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"Ce n'est pas parce qu'Aung San Suu Kyi est libérée que la démocratie est installée"

© AFP | Le président birman Thein Sein

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 17/07/2013

Le président birman est arrivé mercredi à Paris pour une visite de deux jours, après avoir annoncé la libération de prisonniers politiques en Birmanie d’ici fin 2013. Les ONG de défense des droits de l'Homme dénoncent une mesure de façade.

Après une étape à Londres entre dimanche et mardi, le président birman Thein Sein est à Paris, pour la première fois depuis son élection en 2011, les 17 et 18 juillet. Préoccupé par le marasme économique du pays à la tête duquel il a succédé à la junte militaire, il entend resserrer les liens commerciaux avec l’Europe. Preuve de cette motivation : il a entamé sa visite avec les membres du Medef, la principale organisation patronale, avant d'être reçu à l'Élysée par le président François Hollande

Cependant, avant de parler économie, le chef d’État a dû montrer patte blanche en matière de droits de l’Homme, le talon d'Achille de la Birmanie. Lundi, Thein Sein a ainsi affirmé à Londres son intention de libérer d’ici la fin de l’année tous les prisonniers politiques dans le pays. Des détenus dont l’existence même a été niée pendant près d’un demi-siècle par l’armée et qui auraient dû quitter leurs geôles depuis longtemps, selon les ONG de défense des droits de l’Homme.

Au cours de leur entretien mercredi, François Hollande a souligné la nécessité de voir libérés rapidement tous ces "prisonniers d’opinion" sans condition et que toute la lumière soit faite sur les violences intercommunautaires. Le président français a également exhorté son homologue à poursuivre avec détermination le processus de transition politique et à approfondir les réformes économiques engagées depuis deux ans.

Le régime birman dorénavant fréquentable ?

Officiellement, les ambitions de Thein Sein sont louables : "Procéder à une transition d'un demi-siècle de gouvernement militaire et d'autoritarisme à la démocratie". Considéré par les puissances occidentales comme fréquentable, contrairement aux précédents hommes forts du pays, le président birman se targue notamment d’avoir fait libérer 42 enfants soldats et démantelé une force garde-frontière accusée de violations des droits de l’Homme. Des mesures qui ont porté leur fruit : en avril 2013, l’Union européenne a levé les sanctions économiques imposées à la République du Myanmar depuis 1996, officialisant ainsi la normalisation des relations avec l’ex-régime autoritaire.

"Depuis l’élection de Thein Sein, on sent un changement d’atmosphère favorable dans le pays. Sur le terrain, les activistes bénéficient d’une plus grande marge de manœuvre et le régime octroie davantage de libertés aux citoyens," constate Célestine Foucher, coordinatrice de l’ONG Info Birmanie, contactée par FRANCE 24. Cette dernière pose néanmoins des bémols aux réformes engagées dans le pays. "Elles profitent essentiellement aux élites, mais la situation des personnes pauvres, elle, ne change pas réellement. De plus, en Birmanie, 70 % de la population est rurale, or les libertés sont principalement respectées dans les villes," déplore-t-elle.

Arrêté pour avoir posé des affiches

Le constat établi par Emmanouil Athanasiou, militant actif des droits de l’Homme dans ce pays d’Asie du Sud-Est, contacté par FRANCE 24, est bien plus dur. "La Birmanie promet de libérer des militants d’un côté, mais en arrête de l’autre. Rien que le mois dernier, 70 activistes ont été arrêtés," précise-t-il.

Le 10 juillet, un militant du nom de Wai Phyo a été arrêté pour avoir participé à une campagne d’affichage en faveur de la libération de prisonniers politiques. Maintenu en détention, le jeune homme attend sa prochaine rencontre avec un juge, le 25 juillet.

"Voir le président birman arriver en Europe et annoncer fièrement qu’il va libérer des prisonniers politiques, qu’il n’était pas censé détenir en premier lieu, frise le politiquement ridicule. Cela fait des années que nous réclamons ces libérations, et cela doit être effectif tout de suite, pas à Noël !" martèle le militant, qui assure ne pas être opposé à la visite de l’officiel en France. "Il ne faut pas que les représentants birmans soient des parias, mais les gouvernements européens n’usent pas des bonnes méthodes : la diplomatie, c’est bien mais hausser le ton, c’est plus efficace."

"Il faut être naïf pour croire que la junte n’est plus au pouvoir"

D’après le correspondant de RFI, Rémy Favre, la stratégie de communication du régime birman envers les Occidentaux est bien huilée. "La junte militaire birmane fonctionnait exactement de la même manière. Elle libérait quelques détenus de conscience avant chaque Assemblée générale des Nations unies," écrit-il.

Le militant Emmanouil Athanasiou ne fait d’ailleurs pas réellement de différence entre la Birmanie dirigée aujourd’hui par Thein Sein, qui fut auparavant le Premier ministre de la junte, et celle des militaires. "Le Parlement est constitué de deux tiers de militaires, il faut être naïf pour croire que la junte n’est plus au pouvoir," lance-t-il, avant d’exhorter les puissances étrangères à exiger une modification de la Constitution birmane. "La communauté internationale s’est trompée, elle a cru au changement en idéalisant une icône, Aung San Suu Kyi [la militante prix Nobel de la paix, NDLR]. Or, ce n’est pas parce qu’elle a été libérée que la démocratie est installée."

Alors que la route vers la démocratie semble pour certains mal engagée, les problèmes de droits humains sont eux aussi loin d’avoir disparus. La guerre dans l’État de Kachin où viols, travail forcé, torture et assassinats de civils font rage est l’un des plus épineux. Sans oublier le triste sort des Rohingyas, cette communauté musulmane condamnée à l’exil qui représente la minorité la plus persécutée au monde. Ces derniers mois, l’islamophobie s’est généralisée dans le pays.

Première publication : 17/07/2013

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