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Moyen-orient

Liban : la ville côtière de Saïda, nouveau foyer de tensions sunnito-chiites

© AFP | Un partisan du cheikh salafiste Ahmad al-Assir.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 23/06/2013

Depuis une semaine, la ville libanaise de Saïda est la proie de tensions confessionnelles exacerbées par la crise syrienne. Ce dimanche, des affrontements ont éclaté entre l’armée libanaise et des partisans d’un imam salafiste radical.

La situation sécuritaire au Liban se fragilise à mesure que les incidents violents directement liés au conflit en Syrie se multiplient. Les troubles se sont étendus à plusieurs régions du pays alors que, jusqu’ici, les accrochages opposant les partisans, majoritairement chiites, et des adversaires, sunnites, du régime de Damas, avait lieu près de la frontière syro-libanaise, dans la Bekaa (Est), dans le Akkar (Nord) et à Tripoli (Nord), la deuxième ville du pays.

Ultimatum
 
Douze soldats tués à Saïda

Au moins 12 soldats libanais ont été tués en moins de 24 heures dans des combats entre l'armée et des sunnites radicaux à Saïda dans le sud du Liban, a affirmé lundi à l'AFP un porte-parole militaire.

Les 12 militaires ont été tués dans des affrontements qui ont éclaté dans cette grande ville portuaire du sud du Liban après une attaque contre un barrage de l'armée par des partisans de cheikh Ahmad al-Assir, un cheikh radical sunnite connu pour son hostilité à l'égard du Hezbollah chiite qui combat aux côtés du régime en Syrie.

Ces combats, durant lesquels des mitrailleuses et des roquettes ont été utilisées, ont éclaté sur fond de tensions confessionnelles exacerbées au Liban par le conflit en Syrie voisine.

Depuis cette semaine, la situation s’est sensiblement détériorée à Saïda, la capitale du Liban-Sud, bastion sunnite et troisième ville du pays. Dimanche 23 juin, de violents affrontements ont éclaté dans le quartier de Abra, près de la mosquée Bilal Ben Rabah, entre l'armée libanaise et des partisans du cheikh salafiste Ahmad al-Assir. "Plusieurs morts et blessés", notamment dans les rangs de l’armée, sont signalés par les médias libanais.
 
Le 18 juin, des combattants du Hezbollah et des partisans du cheikh salafiste s’étaient affrontés dans la banlieue de cette ville côtière dans un accrochage qui a fait un mort et plusieurs blessés. Bien plus tôt, en novembre, une altercation armée entre des partisans d’Ahmad al-Assir, ouvertement hostile au Hezbollah, et des membres du puissant mouvement politico-militaire chiite, y avait fait trois morts et sept blessés.
 
Au lendemain de cet affrontement, le religieux salafiste a menacé d'une "action armée" celui qu’il qualifie de "parti de l’Iran", en référence au soutien apporté par Téhéran au Hezbollah. Il avait même fixé un ultimatum qui devait expirer le 24 juin, afin que des appartements situés près de la mosquée où il prêche, et qui, selon lui, sont occupés par des membres du Hezbollah, soient évacués. En avril, Ahmad el-Assir avait appelé au djihad en Syrie pour défendre les sunnites en réaction à l'implication du Hezbollah aux côtés de l'armée régulière syrienne.
 
"Nous sommes engagés à respecter la trêve jusqu'à lundi [24 juin, NDLR], mais à partir de lundi, nous ne nous engageons à rien et nous n'accepterons pas l'existence de ces appartements, qui nous ont provoqués et sont la cause de plusieurs attaques contre nous", a-t-il expliqué à l’AFP, en milieu de semaine. Et de poursuivre : "s'ils ne quittent pas ces appartements, nous avons plusieurs options, dont l'option sécuritaire, militaire". Depuis, le cheikh salafiste a déclaré qu’il allait reporter son ultimatum car il coïncidait avec la date d’examens scolaires.
 
Le cheikh Ahmed al-Assir a appelé les sunnites à quitter l'armée libanaise
 
"L’armée a pris la décision de tirer sur tout individu armé"
 
"Que ce soit le ton de défiance utilisé par les responsables du Hezbollah pour justifier leur intervention en Syrie, désormais ouvertement revendiquée et perçue comme un provocation intolérable par les sunnites radicaux, ou les attaques verbales véhémentes de ces derniers à l’encontre du parti de Hassan Nasrallah, comme ceux proférés par Al-Assir, alimentent quasi quotidiennement la tension communautaire au Liban", explique une source sécuritaire libanaise à FRANCE 24, qui a requis l’anonymat. Si la situation est toujours sous contrôle, le moindre incident à caractère religieux, la moindre étincelle, pourrait avoir des conséquences catastrophiques dans le pays tant le conflit syrien a exacerbé l’animosité et attisé le ressentiment entre ces deux communautés dans certaines régions du Liban."
 
Le cheikh salafiste Ahmad al-Assir
© © AFP
De son côté, le pouvoir tente d’éteindre l’incendie qui menace le pays. Le président Michel Sleimane prône une politique de neutralité face au conflit en Syrie, mais celle-ci est mise à mal par l’intervention directe du Hezbollah aux côtés de Damas et celle d’activistes sunnites qui apportent un soutien logistique aux rebelles syriens. Récemment, le chef de l’État libanais a exhorté le parti chiite à mettre fin à ses activités militaires en Syrie, estimant qu’une telle implication entraîne des tensions au Liban.
             
Enfin, le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a déclaré que "Saïda ne sera pas un point chaud supplémentaire attisé par la guerre en Syrie". Selon des propos rapportés par le quotidien francophone "L’Orient-Le Jour", il a indiqué que des discussions sont en cours pour régler le "problème" des appartements et protéger ainsi la région de la discorde. "L’armée a pris la décision de tirer sur tout individu armé", a-t-il toutefois prévenu. C’était avant que les incidents de ce dimanche n’éclatent avec l’armée libanaise.
 
 

 

Première publication : 23/06/2013

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