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FRANCE

Trappes : le torchon brûle entre le CFCM et un collectif contre l’islamophobie

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 24/07/2013

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a déploré, dans les colonnes du "Figaro", la politique offensive du collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Le CFCM l'accuse d’attiser les tensions au sein de la communauté musulmane.

C’est l’actualité autour des émeutes à Trappes qui a mis le feu aux poudres. Alors que la confusion autour de l’interpellation d’une jeune femme intégralement voilée dans la ville des Yvelines, jeudi 18 juillet, continue de faire les choux gras de la presse, le collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a décidé, lui aussi, de prendre part à la polémique. En se positionnant clairement du côté de la femme musulmane.

Trappes : le mari de la femme intégralement voilée nie avoir été violent

"Je n'ai pas essayé d'étrangler un policier", s'est défendu mercredi 24 juillet, Mickaël, 21 ans, le mari de la femme intégralement voilée dont le contrôle d'identité jeudi à Trappes (Yvelines) a dégénéré. "À aucun moment, on n'a refusé le contrôle", a-t-il ajouté lors d'un entretien accordé à l'AFP, dans les locaux de la chaîne de télévision La Locale. "Tout ce qui a été dit est faux".

Le jeune homme fluet et barbu, converti à l'islam à 16 ans, a été placé en garde à vue jeudi 18 juillet avant d'être relâché samedi. Il sera jugé en septembre.

Lors d'une conférence de presse samedi, le procureur de la République à Versailles, Vincent Lesclous, avait expliqué que le jeune homme avait tenté d'étrangler un policier et que le fonctionnaire de police présentait des marques d'étranglement au cou, ainsi qu'une trace de coup sur une pommette.

Le 20 juillet, l’association a publié un communiqué sur son site internet en accusant les médias de faire la part belle à la version policière. "Le CCIF déplore une fois de plus le traitement médiatique majoritaire qui, ici comme dans d’autres affaires, place la parole du syndicat de police au-dessus de tout soupçon, sans vérification des faits, et met en cause les protagonistes musulmans, en première intuition. Le musulman, la musulmane, sont dans ce genre d’affaires présumés coupables", peut-on notamment lire sur le site.

Quelques lignes plus bas, le CCIF n’hésite pas non plus à accuser les forces de l’ordre de violence : "Plusieurs témoins de la scène rapportent des déclarations racistes de la part des policiers et un abus de moyens physiques à l’encontre d’une personne qui coopérait."

"Ils allument le feu en permanence"

Une déclaration qui a provoqué l’ire du très officiel Conseil français du culte musulman (CFCM), l'instance représentative de la communauté musulmane en France. "Que savent-ils de ce qui s’est passé à Trappes ?", s’est emporté Abdallah Zekri, à la tête de l’Observatoire de l’islamophobie du CFCM, dans les colonnes du "Figaro". "Leur objectif est de faire peur à la communauté musulmane. Ils allument le feu en permanence… Nous, vendredi [lors de la première journée d'émeutes, NDLR] nous appelions au calme", a-t-il ajouté.

Interrogé par FRANCE 24, Abdallah Zekri a tenu le même discours : "Le CCIF a mis en ligne les déclarations de la femme interpellée, ils ont commencé à alerter tout le monde, les réseaux sociaux… […] Moi, j’ai eu deux sons de cloche dans cette histoire d’interpellation, celle des policiers et celle du couple [...] Reste qu'aujourd’hui, il y a une loi [qui interdit le port du voile intégral] et qu’il faut la respecter", a-t-il déclaré.

"Nous sommes là pour défendre les victimes"

Le CFCM reproche donc au collectif son manque de discernement et de prudence dans son traitement de ces événements. Il faut dire que les chiffres des deux instituts témoignent à eux seuls d’une vision différente de l’état des lieux de l’islamophobie en France. En 2012, le CFCM comptabilise 201 actes islamophobes, en augmentation de 28 %. Pour le CCIF, les chiffres passent au double ! L’association ne recense pas moins de 469 faits à caractère racistes, soit une hausse de 57 %...

Contacté par FRANCE 24, Marwane Muhammad, le porte-parole du CCIF, n’a pas souhaité commenter la saillie du CFCM : "Notre service juridique se penche actuellement sur ces déclarations, je n’ai aucun commentaire à faire", a-t-il précisé. Mais il tient à s'expliquer sur les chiffres de 2012 : "Si nous n'enregistrons que les plaintes officielles, nous arrivons, nous aussi, au même nombre que le CFCM : 201 actes islamophobes. Mais le CCIF prend également en compte les déclarations et témoignages fiables de personnes refusant de porter plainte. Nous arrivons alors à un total de 469 actes", ajoute-t-il.

Babacar Sene, le chargé de la communication au CCIF est lui aussi visiblement mal à l’aise : "Nous ne sommes peut-être pas sur la même longueur d’onde avec le CFCM. Nous on est là pour défendre les victimes", a-t-il déclaré.

L’affaire des "pains au chocolat"

C’est en effet la principale mission du collectif. Créé en 2003, la même année que le CFCM, le CCIF souhaite recenser toutes les victimes d’actes islamophobes en France. Et pour ce faire, l’association a souvent eu recours au battage médiatique. On la retrouve notamment en première ligne dans l’affaire de la crèche Baby-loup, dans celle "des pains au chocolat" de Jean-François Copé, ou encore dans les multiples attaques contre le quotidien satirique "Charlie Hebdo", en 2012.

Une stratégie de communication parfaitement assumée par le CCIF. "Pendant 8 ans, nous sommes restés discrets, nous n’allions presque jamais dans des émissions de télévision. Mais nous avons rapidement remarqué que l’extrême droite se saisissait, elle, de cet espace médiatique. En 2011, nous avons donc complété notre politique. Nous avons mis en place un pôle de communication pour rendre la parole à ceux à qui on l’avait confisquée", explique Marwane Mohammed qui se défend de favoriser "systématiquement les musulmans".

"Je ne vois pas plus rigoureux que nous dans le travail que nous effectuons. Quand une victime nous contacte, nous vérifions systématiquement son témoignage, nous menons une enquête. Notre approche des faits est irréprochable", conclut-il.

Première publication : 24/07/2013

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