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REPORTAGE - En Afghanistan, le rêve de visa pour l'Iran tourne court

© Capture France 24

Vidéo par Sylvain LEPETIT , Miyuki Droz ARAMAKI

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 29/05/2013

Alors que le retrait des troupes étrangères est annoncé pour 2014, l'exode des Afghans, craignant le retour de la guerre civile, s'accélère. Nombre d'entre eux tentent d'obtenir un visa pour l'Iran.

Comme chaque matin, l'ambassade iranienne à Kaboul est prise d'assaut bien avant son ouverture. Des dizaines d'hommes et de femmes se pressent pour obtenir un visa, le précieux sésame pour quitter l'Afghanistan avant le retrait des troupes étrangères, prévu en 2014. Mais la procédure est longue et peut surtout ne jamais aboutir.

"J'attends mon visa depuis 7 mois...", raconte un homme, papiers à la main, devant la représentation iranienne. "Pour ceux qui ont de l'argent, c'est facile : tu payes 3 000 dollars (environ 2 300 euros) et tu as ton visa. L'ayatollah Khomeiny disait que l'islam n'a pas de frontière mais nous, les Afghans, on nous refuse l'accès à son pays", regrette un autre.

Rasun, jeune ouvrier dans le bâtiment, a déjà dépensé 200 euros en démarches administratives, soit l'équivalent de deux mois de salaire. Aujourd'hui encore, il rentre bredouille après de longues heures d'attente.

"Je suis obligé de partir", insiste Rasun. "Je dois subvenir aux besoins de 15 personnes de ma famille. Par rapport à d'autres pays, c'est plus simple de partir en Iran : on a la même culture, la même langue."

Franchir illégalement la frontière

Mais, comme les Etats-Unis ou l'Europe, l'Iran, en proie à une grave crise économique, a durci sa politique d'immigration. Alors, pour les candidats à l'exil, il ne reste souvent qu'une seule option : franchir illégalement la frontière.

La plupart de ces travailleurs journaliers afghans espèrent économiser de quoi payer les 500 euros réclamés par les passeurs pour les conduire à Téhéran. Mais, en Afghanistan qui compte 40% de chômeurs, cela peut prendre du temps.

"On n'a pas vraiment envie de partir, mais on n'a pas le choix, il n'y a rien pour nous dans ce pays", regrette Khodaimur qui espère bientôt franchir clandestinement la frontière.  "On risque de se faire tirer dessus, on sait que c'est dangereux mais c'est la seule solution. Si Dieu le veut, on arrivera sains et saufs", renchérit Bismillah.

Il y a deux semaines, les gardes-frontières iraniens ont ouvert le feu sur un groupe de migrants qui tentaient de passer illégalement. Neuf jeunes Afghans ont été abattus. Depuis plusieurs mois, l'Iran expulse aussi massivement les Afghans. Ils seraient environ 2 millions à vivre dans le pays voisin, en sursis permanent.

"Ça m'étonnerait que l'Afghanistan connaisse un jour la paix"

La famille Ahmadi a été chassée de la République islamique. Elle est arrivée hier soir dans ce centre de réfugiés de la banlieue de Herat, deuxième ville d'Afghanistan, à 150 kilomètres de la frontière iranienne.

"Nous dormions, et la police iranienne est entrée chez nous, à minuit et demi", raconte Gulab Ahmadi, la mère de famille. "Ils nous ont embarqués et nous n'avons rien eu le temps de prendre."

"Je ne sais pas ce qu'on va devenir, ça m'étonnerait que l'Afghanistan connaisse un jour la paix", s'inquiète Hassan, le père.

Comme eux, beaucoup d'Afghans craignent un retour de la guerre civile après le départ des troupes étrangères prévu l'année prochaine.

"Ce flux migratoire ne va jamais s'arrêter", prévient Ainaddin Aslami, directeur d'un camp qui accueille ces expulsés. "Pour la plupart des migrants renvoyés ici en Afghanistan, l'Iran n'est qu'une première étape vers la Turquie et ensuite l'Europe."

Selon les Nations unies, un tiers des réfugiés dans le monde sont Afghans. Un contingent qui devrait encore augmenter. Les douze ans de présence de la coalition n'y ont rien changé : la jeunesse afghane ne croit plus en l'avenir de son pays.

Première publication : 29/05/2013

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