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FRANCE

Reportage à Trappes : les habitants veulent croire à l'apaisement

© Charlotte Boitiaux/ Tony Todd

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 24/07/2013

Après les émeutes qui ont secoué Trappes, la ville semble avoir retrouvé sa tranquillité. Dans les rues, il reste peu de stigmates des violences des jours précédents. Et les habitants se montrent plutôt optimistes. Reportage.

C’est presque comme s’il ne s’était rien passé. Dans la ville de Trappes, une commune réputée "sensible" où des émeutes ont embrasé la ville durant le week-end du 20 et 21 juillet, les habitants ne semblent ressentir aucune peur ni angoisse. Trois jours après les violences - pour lesquelles un jeune de 19 ans a été condamné à six mois de prison ferme pour rébellion et jets de projectiles sur des policiers -, les Trappistes, au contraire, donnent l’impression d’avoir tourné la page.

À l'origine des violences : un contrôle de police. Les forces de l'ordre ont en effet voulu vérifier l'identité d'une femme, Cassandra, portant un voile intégral sur la voie publique, ce qui est interdit depuis 2011. La situation a alors rapidement dégénéré. Le compagnon de l'interpellée, Mikhael, un Français converti à l'islam, âgé de 21 ans, est accusé d'avoir agressé un policier et tenté de l'étrangler pendant le contrôle. Quelques heures plus tard, près de 400 émeutiers encerclaient le commissariat de Trappes.

"Pourquoi j'aurais peur ?"

"Aujourd’hui, ça va, pourquoi j’aurais peur ?", se demande Sandrine, une mère de famille qui vit dans le quartier des Merisiers depuis toujours. "Ce qui m’a posé problème, c’est que le lendemain [de la première nuit d’émeutes], je me suis demandée comment aller au boulot : les abribus avaient brûlé, certains rond-points avaient brûlé et les bus ne circulaient pas", confie-t-elle d’un air nonchalant, comme si les coups de sang de Trappes étaient intrinsèquement liés à la ville.

La rue dans laquelle Cassandra et Mikhael ont été interpellés, jeudi soir, à la sortie du square Albert Camus, aux Merisiers. (Crédit : Charlotte Boitiaux/FRANCE 24)

Un peu partout, c’est la même indolence que l’on retrouve. En ce mardi midi, les rues sont pratiquement désertes, la chaleur un peu moins accablante que les jours précédents et seuls quelques Trappistes traînent sur les bancs de la ville. L’un d’entre eux, Cacaj, un Kosovar, relativise l’ampleur des événements. "Inquiet ? J’étais au Kosovo à la fin des années 1990 [pendant la guerre, NDLR], on brûlait nos maisons, on a violé nos femmes... Alors, ce qui s’est passé ici, ça ne m’inquiète absolument pas", dit-il en riant. Près du commissariat de la ville, pris d’assaut dans la nuit de vendredi à samedi, quatre camions de CRS sont stationnés à quelques mètres d’enfants jouant dans les fontaines pour se rafraîchir. À part leur présence et quelques cailloux au pied du commissariat, rien ne rappelle la tension des derniers jours.

"Il fait très chaud et c'est le ramadan : ça rend les gens nerveux"

Pourtant, ces deux nuits d’émeutes ont laissé des stigmates dans les rues et dans la tête des habitants. Des techniciens s’activent à un carrefour pour remettre l’électricité en marche après l’incendie d’un mobil-home qui a fait fondre le générateur situé à un mètre de lui. Plus loin, une carcasse de voiture brûlée au milieu d’un parking rappelle que l’accalmie n’est que toute récente. Près du centre commercial des Merisiers, un père de famille explique ses difficultés à coucher ses enfants le soir, encore traumatisés par le bruit des mortiers d’artifice. "Ils ont peur, ils ne dorment plus depuis deux jours, raconte Abdoul, qui habite aux Merisiers depuis 2008. Mais à part ça, c’est vrai que ça va, la vie reprend son cours."

L'incendie du mobil-home a fait fondre un générateur électrique situé à quelques pas. Conséquence : les feux de circulation ne fonctionnaient plus. (Crédit : Charlotte Boitiaux/FRANCE 24)

Cette atmosphère paisible n’est-elle qu’un simple écran de fumée, annonciateur de jours à venir plus sombres ? C’est en tous cas la crainte de certains habitants. "Tous les étés, il y a une sorte de ‘trou noir’ avec des mômes qui ne partent pas. Cette année, il fait très chaud, et en plus il y a le ramadan. Tout cela rend les gens tendus, nerveux", explique Jean Djemad, le co-fondateur de l’association trappiste de danse Black-Blanc-Beur. Un constat partagé par François Legallou, secrétaire départemental adjoint du syndicat Alliance Police. "À Trappes, c’est toujours tendu. Là c’est calme, mais ne vous y fiez pas. Pour l’instant, les décisions judiciaires [la relaxe de deux jeunes soupçonnés de violences, NDLR] ont calmé les esprits. Mais les violences peuvent repartir à tout moment."
 

Première publication : 23/07/2013

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