Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

DÉBAT

Nuits de violences à Ferguson et 15e sommet de la Francophonie à Dakar

En savoir plus

DÉBAT

Débat en France sur un État palestinien et l'accord sur le nucléaire iranien

En savoir plus

7 JOURS EN FRANCE

La francophonie, belle et bien vivante !

En savoir plus

#ActuElles

Quarante ans d'IVG : un droit fondamental à défendre

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

UE - Google : le géant du Net bientôt scindé en deux ?

En savoir plus

FOCUS

Bien qu'ébranlée, la protestation citoyenne se poursuit à Hong Kong

En savoir plus

TECH 24

Oculus Rift : la vie des autres

En savoir plus

REPORTERS

Liban : Chebaa au cœur de la poudrière

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Djilali Benchabane, spécialiste du Moyen-Orient et du Golfe arabo-persique

En savoir plus

EUROPE

Le coq gaulois de Trafalgar Square ou la revanche de Napoléon

© AFP

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 26/07/2013

De nombreux Londoniens n’apprécient pas franchement l’érection, ce jeudi, d’une statue représentant un coq, symbole national français, au milieu de Trafalgar Square, une place qui rend hommage à la victoire britannique sur la flotte napoléonienne.

Il ne fait pas franchement l’unanimité. La présence d’un coq bleu surdimensionné de 4,7 mètres de hauteur, sorti de l’imagination de l’artiste allemande Katharina Fritsch, et trônant depuis jeudi 25 juillet sur la célèbre place Trafalgar Square, à Londres, fait plutôt même grincer les dents de certains Britanniques.

Non contents de devoir supporter pendant 18 mois une œuvre symbolisant le patriotisme gaulois, les Londoniens devront, en plus, apprendre à gérer l’affront historique qu’il symbolise. En effet, pour beaucoup, faire trôner un gallinacé sur une place entièrement dédiée à la victoire anglaise sur la flotte napoléonienne en 1805, et, de surcroît, le placer à quelques mètres de l’imposante colonne de l’amiral Nelson, héros national de la bataille de Trafalgar, frôle carrément l’incident diplomatique.

Photo Twitter (@LeightonAndrews)

La Thorney Island Society, association de défense du patrimoine, a, à ce titre, déjà volé dans les plumes de l’artiste allemande. Dans une lettre envoyée aux élus municipaux, en mai, le collectif avait jugé le projet "parfaitement inapproprié". "Nous ne voyons aucune logique à placer cette sculpture sur le ‘4e piédestal’ de l'esplanade touristique londonienne", avait-il argué. Ce 4e socle, conçu pour recevoir une statue équestre, est resté vide pendant 150 ans. Depuis 1998, il accueille à tour de rôle l'œuvre d'artistes contemporains, le plus souvent controversés.

Un argument "d’incompréhension" repris par Robert Davis, élu du Conseil municipal de Westminster. Dans une interview à "l’Evening Standard" de Londres, au mois de mai, l’élu avait déclaré : "Cette œuvre va causer tout un émoi, en particulier parce qu'elle sera placée sous le regard de l'amiral Lord Nelson ... Je me demande quelle aurait été la réaction de Nelson, si, après son retour de la bataille [de Trafalgar] il s’était vu accueillir par l'emblème français, trônant debout fièrement dans le centre de Londres".

Un double sens sexuel

Katharina Fritsch, de son côté, semble s’amuser de cette polémique. Et dédramatise la situation. "Je pense que les Anglais ont un grand sens de l’humour", a-t-elle déclaré dans les colonnes du "Guardian". Si, étrangement, l’artiste se défend d’avoir voulu faire un pied de nez historique aux Anglais – "je n’ai jamais pensé à ce clin d’œil français", a-t-elle déclaré -, elle assume parfaitement le double sens de son œuvre.

Katharina Fritsch s’est en effet amusée avec la sémantique sexuelle de sa statue baptisée Hahn/cock. Si la consonance "cock/coq" est assez évidente, il faut en revanche maîtriser à la fois la langue allemande et l’argot britannique pour saisir toute l’ironie de ce patronyme. "Cock" en anglais signifie bien  "coq" mais désigne également de manière vulgaire l’attribut masculin. En allemand "Hahn" porte le même double sens. Laura Barnett, la journaliste du "Guardian", n’hésite pas à s’amuser de cette syllepse [employer un mot à la fois au sens propre et au sens figuré, NDLR].

"Au moment où on lui a demandé de soumettre une idée [de sculpture], Katharina Fritsch savait ce qu’elle ferait : un gros pénis bleu (‘big blue cock’). Désolé, je veux dire un grand coq bleu (‘big blue cockerel’)", peut-on lire dans l’article. "Ils [les Anglais] aiment les jeux de mots, les double sens. Je voulais en plaisanter", ajoute Katharina Fritsch.

Pas sûr cependant que les patriotes d’outre-Manche apprécient ce double sens humoristique. L’artiste, féministe, reconnaît en effet se moquer de la virilité du célèbre amiral. "Tout ça est une question de mâle, une question de pouvoir montrer ... des érections ! Je veux dire, regardez cette colonne [dit-elle, en désignant les 52 mètres du perchoir de l'amiral Nelson]! […] En tant qu’Allemande, quand je suis arrivée à Londres, la zone autour de Trafalgar Square semblait être très axée sur les hommes […] Vous avez tous ces dandys, tous ces hommes d'affaires dans leurs costumes, qui se doivent d’être puissants et efficaces. Eux aussi, ils se comportent comme des coqs".

Première publication : 25/07/2013

COMMENTAIRE(S)