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Planète

Les scientifiques veulent ressusciter des espèces de tortues disparues

© galapagospark.org | Feu "Georges le solitaire", disparu à plus de cent ans

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 20/06/2013

Une espèce de tortue, déclarée éteinte en juin 2012 avec la mort de "Georges le solitaire" aux Galapagos, pourrait réapparaître grâce à de nouvelles techniques scientifiques de reproduction en captivité. Mais il faudra du temps.

Le 24 juin 2012 disparaissait "Georges le Solitaire", une tortue centenaire de l'île Pinta, aux Galapagos, archipel de l'Équateur. Georges était alors considéré comme le dernier survivant de son espèce (Chelonoidis abigdoni). Mais de nouvelles techniques de reproduction en captivité vont peut-être redonner vie aux tortues géantes qui ont inspiré la théorie de l'évolution au célèbre naturaliste britannique Charles Darwin, lors de sa visite dans l'archipel des Galapagos, en 1835.

Six mois après la mort de Georges, dont les chercheurs avaient tenté - en vain - d'obtenir la reproduction pendant des dizaines d'années, une étude de l’université américaine Yale a permis de découvrir dans l'île Isabela (Galapagos), aux alentours du volcan Wolf, 17 tortues géantes hybrides ayant un patrimoine génétique très proche (jusqu'à 80 % de gènes en commun) de son espèce. Ils ont aussi trouvé quelque 280 tortues ayant un patrimoine génétique proche (jusqu'à 90 % de gènes en commun) de la tortue de l'île Floreana, elle aussi disparue. "Cela nous ouvre la possibilité de ressusciter, littéralement, des espèces qu'on considérait comme éteintes", affirme à l'AFP Washington Tapia, responsable de l'Unité de recherche appliquée au sein du Parc national des Galapagos (PNG). Les scientifiques feraient ainsi mentir la théorie de Darwin sur la sélection naturelle en redonnant vie, par la science, à des espèces qui ne se sont pas adaptées à leur environnement.

Patience et longueur de temps

Pour ce nouveau projet de renaissance de la lignée, les scientifiques de l'archipel vont sélectionner parmi les tortues hybrides qui ont été découvertes celles dont l'ADN est le plus proche des espèces rares, mais, à cause de la lenteur qui caractérise les tortues pour la reproduction autant que pour la marche, il faudra s'armer de patience. "Nous ne serons pas là pour le voir", sourit Washington Tapia, en soulignant que l'éventuel succès du processus ne pourra être évalué avant au moins un siècle, puisqu'une tortue géante de ce type n'atteint sa maturité sexuelle qu'entre 20 et 25 ans pour les femelles et entre 25 et 30 ans pour les mâles. La méthode de reproduction artificielle vise à obtenir des tortues ayant un ADN identique à 95 % aux anciennes espèces. Pour le cas précis de "Georges", le chercheur équatorien n'exclut pas "la possibilité, même lointaine, d'obtenir un père pur", c'est-à-dire doté du même patrimoine génétique.

Rétablir la dynamique de l'écosystème

Dans des conditions naturelles, une tortue ne pond que deux fois par an et l'éclosion des œufs intervient huit mois après leur conception. En captivité, il est possible de réduire ce délai de moitié en contrôlant la température, qui a, en outre, un effet direct sur le sexe de l'animal. Il faut les conserver à 28 degrés pour un mâle, contre 29,5 degrés pour les femelles. Mais depuis plus d'un an, 92 specimens d'une autre espèce de tortue de l'île de Floreana sont ainsi nés en captivité. L'objectif est de les réintroduire ensuite dans leur milieu naturel afin de rétablir la dynamique de l'écosystème, qui a pâti à la fois de leur absence et de l'introduction d'autres espèces animales.

Un patrimoine reptilien unique

Parti aux États-Unis pour y être embaumé, Georges reviendra en mars 2014 aux Galapagos comme la pièce majeure d'un musée dédié aux tortues. Réserve naturelle isolée dans l'océan Pacifique, ces îles, à 1 000 kilomètres des côtes de l'Équateur, sont célèbres pour les espèces endémiques qui s'y sont développées protégées par l'isolement : chacune renferme sa faune spécifique. Classées au Patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, ces îles abritent près de 30 000 à 40 000 tortues géantes, pouvant atteindre 1m80 de diamètre et vivre jusqu'à 180 ans. Après avoir constitué un mets de choix pour les pirates qui écumaient la région durant les XVIIIe et XIXe siècles, nombre de tortues vivant en liberté ont été chassées par des prédateurs naturels, dont des milliers de rongeurs s'attaquant à leurs nids.

Avec dépêches

Première publication : 20/06/2013

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