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Economie

Scandale Prism : la France, maître espion ?

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 02/07/2013

L'appel de François Hollande à faire "cesser immédiatement" les écoutes des pays européens, adressé lundi 1er juillet aux États-Unis, a provoqué un tollé dans le monde anglo-saxon. La France serait mal placée pour donner des leçons.

François Hollande a-t-il parlé trop vite ? Depuis que le président français s’est insurgé, lundi 1er juilllet, contre les écoutes de la NSA dans le cadre du programme Prism et a demandé aux États-Unis que cela “cesse immédiatement”, une partie du monde anglo-saxon a avalé sa tasse de thé de travers. Pour eux, c’est un peu l’histoire de l’hôpital qui se moque de la charité.

“La France ferait bien de se rappeler sa propre histoire avant de se plaindre”, souligne dans le quotidien britannique Daily Telegrah, Sashank Joshi, chercheur en relations internationales au Royal United Services Institute, un “think tank” britannique spécialisé dans les questions de défense. Dans la même veine, le très influent magazine américain Foreign Policy qualifie, sur son site, François Hollande “d’hypocrite”.

Le "prédateur" français

Si la Chine arrive en tête des cyber-espions d’après un rapport de février 2013 des services secrets américains, l’Hexagone partagerait la deuxième place avec la Russie et Israël. La sortie du président français serait donc “plutôt hilarante lorsqu’on connaît la propension et la tradition de la France à voler les secrets technologiques américains”, d’après Foreign Policy.

Des anecdotes aussi rocambolesques que la mise sur écoute de sièges dans des vols Air France sur lesquels étaient assis des responsables américains avaient déjà été rapportées, dans les années 1990, par la presse américaine. “La France est le pays le plus prédateur [en matière d’espionnage industriel] depuis l’effondrement de l’Union soviétique”, avait même clamé en 1992, Stansfield Turner, le directeur de la CIA à l’époque.

Les États-Unis ne sont, en outre, pas les seuls à se plaindre des espions hexagonaux. Dans un câble diplomatique américain de 2009, révélé par WikiLeaks, un patron allemand qualifiait ainsi la France “d’empire du mal qui vole nos technologies”. Pour ce PDG, non-identifié dans ce document américain confidentiel, l’espionnage tricolore fait davantage de mal à l’économie allemande que celui de la Chine ou de la Russie.

Cachez ce scandale que Washington ne veut plus voir

Mais pour certains, ce feu nourri contre l’espionnage français relève de l’intox médiatique et politique. “Toutes les affirmations et anecdotes rapportées dans les médias anglo-saxons ne sont que des pièces du puzzle qui ne veulent pas dire grand chose dans un secteur - l’espionnage - où il est difficile voire impossible de connaître les vrais ordres de grandeur”, affirme Éric Denécé, directeur au Centre de recherche français sur le renseignement, contacté par FRANCE 24.

Pour cet expert, mettre la France sur un pied d’égalité avec les États-Unis ou même les Britanniques revient à “déformer la réalité”. “Pour un acte d’espionage français, il y a en environ 5 britanniques et entre 50 et 100 orchestrés par les Américains”, affirme Éric Denécé qui rappelle que les effectifs des services de renseignement américains, britanniques ou encore allemands sont bien plus conséquents que ceux des Français.

L’affaire des écoutes américaines des délégations diplomatiques européennes serait en fait presque une aubaine pour les États-Unis. “Barack Obama et John Kerry ont raison de dire qu’il y a rien de neuf dans ces pseudo-révélations, tout le monde sait depuis 40 ans que les États-Unis espionnent l’Europe”, rappelle Éric Denécé. Un “scandale” d’autant plus bienvenu pour les États-Unis, d’après lui, que “l’opinion américaine ne va globalement pas tenir rigueur à l’administration américaine d’espionner d’autres pays”.

Car cette histoire de petites écoutes entre amis offre, au final, une diversion par rapport au cœur des révélations de l’ex-consultant de la CIA en fuite Edward Snowden. “Tant qu’on parle de ce non-événement, le vrai scandale du programme de surveillance de la NSA, c’est-à-dire le fait qu’il permet d’espionner même les citoyens américains, passe au second plan”, souligne Éric Denécé. Après le Patriot Act en 2001, l'ouverture et le maintien par Barack Obama de la prison de Guantanamo, l'affaire Prism conforte, d’après cet expert, le virage d’une “puissance hégémonique qui dominée par l’obsession sécuritaire a mis en place un système qui se rapproche de plus en plus d’un État policier”.

Première publication : 02/07/2013

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