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Israël-Palestine : le McDonald’s de la discorde

© Haaretz

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 27/06/2013

La filiale israélienne de la chaîne de restauration rapide McDonald’s a refusé d’ouvrir un restaurant à Ariel, une colonie implantée en Cisjordanie, pour des raisons idéologiques. Une décision qui déchaîne les passions dans l’État hébreu.

Pas de Big Mac pour les colons. La filiale israélienne de la chaîne de restauration rapide américaine McDonald’s a refusé d’ouvrir une franchise à Ariel, ville implantée en Cisjordanie. Les représentants de la chaîne, sollicités par les promoteurs d’un futur centre commercial dans la ville, ont poliment décliné l’offre, assurant que l’ouverture de restaurants dans des colonies construites sur des territoires palestiniens était "depuis toujours contraire à la politique de la chaîne de restaurants".

Dans l’État hébreu, la position de McDonald’s a provoqué une avalanche de réactions dans le camp des conservateurs. Deux parlementaires, Ayelet Shaked et Zvulan Kalfa, membres du très nationaliste Jewish Home party (Foyer juif), ont ainsi appelé au boycott de la célèbre chaîne de burgers. "Ceux qui boycottent devraient savoir qu’ils seront à leur tour boycottés", a menacé le ministre du Logement, Uri Ariel. Le maire d’Ariel, Eliyahu Shaviro, n’a pas hésité, dans une interview donnée au quotidien israélien "Ma’ariv", à qualifier la décision de McDonald’s de "discriminatoire à l’égard des résidents de la ville". Parallèlement, sur Facebook, le groupe d’extrême droite "My Israël" a orchestré la campagne de dénigrement sur le web, en parodiant notamment le slogan de McDonald’s…

© Le slogan de McDonald's détourné par le groupe Facebook My Israel.

Un burger "pour la gloire de l’État d’Israël"

Le mania des supermarchés Rami Levy, qui supervise la construction du centre commercial de la ville d’Ariel, a du mal à dissimuler sa rancœur. "Si c’est la décision [de McDonald's Israël, NDLR], bonne chance à lui, a-t-il déclaré, cité par le quotidien israélien "Haaretz". Une foule de concurrents n’attendent que de lui prendre cette place". Burger Ranch, le grand rival de McDonald’s dans l’État hébreu, est sur les starting-blocks. Il a assuré qu’il ouvrirait un restaurant dans le centre commercial d’Ariel pour "la gloire de l’État d’Israël". De quoi s’attirer les appétits de la frange nationaliste israélienne.

McDonald’s Israël semble, de son côté, vouloir laisser passer la tempête, refusant de réagir à la polémique. Selon une source proche de Omri Padan, le numéro un du groupe, citée par "Haaretz", il ne s’agit là que "d’une campagne de communication orchestrée par Rami Levy et ses associés […]". "Levy tente de promouvoir son centre commercial en organisant ce battage médiatique. La politique de la chaîne au sujet de l’ouverture de restaurants au-delà de la ‘ligne verte’ [frontières entre l’État hébreu et certains pays arabes fixées par l’accord de 1949, NDLR] est connue depuis des années", poursuit cette source anonyme.

Et en effet, Omri Padan a, dès le début des années 80 (soit près d’une décennie avant l’inauguration du premier McDonald’s dans l’État hébreu), déclaré qu’il ne ferait pas d’affaires en Cisjordanie. Une position qu’il n’a jamais oubliée, et pour cause : Omri Padan est l’un des fondateurs de l’organisation Peace Now – mais n’en fait aujourd’hui plus partie - , qui condamne la colonisation et prône une solution à deux États pour établir la paix dans la région.

Ariel au cœur de la fronde contre la politique de colonisation

Cette position est défendue par nombre d’intellectuels israéliens. Ils ont, à ce titre, engagé une fronde contre le gouvernement conservateur de Benjamin Netanyahou qui s’est, ces derniers mois, cristallisée sur cette même ville d’Ariel. En décembre, quand les autorités israéliennes ont donné leur autorisation à la construction d’une université dans cette colonie de Cisjordanie, 165 chercheurs et professeurs avaient appelé à boycotter l’établissement. Même réaction chez les artistes lors de l’ouverture, en 2012, d’un centre d’art dans la ville. Une soixantaine d’acteurs avaient alors appelé le monde artistique à ne pas y travailler pour "ne pas renforcer l’entreprise de colonisation".

Des avertissements dont le gouvernement israélien n’a cure. Mercredi, la municipalité de Jérusalem a donné son aval à la construction de 69 logements dans la colonie d'Har Homa, à Jérusalem-Est. Ce feu vert est tombé comme un cheveu sur la soupe : le lendemain, le secrétaire d’État américain John Kerry, arrivait en Israël pour une nouvelle mission de paix au Proche-Orient.
 

Première publication : 27/06/2013

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