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Asie - pacifique

Empêtré dans les scandales, un officiel chinois reconnaît être "lubrique", mais pas cupide

© Xinhua

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 30/06/2013

Un ex-officiel de la ville de Chongqing, en Chine, a été condamné vendredi à 13 ans de prison pour corruption, après avoir été visé par un scandale sexuel. Cette affaire révèle une nouvelle fois les liens entre pouvoir, argent et sexe dans le pays.


"Je veux bien admettre être quelqu’un de lubrique, mais pas un escroc," s’est défendu Lei Zhengfu, ancien responsable politique de la ville de Chonqing, dans le sud-ouest de la Chine, lors de son procès. Vendredi 28 juin, cet ancien secrétaire du comité du Parti communiste chinois (PCC), âgé de 55 ans, a été condamné à 13 ans de prison ainsi qu’à une amende de 300 000 yuans (48 550 dollars) pour corruption. Cette affaire a éclaté juste après un scandale sexuel impliquant ce même haut fonctionnaire. Ces révélations s’ajoutent aux nombreux scandales mêlant sexe, politique et corruption qui écornent depuis plusieurs mois l’image du Parti communiste dans le pays.
 
En novembre 2012, Lei Zhengfu s’était, en effet, retrouvé sur une vidéo tournée en 2008 à son insu, et largement diffusée sur le web chinois, le montrant dans l’intimité avec une prostituée de 18 ans, Zhao Hongxia, auteure des images. Après la diffusion de cette "sex tape", le responsable politique a dû démissionner de son poste de secrétaire général du district de Beibei. L’homme est l’une des victimes d’un maître chanteur du nom de Xiao Ye,  spécialiste dans l’art de piéger des officiels en compagnie de prostituées dans le but de les faire chanter.

Xiao Ye, le maître chanteur, condamné à 10 ans de prison

Peu après son ébat tarifé, Lei Zenghu a été contacté par le proxénète de la jeune femme, qui n’était autre que Xiao Ye. Selon l’accusation, ce dernier lui aurait alors montré la vidéo compromettante qu’il avait en sa possession et lui aurait réclamé trois millions de yuans en échange de son silence.

Une version contredite par Lei Zhengfu, qui prétend avoir prêté cette somme pour rendre service à son "ami" Xiao Ye. L’intéressé précise en outre qu’aucun fonds public n’a été détourné dans cette affaire, tout en insistant sur la nature temporaire du prêt. Pourtant, aujourd’hui, seul un million de yuans, soit le tiers de la somme prêtée, lui a été remboursé.

Également jugé vendredi 28 juin par un tribunal de Chongqing, Xiao Ye a été reconnu coupable d’avoir orchestré ce coup monté et condamné à 10 ans de prison pour extorsion. La prostituée Zhao Hongxia a, quant à elle, écopé de deux ans d’emprisonnement.

Décadence morale des leaders du pays

Cette retentissante affaire a contribué à mettre au jour les mœurs dissolues et l’impunité des officiels chinois en matière de corruption, affirme Joris Zylberman, correspondant de FRANCE 24 en Chine. Ainsi, dans les semaines qui ont suivi l’apparition sur la Toile de la vidéo de Zenghu, 11 autres officiels de Chongqing ont été identifiés sur des enregistrements du même genre.

Par ailleurs, dans le cadre d’une campagne anti-corruption menée sur les réseaux sociaux, plusieurs hauts fonctionnaires ont récemment été épinglés sur leur train de vie dispendieux, ou sur leurs maîtresses entretenues avec l’argent du contribuable. Ainsi en mai dernier, Liu Tienan, le directeur adjoint de la commission nationale du développement et de la réforme a été contraint à la démission après avoir été accusé de mensonge sur son CV, d’avoir profité de son poste pour enrichir sa famille, et menacé de tuer sa maîtresse. Il s’agit du personnage public le plus haut placé à tomber pour ce genre d’affaire.

Ces scandales surgissent alors qu’une nouvelle génération arrivée à la tête du Parti communiste chinois a fait la promesse de réprimer sévèrement la corruption politique. Une promesse jugée peu fiable par Zhu Ruifeng, le célèbre bloggeur par qui le scandale est arrivé - c’est en effet lui qui est à l’origine de la diffusion de la vidéo montrant Lei Zhengfu en compagnie de la prostituée. Ce dernier confie dans un entretien au New-York Times : "Chaque génération de leaders fait le même serment mais les résultats ne sont jamais au rendez-vous."

 

Première publication : 28/06/2013

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