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EUROPE

Affaire Tabarot : les victimes espagnoles veulent porter plainte en France

© FRANCE 24

Vidéo par Clément PERROUAULT , Christophe DANSETTE , Adeline PERCEPT

Texte par Adeline PERCEPT

Dernière modification : 13/06/2013

D'après les informations recueillies par FRANCE 24, une trentaine de personnes résidant à Alicante, dans le sud de l'Espagne, vont déposer plainte en France pour escroquerie en bande organisée et blanchiment contre Claude Roch Tabarot.

Robert Garcia est un homme de 70 ans, usé, tapi au fond d’une chambre de 6 mètres carrés dans une résidence étudiante de la banlieue d’Alicante, sur la côte espagnole. Il enrage et rumine ses rancœurs depuis plus de cinq ans dans un français gouailleur aux accents du sud. Il se définit comme un ancien ami de la famille Tabarot, une famille de pieds-noirs, comme lui, qui a vécu à Alicante au retour d’Algérie. C’est cet homme acculé qui veut faire trembler toute la famille Tabarot : Michèle Tabarot, numéro 2 de l’UMP, députée-maire du Cannet, Philippe Tabarot, conseiller général UMP des Alpes-Maritimes, et surtout Claude Roch Tabarot, le troisième frère, principal accusé dans une vaste escroquerie immobilière de 72 millions d’euros.

Car Robert Garcia dit avoir tout perdu dans l’arnaque à grande échelle du groupe Riviera dirigé par Claude Roch, dit "Rocky", sur la Costa Blanca : "Je me bats tout seul depuis cinq ans. Je vis avec 550 euros par mois, je vis comme un rat dans cette chambre étudiante alors que j’avais une villa à un million d’euros que la banque m’a saisie". Comme lui, 700 victimes auraient été escroquées par le groupe Riviera sur tout le territoire espagnol.

Après cinq ans de procédure en Espagne, Robert et l’association des victimes de Riviera disent être "fatigués par la justice espagnole", qui est toujours en train d’instruire le dossier. Robert Garcia a décidé de se faire représenter par maître William Bourdon en France et il affirme qu’une trentaine d’autres Français victimes de Riviera le suivent pour porter plainte à Grasse pour escroquerie en bande organisée.

Vente d’appartements fictifs

La société vendait des appartements sur plans qui n’ont jamais été construits par la suite, comme dans les provinces de Grenade et de Murcie. Ici, à San Vicente de Raspaig (quartier de l’université d’Alicante), l’arnaque est plus complexe. Riviera Invest proposait un placement financier sous couvert de placement immobilier dans une résidence étudiante flambant neuve avec rendement "garanti" de 6% par an. Sauf que les dirigeants du groupe immobilier sont "partis du jour au lendemain avec les millions", selon les victimes, sans payer ni les hypothèques à la banque, ni les rendements aux petits investisseurs… Robert avait acheté une dizaine de studios.

Dans un rapport de la police espagnole dont FRANCE 24 s’est procuré une copie, les enquêteurs de l’unité de la délinquance économique et fiscale de la police judicaire espagnole se demandent où cet argent est passé. Selon ce document daté de mars 2009, 21,9 millions d’euros se sont volatilisés des comptes bancaires de la société sans que personne ne sache à quoi ces fonds ont servi.

Dans leurs conclusions, les policiers résument ainsi leur analyse financière de la société : "Il y a eu la volonté de cacher la destination d’importantes quantités d’argent, comme en témoignent les retraits d’argent liquide (pour un montant de 13,5 millions d’euros) ou les virements vers l’étranger (8,4 millions d’euros)". Ces virements ont essentiellement été effectués vers des comptes au Maroc, mais aussi, dans une moindre mesure, vers les États-Unis et la France.

Financement de campagnes électorales ?

José Luis Escobar, l’avocat espagnol des victimes, explique : "Nous avons toujours soupçonné qu'une partie de cet argent avait servi au financement de campagnes électorales, car les dates des retraits d'argent et le moment où a lieu la campagne électorale des municipales de 2008 coïncident".

Robert, du fond de sa chambre étudiante, rumine encore et toujours une réunion à laquelle il affirme avoir participé, à l’automne 2007 - quelques mois avant les élections municipales-, avec Claude Roch Tabarot et son père. À l’époque, il a déjà perdu de l’argent. "Rocky m’a dit : ‘je ne peux pas te rembourser tout de suite, je ne peux pas te faire de chèque, car la société est en liquidation et je suis contrôlé. Parole de Pied-noir, je te paierai en liquide avec l’argent que je fais passer en France en ce moment pour aider Philippe [Philippe Tabarot, qui se présente alors aux municipales pour la ville de Cannes,NDLR]".

Dans un communiqué, Philippe et Michèle Tabarot se sont dits "scandalisés" par ce qu'ils appellent une "campagne de dénigrement". À Madrid, l’avocat de Claude Roch Tabarot martèle un seul et même message : "Il n'y a absolument rien, aucune preuve à l'audience nationale qui implique les frère et sœur de monsieur Tabarot. Aucune preuve ! Le juge ici ne les a même pas entendus comme témoins. Donc si c'est une procédure qui vise à salir la réputation de certains, s’ils vont au procès sans preuves, il leur faudra répondre de ces actes".

Première publication : 13/06/2013

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