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Comment les espions américains surveillent des millions de citoyens

© Wikimedia Commons

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 06/06/2013

La Maison Blanche a reconnu que la NSA - un des principaux services américains de renseignement - collecte en secret des informations sur les communications des près de 100 millions d’abonnés du géant de la téléphonie Verizon.

Aux États-Unis, Susan Rice vient tout juste d’être nommé à la tête de l'Agence nationale de sécurité et elle se trouve déjà avec un potentiel scandale majeur sur les bras. Le quotidien britannique "The Guardian" publie, jeudi 6 juin, un document américain classé top secret qui révèle l’étendue de la cybersurveillance exercée par cet important service du renseignement sur les télécommunications des résidents américains.

Un ordre émis par une cour américaine spécialisée dans le renseignement international oblige, sur demande du FBI, l’opérateur téléphonique Verizon de remettre à la NSA une masse impressionnante d’informations sur les coups de fils passés par ses 98 millions d’abonnés entre le 25 avril et le 19 juillet. La Maison Blanche a reconnu, jeudi, l’existence de cette surveillance massive et l’a qualifié de “critique pour la défense des intérêts nationaux contre les menaces terroristes”.

Le document publié par le "Guardian" concerne, pourtant, n’importe quel utilisateur des services Verizon qu’il soit suspecté ou non d’activités criminelles ou terroristes. La NSA peut collecter des informations aussi bien sur les coups de fil passés aux États-Unis qu’avec des correspondants à l’étranger.

“Programme inquiétant”

Cette autorisation n’a, comme le souligne le "Guardian", rien d’illégale car elle ne vise pas les communications en tant que telles, auquel cas la NSA serait obligée de requérir un mandat pour chaque écoute. L’ordre de cette cour concerne les “métadonnées” téléphoniques. Il s’agit, essentiellement, des numéros d’appels entrants et sortants, de la durée de la conversation et les numéros uniques permettant d’identifier les téléphones. Une liste qui “n’est pas exhaustive”, comme le souligne le juge Roger Vinson à l’origine de cette décision.

Même si les identités des interlocuteurs et le contenu des discussions ne font pas partie de ces fameuses “métadonnées”, cette vaste collecte d’informations permet “à la NSA de se faire une image précise de qui appelle qui, d’où et pendant combien de temps”, souligne le "Guardian". “D’un point des vue des libertés individuelles, il est difficile d’imaginer un programme plus inquiétant”, s’offusque Jameel Jaffer, un porte-parole de la American Civil Liberties Union (ACLU - Union américaine pour les libertés civiles), contacté par le site américain Wired.

Et quid d'AT&T et de Sprint ?

Cette affaire fait resurgir pour l’administration Obama le spectre d’un vaste scandale qui avait éclaboussé l’ère Bush à partir de 2005 et impliquait déjà la NSA. Le "New York Times" avait alors révélé que le président George W. Bush avait autorisé l’agence de renseignement à mener en secret une vaste opération de surveillance des communications téléphoniques et électroniques. À l’époque le mandat donné à la NSA se limitait à des entités étrangères soupçonnées d’être liées à des groupes terroristes. Des organisations de défense des libertés individuelles, craignant des abus, avaient échoué à faire arrêter ce programme en justice.

Les révélations du "Guardian" prouvent que n’importe qui, étrangers ou Américains, peut ainsi être espionné par la NSA. Mais le document publié par le quotidien britannique soulève également plusieurs questions. Verizon est-il le seul opérateur téléphonique soumis à une telle obligation ou d’autres ordres similaires existent-ils pour ses concurrents AT&T et Sprint ? La décision de la cour est-elle unique dans le temps ou une simple reconduite d’ordres identiques précédents ? On ne sait pas non plus combien de temps la NSA peut conserver ces données sensibles et si elle a le droit de les croiser avec d’autres bases de données.

Le "Guardian" et plusieurs médias américains ont cherché à contacter la NSA, le FBI et les opérateurs téléphoniques, mais ils ont tous refusé de commenter les révélations du quotidien britannique.

Première publication : 06/06/2013

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