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Afrique

Les avocats d'Amina, la Femen tunisienne, dénoncent un "acharnement judiciaire"

© Lilia Blaise

Texte par Lilia BLAISE

Dernière modification : 19/07/2013

Les déboires judiciaires s’accumulent pour la Femen tunisienne, Amina Sboui, qui sera jugée lundi pour "outrage" après une altercation dans la prison où elle est détenue depuis deux mois. Ses avocats dénoncent un acharnement judiciaire.

Alors qu’elle attend actuellement en prison un premier jugement après avoir tagué le mot "Femen" sur les murs d’un cimetière de la vieille ville de Kairouan en mai, la jeune Amina Sboui vient d’apprendre qu’elle est appelée à comparaître le 22 juillet pour répondre, entre autres, d’outrage à fonctionnaire pour un incident survenu dans la prison de Sousse.

Le coup est dur pour sa famille et ses partisans qui dénoncent un acharnement judiciaire. Mais ses avocats, conscients du peu de soutien dont Amina bénéficie au sein de la population tunisienne - qui ne comprend ni son action seins nus sur Facebook, ni l’ingérence de Femen venues de France la veille de l’ouverture de son premier procès - ne désespèrent pas de retourner l’opinion publique en sa faveur.

Le rappeur Weld El 15, lui-même récemment condamné à six mois de prison avec sursis en appel après un procès très médiatisé pour une chanson jugée anti-policière, a ainsi déclaré : "Il faut faire la part des choses. On peut ne pas aimer les Femen comme moi. Mais là, ce n’est pas normal, Amina n’a que 18 ans et elle est vraiment victime d’une injustice".

Disproportion entre la réalité des faits et les accusations

Pour ses avocats tunisiens comme pour les ONG internationales qui suivent le dossier, l’injustice tient à deux choses : les chefs d’accusation qui se multiplient et la "disproportion flagrante entre la réalité des faits et les chefs d’accusation à son encontre", selon la formule de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

Initialement condamnée à une amende de 300 dinars le 11 juillet par le tribunal de Kairouan pour possession illégale d’un aérosol d’autodéfense, Amina a été maintenue en détention en attendant d’être jugée pour "profanation d’une sépulture".

Elle encourt jusqu’à deux ans de prison ferme. "À la base, c’est un dossier vide. De quoi parle-t-on quand on parle d’association de malfaiteurs ? Ou d’outrage à la pudeur ? Amina était seule à Kairouan et ne s’est jamais dénudée ce jour-là. D’ailleurs les témoins qui l’avaient vu faire se sont rétractés depuis", s’insurge son avocate Radhia Nasraoui.

Quant aux nouvelles accusations, "pour l’instant c’est très flou. On ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé au sein de la prison", explique un autre de ses avocats, Halim Medebb. "Amina a confié à Radhia Nasraoui qu’elle avait assisté à des tortures exercées sur des prisonnières et qu’elle s’était emportée. D’autres témoins disent qu’elle serait intervenue lors d’une altercation entre des gardiens et une prisonnière qui aurait refusé de les saluer. Amina aurait alors proféré des insultes à l’encontre du directeur et des agents."

Toujours est-il que le directeur de la prison de Messadine à Sousse a déposé plainte pour "outrage à un fonctionnaire public" mais également "diffamation" sur la base des articles 154 et 245 du code pénal. Elle risque respectivement six mois et un an d’emprisonnement supplémentaire pour cet acte.

En détention provisoire illimitée ?

Amina pourrait rester en détention provisoire jusqu’à 9 mois si une date de procès n’est pas fixée pour les trois chefs d’accusation jugés par le tribunal de Kairouan. Or l’ONG Human Rights Watch rappelle que la détention préventive n’est prévu dans la loi tunisienne que comme une "mesure exceptionnelle" dans le but d’éviter de nouvelles infractions. "Le tribunal devrait réexaminer avec soin les graves accusations contre Amina Sboui, qui semblent davantage motivées par un désir de punir son activisme provocateur que par l’existence de réelles preuves d’actions répréhensibles", a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch dans un communiqué le 17 juillet.

Pour la famille d’Amina, qui lui rend visite chaque semaine en prison, cette nouvelle affaire dans l’affaire est inquiétante. "Elle tient le coup, c’est une fille tenace mais je sens qu’elle est affaiblie psychologiquement par tout ça", dit son père Mounir Sboui qui l’a vue samedi dernier. Inquiet, il dénonce le silence politique autour de l’affaire.

Il a essayé de joindre à plusieurs reprises le ministère des Droits de l’Homme pour plaider la cause de sa fille, sans succès. Il craint également qu’on essaye de mettre en doute l’état mental de sa fille. D’après lui, Amina aurait été emmenée pour une consultation psychiatrique à l’hôpital de Monastir la semaine dernière sans que ses avocats ne soient mis au courant.

Première publication : 19/07/2013

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