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FRANCE

"Le passé de Varg Vikernes aurait dû être connu par la police locale"

© Mehdi Chebil/FRANCE 24

Texte par Mehdi Chebil

Dernière modification : 19/07/2013

En Corrèze, à Salon-la-Tour, l'arrestation du néo-nazi norvégien Kristian "Varg" Vikernes, dont la garde à vue a été levée jeudi soir, laisse un goût amer aux villageois et aux autorités locales. Reportage.

La bâtisse corrézienne qui servait de repaire au néo-nazi norvégien Kristian "Varg" Vikernes semble somnoler derrière ses lourds volets de bois hermétiquement fermés.  Posée au milieu des pâturages du centre de la France, la ferme est entourée d’un petit terrain soigneusement délimité où quelques poules abandonnées à leur sort picorent ce qu’elles peuvent trouver.

VIKERNES SORT LIBRE DE GARDE à VUE, PAS DE PROJET TERRORISTE

Le Norvégien d'extrême droite Kristian Vikernes est sorti libre jeudi soir de garde à vue, son audition n'ayant mis en évidence aucune préparation de projet terroriste.

Aucune charge de nature terroriste n'a été retenue contre lui. En revanche, il devra répondre devant le tribunal correctionnel de Paris de faits qualifiés de "provocation à la haine raciale" en raison de ses écrits sur son blog et des éléments tirés de l'exploitation de ses ordinateurs en perquisition.

La tranquillité du paysage contraste avec l’activité frénétique qui règne au commissariat central de Brives, une trentaine de kilomètres plus au sud, où les enquêteurs sont engagés dans une course contre la montre. Les policiers ont jusqu’à samedi matin pour déterminer si l’extrémiste norvégien avait effectivement des visées terroristes. La compagne française de l’extrémiste norvégien, Marie Cachet, qui avait acquis légalement plusieurs armes à feu et arrêtée avec Varg Vikernes, a elle vu sa garde à vue levée la veille dans la plus grande discrétion.

S’adressant aux médias français et norvégiens qui campent devant le commissariat, l’avocat de Varg Vikernes se montre confiant et souligne que le détenu était "très loin d’un éventuel acte terroriste ou assimilé". "Mon client est très coopératif pour essayer de lever toutes suspicions. Toute cette affaire va se dégonfler aussi vite qu’elle est montée", estime ainsi Me Julien Freyssinet.

"Vie bousillée"

Au lieu-dit de Las Fleytias où résidait le Norvégien, la torpeur estivale est émaillée de cris d’enfants. Des gamins chahutent dans la piscine du voisin de Varg Vikernes. Choqué par l’interpellation du Norvégien, Yves Langoile est surpris par la description de terroriste en puissance faite par les médias. "S’il n’a rien fait, sa vie est bousillée !, s’exclame le Corrézien. C’est exagéré de dire qu’il s’habillait comme un soldat. Il portait bien une casquette de type camouflage militaire mais je l’ai jamais vu en treillis ou avec des cartouchières."

 

Yves Langoile évoque les promenades de Varg et ses enfants. Selon le voisin, celui qui était aussi une figure du black métal norvégien apparaissait comme un papa poule, tendance néo-rural, qui repeignait ses véhicules d’une teinte camouflage dans un souci d’osmose avec la nature.

Une image d’Épinal à l’opposé des écrits violemment antisémites et racistes du Norvégien. Son dernier billet de blog, publié le 13 juillet, s'en prenait à "Hollande le juif" qui cache la vérité sur "l’attentat" perpétré contre le train qui a déraillé à Brétigny dans le simple but de "dépouiller les passagers".

La publication de ce pamphlet conspirationniste quelques jours après l’acquisition de quatre carabines 22 long rifles par sa compagne, membre d’un club de tir local, a été l'élément déclencheur pour les agents de la DCRI qui surveillaient le couple depuis quelque temps. L’agence de renseignement a aussitôt dépêché un commando d’une dizaine d’hommes lourdement armés afin de cueillir le "loup norvégien" et sa femme à l’aube du 16 juillet.

Opération menée dans le plus grand secret

Une opération coup de poing qui laisse un goût amer à la mairie de Salon-la-Tour, paisible hameau corrézien de 700 âmes dont dépend le lotissement où habitait la famille de Varg Vikernes. L’opération a été menée tambour battant dans le dos des autorités locales, selon le maire de la commune, Jean-Claude Chauffour. "Son passé aurait dû être connu par la police locale, par la préfecture, par nous. C’est surprenant qu’on délivre un port d’arme à une personne mariée à un criminel. C’est un vrai dysfonctionnement", dénonce-t-il.

Lors d’une visite de courtoisie au mois de mai, le maire avait bien remarqué les véhicules et les jouets recouverts de peinture de camouflage. Mais aucun poster ou signe distinctif à l’intérieur de la ferme ne laissait deviner les opinions extrémistes de l’ancien meurtrier norvégien, qui s’était alors présenté sous le nom de famille de sa femme française.

Comme tous les Corréziens, le maire de Salon-la-Tour a découvert les écrits racistes de Vark Vikernes dans la presse locale. Prudent, il attend la suite judicaire de l’affaire avant de condamner le Norvégien. "L’achat de carabines 22 long rifle est effectivement étrange. Il y a beaucoup de ports d’armes délivrés dans la région car la chasse est un des sports favoris des Corréziens. Mais on utilise alors des fusils de chasse, des calibres 12 ou 16, certainement pas des 22 long rifle. Et s’il s’agit seulement de pratiquer le tir, pourquoi Marie Cachet a-t-elle acheté quatre carabines d’un coup ?", se demande Jean-Claude Chauffour

Une question à laquelle l’avocat de Varg Vikernes répond en évoquant un courant de pensée prônant l’armement afin de se préparer à la fin des temps. Selon Me Julien Freyssinet, l’acquisition d’armes répondait à une "philosophie de vie choisie par le couple : le survivalisme".

Première publication : 18/07/2013

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