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FRANCE

Mort de Clément Méric : "La Manif pour tous a jeté de l'huile sur le feu !"

© Stéphanie Trouillard

Vidéo par Peggy BRUGUIÈRE

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 07/06/2013

Au lendemain de l'agression de Clément Méric, un rassemblement a eu lieu jeudi à Paris pour dénoncer la montée de l'extrême droite radicale. Très émus, les manifestants ont également dénoncé les tentatives de récupération politique.

Au lendemain de l’agression de Clément Méric, une foule nombreuse s’est rassemblée place Saint-Michel, dans le centre de Paris, pour rendre hommage au jeune homme de 18 ans mortellement agressé mercredi par un groupe de militants d'extrême droite.

Dans le rassemblement, de nombreux anonymes sont venus témoigner simplement leur tristesse après la mort brutale de ce militant antifasciste. "Cela m'a choqué qu'un jeune homme de 18 ans meurt pour rien. C'est un deuil. J'ai des enfants", témoigne avec émotion Marie-Louise, une Parisienne. Venus en groupe, de nombreux étudiants sont aussi présents par solidarité avec Clément Méric, qui était en première année à Sciences Po. Certains d'entre eux dénoncent la "récupération politique" de ce drame. "Cela me dérange, déclare Joachim, un étudiant de la Sorbonne. On ne fait pas de la pub sur la mort d'un jeune."

Réactions politiques à l'agression de Clément Méric

"L'hypocrisie des partis politiques"

"Pour moi, cela révèle l'hypocrisie des partis politiques qui se sont bien gardés de condamner les violences de ces dernières semaines et d'appeler au calme. Ils surfent dessus", poursuit le jeune homme, faisant référence aux manifestations contre le mariage homosexuel. À ses côtés, Sabry, un de ses camarades de promotion, partage son point de vue. Pour lui, les responsables politiques ont entretenu un climat délétère qui a conduit à un tel drame : "Il y a eu de faux débats. On a laissé faire le mouvement de la Manif pour tous. Des deux bords politiques, personne n'a vraiment condamné."

Un peu plus loin, Alexane et son ami Luala, deux étudiantes à Paris-VIII, ont une opinion plus tranchée. Selon elles, ce sont les récentes dérives droitières qui sont responsables de la mort de Clément Méric. "Ce qui s'est passé avec la Manif pour tous et le mouvement de Frigide Barjot a un rapport. Ils ont jeté de l'huile sur le feu. Ils ont ravivé la haine qu'il pouvait y avoir entre les différents mouvements radicaux. Cela me révolte", condamne la première des jeunes filles. De sensibilité de gauche, les deux amies avouent qu'elles ont désormais peur de participer à certaines manifestations en raison de la violence de l'extrême droite : "Tout à l'heure, quand on est arrivées, cela nous a rassurées de voir les CRS".

"Ils viennent faire des voix, car il y a la télé"

En rangs serrés, le visage masqué par des foulards pour certains, un badge au slogan "Clément RIP" sur leur t-shirt ou leur casquette, les membres du collectif anti-fasciste Paris Banlieue se frayent un chemin sur la place Saint-Michel. Dans les yeux de beaucoup de ses camarades se lisent la tristesse et, surtout, la colère. "Clément anti-fa. Le fascisme, c'est la gangrène !", hurlent-ils, le poing levé.

Arrivés à la fontaine, les esprits s'échauffent. Les camarades de Clément Méric ne cachent pas leur désapprobation face à la présence de nombreux partis politiques de gauche. "Si Clément avait été là, il aurait voulu que les drapeaux soient baissés. Contre le fascisme, il n'y a pas de clivage", lance l'un des porte-parole du mouvement au micro. "Allez-vous faire foutre, pas de récupération politique", lance un autre militant. "Ils viennent faire des voix, car il y a la télé", s'emporte un autre en apercevant Eric Coquerel, le secrétaire national du Parti de Gauche. Sous les sifflets, Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie de Paris, a même dû rebrousser chemin.

Après avoir brandi une banderole en hommage à leur ami décédé "à jamais l'un des nôtres" et prononcé quelques mots, le groupe antifasciste finalement quitte le rassemblement, bien décidé à ne pas faire cause commune avec les partis politiques. Les larmes aux yeux, certains proches de Clément Méric veulent en découdre, mais ils repartent soutenus par leurs camarades. "On se disperse !", ordonne l'un des leaders du mouvement.

"Pas d'union sacrée autour de la fontaine St Michel"

Après leur départ, ce sont les militants du Front de gauche qui prennent la parole, écharpes rouges autour du cou. Stéphane, un des membres du service d'ordre de la coalition, ne comprend pas le rejet des membres du collectif antifasciste. Pour lui, les partis ont toute leur place dans ce rassemblement car Clément Méric "avait des idées politiques et c'est pour cela qu'il est mort".

"La seule chose qu'on peut faire, c'est de les dissoudre"

À l'écart des formations politiques, des associations ont aussi tenu à montrer leur révolte. Depuis des semaines, la Ligue des droits de l'Homme constate une aggravation des attaques racistes, homophobes ou anti-démocratiques. "Des militants ont été attaqués le 1er mai alors qu'ils partaient pour le traditionnel rassemblement en hommage à Brahim Bouallam", raconte Eric Bakerdjian, président de section de l'association.

Ce militant est inquiet de la montée de l'extrême droite dans le champ politique. "On parle des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, mais il y a aussi le mouvement du Lys noir qui a fait des manifestations devant l'Assemblée contre le mariage pour tous". Il en appelle à l'action politique mais, selon lui, ces groupuscules sont difficiles à neutraliser : "La seule chose qu'on peut faire, c'est de les dissoudre, mais ils se regroupent dans de nouveaux mouvements".

En attendant une réponse des autorités, d'autres manifestations seront organisées cette semaine dans plusieurs villes de France en hommage à Clément Méric. Un nouveau rassemblement est prévu samedi à 14 heures, place de la Bastille, à Paris.

Première publication : 06/06/2013

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