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Amériques

Robert Bales, le GI "sympa", auteur de l'attaque la plus meurtrière en Afghanistan

© AFP

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 06/06/2013

Le soldat américain accusé d'avoir tué 16 villageois afghans en mars 2012 a plaidé coupable mercredi lors d'une audition devant une cour martiale près de Seattle pour échapper à la peine de mort.

Coiffé d'un casque de militaire, le visage de Robert Bales, tanné par le soleil, laisse apparaître un large sourire. Sur les photos rendues publiques par l’armée américaine, le sergent âgé de 39 ans a tout du héros de film de guerre. Mais si ce père de famille fait aujourd’hui la une des journaux, c’est pour un fait d’armes bien moins glorieux. Le sergent Robert Bales comparaît ce mercredi 5 juin devant un tribunal militaire de la base de Lewis-McChord, aux États-Unis, pour le meurtre en 2012 de 16 villageois, six tentatives de meurtre et sept agressions dans la province de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Le soldat, qui a reconnu les faits, a plaidé coupable mercredi devant une cour martiale près de Seattle, afin d’échapper à la peine de mort mais surtout, d’après le "New York Times", pour éviter un procès à Kaboul, en vertu d’un accord passé avec les procureurs militaires.

"Il est prêt à assumer ses actes", affirmait ainsi, à la fin mai, John Henry Browne, l’un de ses avocats.

Le 11 mars 2012, le GI quitte sa base de Panjwayi, dans la province de Kandahar, pour se lancer dans une équipée meurtrière. Robert Bales attaque alors deux villages, tuant 16 personnes dont une majorité de femmes et d’enfants. Après avoir mis une balle dans la tête à la plupart de ses victimes, le soldat met le feu à plusieurs cadavres. Le sergent retourne ensuite à la base pour se rendre.

"Pas un psychopathe mais un excellent soldat "

Pour sa famille, comme pour ses compagnons d’armes qui le présentent comme un "type sympa et jovial", cette attaque, la plus meurtrière en Afghanistan depuis l’intervention des Etats-Unis en 2001, reste un mystère.

"Il est l’un des meilleurs hommes avec qui j’ai pu travailler", a affirmé sur le site Politico le capitaine Chris Alexander qui menait le bataillon de Robert Bales lors de son déploiement de 15 mois en Irak en 2007. "Ce n’est pas un psychopathe mais un excellent soldat qui a beaucoup donné à notre pays."

Engagé volontaire dans l’armée après les attentats du 11 septembre 2001, Robert Bales a été déployé en Irak à trois reprises entre 2003 et 2010, selon "The Atlantic Wire". Ses faits d’armes, qualifiés d’"héroïques" par le commandant Brent Clemmer, lui ont valu l’amputation d’une partie d’un pied et une blessure à la tête. Pourtant, si le valeureux soldat a reçu 21 décorations, il n’a jamais réalisé son rêve : recevoir la Purple Heart, médaille décernée aux militaires blessés ou tués durant leur service, au nom du président des États-Unis. Les promotions qu’il espérait lui échappent également.

Le sergent Bales a du mal à accepter ce qui, pour lui, s’apparente à un manque de reconnaissance. "Nous avons appris hier que Bob n’avait pas décroché sa promotion à l’unité E7, racontait ainsi son épouse Karylin sur son blog intitulé "La famille Bales", en mars 2011. Nous sommes très déçus, après tout le travail et tous les sacrifices réalisés par Bob par amour pour son pays, sa famille et ses amis."

Pris dans un engrenage judiciaire et financier

La famille Bales rencontre alors d’importantes difficultés financières. Acculé par les dettes, Robert Bales est contraint en 2005 de mettre en vente la maison familiale. Ces évènements viennent accroître des troubles du comportement déjà nombreux. En 2002, il est arrêté après avoir agressé sa petite amie dans un hôtel, rappelle "Le Figaro". Un an plus tard, il est condamné à rembourser 1,5 million de dollars à un couple de personnes âgées qui le poursuivait pour escroquerie. Une somme colossale qu’il ne doit verser qu'au terme de sa carrière dans l’armée. En 2009, il est jugé pour délit de fuite commis quelques années plus tôt après un accident de voiture.

Lorsqu’en décembre 2011, ses supérieurs décident de le renvoyer au combat, le GI les supplient de ne pas le faire. En vain. Robert Bales est à bout. Il boit beaucoup et se shoote au Valium, un puissant anxiolytique.

"Nous pardonneraient-ils si nous avions tué 16 Américains ?"

Aujourd’hui, même s'il ne plaide pas "la folie passagère" ou "l’altération du discernement" comme circonstance atténuante, son avocat affirme néanmoins que le soldat était "dérangé et brisé" le soir de l’attaque en Afghanistan.

Alors que sa famille continue d'appeler au respect de la présomption d'innocence, mettant en avant son courage et son honneur, celle des victimes réclame justice.
"Nous ne serons pas en paix tant qu’il ne sera pas condamné à mort, a déclaré le 30 mai sur la chaîne britannique BBC, Haji Abdul Baqi dont plusieurs proches ont été tués ou blessés durant la nuit du 11 mars 2012. Si les États-Unis ne l’exécutent pas, ils montrent leur pouvoir. Nous pardonneraient-ils si nous avions tué 16 Américains ?"

John Henry Browne a annoncé la semaine dernière avoir "passé un accord avec l'armée pour que la peine de mort soit retirée à condition que Robert Bales plaide coupable".

À l’issue de l’audience de ce mercredi, le sergent Robert Bales devrait donc savoir s’il encourt la prison à vie, avec ou sans possibilité de libération conditionnelle. Sa peine, elle, sera prononcée en septembre. Aucun soldat américain n’a été exécuté aux États-Unis depuis plus de cinquante ans.

Première publication : 05/06/2013

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