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Égypte : rester chez soi, le pari de ceux qui ne soutiennent aucun camp

© Perrine Mouterde | Ahmed Maher, le 25 juillet 2013 au Caire

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 26/07/2013

Pro et anti-Morsi appellent à manifester vendredi en Égypte. Mais certains, comme Ahmed Maher, fer de lance de la révolution de 2011, resteront chez eux pour protester contre la résurgence d'un pouvoir militaire et la diabolisation des islamistes.

L’Égypte s’apprête à vivre, ce vendredi 26 juillet, une nouvelle journée de manifestations. Trois semaines après la destitution de Mohamed Morsi, des millions d’Égyptiens sont appelés à descendre dans la rue pour répondre à l’appel, non pas d’un mouvement politique ou militant, mais bien du chef de l’armée. "J’appelle tous les honnêtes Égyptiens à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme", a déclaré, mercredi, le général Abdel Fattah al-Sissi, en uniforme et lunettes de soleil sur le nez.
 
"L'Égypte retient son souffle"
En guise de réponse, la Coalition contre le coup d’État, qui regroupe divers partis islamistes, dont celui des Frères musulmans, mobilise elle aussi ses militants. Rien que dans les gouvernorats du Caire et de Giza, 34 lieux de rendez-vous ont été annoncés devant différentes mosquées, après la grande prière de la mi-journée. Ces manifestants réclameront, eux, le retour du président déchu.
 
"C’est le boulot des militaires de protéger les Égyptiens"
 
À rebours de cette mobilisation des deux camps, Ahmed Maher, 32 ans, passera la journée chez lui. Ou en tout cas loin des rassemblements. Co-fondateur du Mouvement du 6-Avril, qui fut l’un des fers de lance de la révolution de 2011, cet ingénieur est l’un des rares à mettre en garde contre l’engouement populaire massif pour l’armée ainsi que la diabolisation des islamistes.
 
"C’est le boulot des militaires de protéger les Égyptiens, explique Ahmed Maher. Alors pourquoi demandent-ils la permission au peuple pour assurer leur sécurité ? Je ne peux empêcher personne d’aller soutenir Sissi. Beaucoup d’amis, de responsables politiques, sans doute même des membres du mouvement iront manifester. Mais en tant qu’organisation, nous ne pouvons pas soutenir cet appel."
 
Comme le Mouvement du 6-Avril, le groupe d’extrême-gauche des Révolutionnaires socialistes, le parti d’Abdel Moneim al-Fotouh et la formation salafiste Al-Nour ont rejeté l’invitation à manifester. Mais beaucoup d’autres l’ont appuyé : le mouvement Tamarod, qui soutient l’armée dans sa "guerre contre le terrorisme, le Front du salut national, qui regroupe les forces laïques ou encore la présidence, qui assure que l’appel de l’armée vise à "protéger la révolution et l’État". Jeudi matin, le quotidien "Al-Masry Al-Youm" titrait "Sissi appelle le peuple qui répond favorablement". "Égyptiens, descendez dans la rue !"", intimait de son côté le journal "Al-Youm Al-Sabea".
 
"Sissi m’a dit, tu es un héros"
 
Alors que le pays nage en pleine ferveur nationaliste et que l’armée semble plus populaire que jamais, Ahmed Maher reconnaît que sa position est minoritaire, et parfois difficile à défendre. "Beaucoup d’amis me disent qu’on n’aurait pas pu se débarrasser de Mohamed Morsi sans l’armée. Je pense que si. Je crois que l’on aurait pu rester dans la rue, je crois en la résistance pacifique. Le peuple fait confiance aux militaires, constate-t-il. Moi, je ne peux pas."
 
Ce militant n’a pas oublié les 16 mois pendant lesquels le Conseil suprême des forces armées a été au pouvoir en 2011 après le renversement de Hosni Moubarak. "À cette époque, je leur ai fait confiance, raconte-t-il. J’ai rencontré les membres du Conseil deux jours après le départ de Moubarak. Sissi m’a dit : ‘tu es un héros’. Mais les militaires ont ensuite ignoré nos demandes et protégé l’ancien régime. Quand on les a critiqués, ils nous ont accusés d’être à la solde de l’étranger. Ils se sont alliés aux Frères musulmans, contre nous. Ils nous ont trop menti, trop trahi. Comme les Frères musulmans après eux."
 
Aux Frères musulmans et à Mohamed Morsi, pour lequel il a voté en 2012, Ahmed Maher a aussi donné une chance. Il a été membre de l’Assemblée constituante, avant de démissionner lorsque que les islamistes ont modifié le brouillon du texte sur lequel ils s’étaient entendus. À partir d’avril 2013, le Mouvement du 6-Avril a clairement appelé au départ du président et a rejoint la campagne Tamarod, en participant à la collecte de signatures.
 
"Il faut travailler à la réconciliation avec les islamistes"
 
Aujourd’hui, Ahmed Maher se dit heureux de la destitution de Mohamed Morsi, mais inquiet pour l’avenir. En raison des ingérences de l’armée, mais aussi à cause des appels à mener une "guerre contre le terrorisme". "Qu’entend le général Sissi lorsqu’il parle de terrorisme ? Après avoir arrêté tous les Frères musulmans, ne va-t-il pas considérer que le Mouvement du 6-Avril est une organisation terroriste et nous interpeller ?"
 
"Les forces de l’ordre doivent simplement arrêter quiconque a recours à la violence, poursuit Ahmed Maher. Dans les deux camps, car il y a aussi des voyous armés parmi les anti-Morsi. Parallèlement, il faut travailler à la réconciliation avec les islamistes. On peut incarcérer ceux qui appellent à la violence, mais on ne peut pas effacer du pays l’idéologie islamiste."
 
Comme ce jeune militant, certains tentent de mettre en garde contre une radicalisation des discours et un soutien trop appuyé aux militaires. Le blogueur et militant des droits de l’Homme Waël Abbas s’est dit "effrayé" par ce que pourrait faire l’armée. Le célèbre humoriste Bassem Youssef, présentateur de l’émission satirique Al-Bernameg, a dénoncé dans une tribune publiée par le quotidien "Al-Shorouk" les "flots de haine et la jubilation" de ceux qui répètent aujourd’hui "les mêmes erreurs que les Frères musulmans".
 
Mais ces voix ont encore du mal à se faire entendre. Le même quotidien "Al-Shorouk" a censuré, cette semaine, un article de l’éditorialiste Waël Qandil qui critiquait l’incapacité des militaires à mettre fin aux violences. "Je suis dans une minorité qui ne cesse de rétrécir, écrit aussi la journaliste Sarah Carr. Je ne vois toujours pas pourquoi les Frères musulmans seraient une organisation terroriste."
 
Ahmed Maher assure, lui, qu’il restera vigilant. Et quand il jugera le moment opportun, il redescendra dans la rue. 

 

Première publication : 25/07/2013

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