage américain en Syrie, est arrivé aux États-Unis

    En savoir plus

  • Vidéo : Lalish, capitale spirituelle et dernier refuge des Yazidis d'Irak

    En savoir plus

  • En images : les ministres du gouvernement Valls II

    En savoir plus

  • Ligue des champions : Porto élimine Lille, reversé en Ligue Europa

    En savoir plus

  • Cessez-le-feu à Gaza après sept semaines de guerre entre Israël et le Hamas

    En savoir plus

  • Transferts : Samuel Eto’o signe à Everton

    En savoir plus

  • Rencontre Poutine - Porochenko : "Le sort du monde se joue à Minsk"

    En savoir plus

  • Pictet, une importante banque suisse, publie ses premiers résultats depuis 209 ans

    En savoir plus

  • Aaron Sofer, un étudiant juif américain, porté disparu en Israël

    En savoir plus

  • Liga : Munir El Haddadi, la nouvelle perle du Barça

    En savoir plus

  • Mineurs, lieux publics... l'OMS prend position contre la e-cigarette

    En savoir plus

  • Libye : les Occidentaux dénoncent les "ingérences extérieures"

    En savoir plus

Culture

La Tunisie, fière d'Abdellatif Kechiche mais embarrassée par "La Vie d'Adèle"

© Mehdi Chebil / FRANCE 24 | Abdellatif Kechiche au Festival de de Cannes

Vidéo par Clovis CASALI

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 09/10/2013

La Palme d'or d'Abdellatif Kechiche est accueillie avec émotion et fierté en Tunisie. Le film a pourtant peu de chances d'être projeté dans ce pays où l'homosexualité est non seulement taboue mais toujours punie par la loi.

L’impression que quelques poussières d’or de la Palme ont traversé la Méditerranée jusqu’en Tunisie. Que la fierté d’Abdellatif Kechiche est contagieuse à tout un pays. De ce côté de la rive, les confrères du réalisateur, les cinéphiles et certaines figures politiques ne tarissent pas d’éloges au sujet de "l’enfant du cinéma tunisien", devenu nouvelle coqueluche du cinéma mondial depuis qu’il a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes pour son film "La vie d’Adèle, chapitre 1 et 2".

Abdellatif Kechiche, né en Tunisie en 1960 et débarqué à Nice à l’âge de 6 ans, a toujours gardé un pied dans son pays natal. Dimanche 26 mai, en recevant la Palme d’or des mains d’Uma Thurman, le réalisateur a d’ailleurs dédié son prix autant à la "belle jeunesse française qui [m’a] beaucoup appris sur l’esprit de liberté et de vivre ensemble" qu’à "la révolution tunisienne, pour leur aspiration à vivre librement, s’exprimer librement et aimer librement". Sur France Inter, il s'est dit "autant Français que Tunisien, et autant Tunisien que Français".

Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos à Cannes. © Mehdi Chebil

Le tabou des tabous

Le parcours de Kechiche est l’histoire d’un Tunisien qui aime les films et les acteurs et finit par être reconnu par le cinéma mondial, résume le réalisateur tunisien Nouri Bouzid, qui a donné à Kechiche l’un de ses principaux rôles à l’écran en 1992 dans "Bezness" (où Kechiche jouait le rôle d’un homme qui vit de ses charmes) et l’a encouragé dans son envie de passer derrière la caméra. "Depuis ‘La Graine et le Mulet’ (2007), je suis très fier du cinéaste qu’il est devenu, parce qu’il a réussi à s’installer dans le paysage du cinéma français avec un film sur les Beurs. A présent, il réussit à analyser finement la société française et est mondialement reconnu pour cela", s’enthousiasme Nouri Bouzid, interrogé par FRANCE 24. "D’habitude, quand un immigré fait un film sur les Français de souche, il se rate. Pas lui. Il n’est pas le petit Arabe qui parle des Français. Il va plus loin encore : sa liberté est sans frontières. C’est d’autant plus extraordinaire qu’il y parvient en touchant la question homosexuelle de façon libre, alors que c’est le tabou des tabous au Maghreb."

"L'homosexualité, tabou d'entre les tabous en Tunisie"

L’homosexualité, montrée dans des scènes longues et sensuelles dans "La vie d’Adèle", est non seulement taboue mais punie par la loi tunisienne. Début avril, Mounir Baâtour, avocat et homme politique, est en détention préventive pour flagrant délit de "sodomie" avec un autre homme dans un grand hôtel de Tunis, rappelle David Thomson, le correspondant de FRANCE 24 à Tunis.

La classe politique dirigeante tunisienne s’est montrée pour l’instant peu loquace sur le sujet. Le ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, a simplement annoncé à la dernière minute qu’il ne se rendrait pas à la projection de "La vie d’Adèle" à Cannes - annulation qui a fait jaser les Tunisiens modernistes sur le Web. Au lendemain de la remise de la Palme d’or, le directeur général du cinéma au ministère de la Culture, Fathi Kharrat, a exprimé sur la radio Kalima sa "fierté qu’un réalisateur arabe emporte la Palme d’or", mais a pris des pincettes pour évoquer le fond du film, qui lui est apparu comme "très professionnel, réalisé avec une sensibilité particulière et qui s’adresse à un environnement particulier".

Cela signifie-t-il que le film a peu de chances d’être diffusé en Tunisie ? "Le film peut intéresser une portion de Tunisiens, mais c’est sûr que certains peuvent avoir des réserves", a répondu le directeur général du cinéma au ministère de la Culture. Voire susciter des réactions violentes ? "C’est très probable", admet-il.

Vidéo-clubs et DVD piratés

L’éventuelle projection de "La vie d’Adèle" dans les cinémas tunisiens fait déjà l’objet de débats sur le Web. Le magazine en ligne Mag14 prédit "un 'séisme filmique' s’il venait à être projeté dans l’une [de nos] salles obscures en voie de disparition. Surtout dans un contexte où même le camp dit 'moderniste' s’effarouche (encore) pour la poitrine d’Amina [une militante du mouvement féministe Femen, convoquée le 30 mai devant un tribunal, NDLR]". D’autres parient sur des projections dans des quartiers ciblés et à certaines heures - "par exemple à la Marsa [quartier chic de Tunis, NDLR], en séance du soir", suggère Nouri Bouzid. D’autres encore misent sur les circuits parallèles de diffusion des films. "Je crois que pour voir 'La vie d’Adèle' dans son pays natal, nous devrons tous être reconnaissants aux vidéo-clubs et à l’industrie du piratage en Tunisie", ironise l’organisateur du festival américain indépendant Views of America, Hisham Ben Khamsa, sur Mag14.

Les télévisions tunisiennes y réfléchiront à deux fois avant de diffuser le long-métrage. Le précédent exemple de "Persepolis", dessin animé de la franco-iranienne Marjane Satrapi, qui a provoqué les foudres des islamistes extrémistes au moment de sa diffusion sur Nessma TV en 2011, reste dans toutes les mémoires.

"Empêcher que ce film soit vu serait anti-démocratique", a insisté Kechiche sur France Inter. Aussi, "pour ne pas offusquer une coutume, une tradition", Abdellatif Kechiche s’est dit prêt à "couper tel ou tel plan, mais sans sacrifier ce qu’est le film". Il existera donc probablement une mouture de "La vie d’Adèle" spécialement adaptée à la Tunisie et aux pays arabes.

 

Première publication : 27/05/2013

COMMENTAIRE(S)