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Moyen-orient

Ron Dermer, "l'alter ego de Netanyahou" nommé ambassadeur à Washington

© Facebook

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 29/07/2013

L’État hébreu a confirmé dimanche la nomination de Ron Dermer, le plus proche conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou, "réputé plus à droite que lui", comme ambassadeur d'Israël à Washington. Portrait.

Le gouvernement israélien a validé à l’unanimité, le 28 juillet, la nomination de Ron Dermer, le plus proche et plus influent conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou, en tant qu'ambassadeur d'Israël à Washington. Soit le poste diplomatique le plus important et le plus stratégique après celui du ministre des Affaires étrangères, tant la relation historique entre les deux pays est capitale pour l’État hébreu.

"Ron est l'une des personnes les plus talentueuses et dévouées que je connaisse, il n'y a personne de plus méritant", a indiqué le Premier ministre israélien dans un communiqué du gouvernement. Cet éloge venu du sommet de l’État illustre la relation très particulière qui unit les deux hommes, basée sur une confiance et une estime mutuelles.

"Plus à droite" que Netanyahou sur le dossier palestinien

Né il y a 42 ans à Miami, aux États-Unis, diplômé de l’Université de Pennsylvanie et d’Oxford, Ron Dermer émigre en Israël en 1997 où "ce compétiteur féroce", selon ses proches, exerce le poste de consultant politique. Benjamin Netanyahou, "impressionné par le potentiel du jeune homme" rencontré au début des années 2000, le nomme représentant du ministère des Finances israélien à Washington en 2005. Il conservera ce poste, qui le force à renoncer à la citoyenneté américaine, jusqu’en 2008, avant de rentrer au pays pour conseiller le chef de file de la droite israélienne.

"Dermer est l’alter ego de Netanyahou (…) et son homme à tout faire", écrit Tablet Magazine, une des plus importantes revues américaines consacrée à l'actualité de la communauté juive, qui prête au futur ambassadeur une influence considérable sur la politique étrangère menée par son Premier ministre.

Selon un officiel cité par le Jerusalem Post, "nul n’est plus proche du chef du gouvernement israélien que lui (…), et nul ne peut comparer sa relation avec Netanyahou à celle que ce dernier entretient avec Dermer".

La nomination officielle de Ron Dermer, qui n’entrera en fonction qu’au cours de l’automne, est intervenue à la veille d'une rencontre israélo-palestinienne prévue lundi et mardi à Washington, et sur laquelle mise beaucoup la diplomatie américaine. Or le futur ambassadeur est décrit par la presse israélienne et par certains experts comme "étant plus à droite" que Benjamin Netanyahou sur le dossier palestinien. 

Par exemple, il est opposé à une solution à deux États, pourtant acceptée par le gouvernement de son pays, car elle serait une "solution enfantine à un problème complexe", selon des propos tenus en 2009 et rapportés par le site d’informations israélien Ynet. Des câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks ont aussi révélé qu'il ne voyait pas le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas comme un partenaire pour la paix. Au début des années 2000, dans ses tribunes hebdomadaires publiées dans le Jerusalem Post, il dépeignait les dirigeants palestiniens, que ce soit Yasser Arafat ou Marwan Barghouti – un chef du Fatah détenu en Israël depuis 2002 – tantôt comme des terroristes et tantôt comme des tyrans.

Considéré avec suspicion par l’administration Obama

Le Premier ministre israélien et le président américain. © © AFP

En outre, Ron Dermer est catalogué outre-Atlantique comme proche des néo-conservateurs américains, notamment de Richard Perle, l’ancien président du conseil de défense du Pentagone et conseiller de l’administration Bush. Pis, "à Washington, Dermer est considéré avec suspicion par l’administration Obama, il est vu comme un partisan du Parti républicain, écrivait récemment Haaretz. Sa famille à Miami Beach a des liens très étroits avec les Bush, particulièrement avec l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush [le frère de l’ancien président George W. Bush, NDLR]".
 
Enfin, au sein de la sphère démocrate, d’aucuns lui reprochent d’avoir convaincu Benjamin Netayahou de soutenir ouvertement le candidat républicain Mitt Romney lors de la dernière présidentielle américaine. Et ce au détriment de Barack Obama, qui remportera finalement le scrutin, et avec lequel le Premier ministre israélien entretenait alors des relations exécrables. À ce titre, Ron Dermer aurait personnellement orchestré la visite très médiatisée en Israël du champion républicain pendant la campagne électorale.
 
Des précédents et une méfiance qui peuvent compliquer la tâche de celui qui est envoyé aux États-Unis pour assainir les relations israélo-américaines, alors qu’il est lui-même perçu comme l’un de ceux qui les ont brouillées. Notamment en encourageant l’inflexibilité du Premier ministre israélien à l’égard des Américains qui tentaient de relancer le processus de paix et en misant sur le rival de l’actuel président des États-Unis.
 
Pour Haaretz, la nomination Ron Dermer est à double tranchant, car elle pourrait signifier "soit un accès direct au Premier ministre israélien [de par la proximité qui lie les deux hommes, NDLR], soit un obstacle pour le processus de paix".

Première publication : 29/07/2013

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