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Culture

Kenneth Goldsmith, l’homme qui veut imprimer le Web

© Printing Out The Internet. crédit LABOR

Texte par Yona HELAOUA

Dernière modification : 31/07/2013

Depuis quelques jours à Mexico City, une exposition propose de matérialiser sous forme papier tout le contenu qu’offre Internet. L’artiste, habitué de ce genre de performances, veut ainsi concrétiser l’immensité du Web.

Un artiste américain s’est mis en tête de réussir un projet aussi loufoque qu’impossible, imprimer Internet. Son pari : que toutes les pages se trouvant sur la Toile soient imprimées par des personnes du monde entier et réunies pour former une œuvre d’art.

"Printing Out the Internet" (Imprimer Internet), l’exposition de Kenneth Goldsmith, a débuté vendredi 26 juillet dans la Labor Art Gallery de Mexico City. Sous un plafond de huit mètres de haut, une montagne de 10 tonnes de papiers - l’équivalent du poids de trois ou quatre bébés baleines bleues, a calculé le "Washington Post" – fait office d’installation. Le public est invité à lire les textes à haute voix, sur une petite estrade, ou à trifouiller dans tous ces petits papiers.

Depuis le 22 mai 2013, plus de 600 contributeurs ont répondu à l’appel de Kenneth Goldsmith en lui envoyant l'impression de n’importe quelle forme de contenu visible sur Internet. Et dans cette montagne de feuilles de tous les formats, on trouve tout et n’importe quoi. "Du porno, bien sûr, qu’est-ce que vous croyez, c’est Internet !", mais aussi de nombreux courriels et des milliers de pages de code source, a-t-il raconté dans une interview à CBC News. La galerie d’art contemporain a aussi reçu des relevés bancaires, des journaux intimes en ligne, des articles de presse ou encore 20 pages griffées de la lettre "A" répétée à foison.

Un hommage à Aaron Swartz, un hacker activiste

Les détracteurs du projet de Kenneth Goldsmith l’accusent - entre autres - de mépriser l’écologie. Lui rétorque que tout le papier sera recyclé, mais, surtout, qu'il s’agit d’un combat idéologique. Son œuvre est en effet un hommage à Aaron Swartz, un hacker activiste qui s’est suicidé en janvier dernier à l’âge de 26 ans alors qu’il était poursuivi par la justice. Il était accusé d’avoir piraté le portail du Massachussetts Institute of Technology (MIT), dans le but de mettre à la disposition du public près de 5 millions d’articles scientifiques uniquement accessibles par abonnement.

"Je ne fais pas cela pour que tout le monde aille voler tout ce qui se trouve sur Internet. En fait, je voudrais utiliser son geste comme un point de départ pour se poser des questions plus larges", explique l’artiste. Kenneth Goldsmith raconte qu’un jour, sur un site de téléchargement illégal, il a récupéré un fichier présenté comme un morceau des documents volés par Aaron Swartz. "Cela pesait 33 gigabits, quelque chose comme 18 000 dossiers, et j’ai commencé à les ouvrir. À l’intérieur de chaque dossier, il y avait des milliers et des milliers de pages, raconte-t-il. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à l’énorme quantité de données existantes." C’est donc pour donner une idée concrète de cet ordre de grandeur que Goldsmith a lancé son projet : "Nous avons besoin de nouveaux moyens de mesurer l’infini", plaide-t-il.

Vous aussi, envoyez vos pages

Ce poète né en 1961 n’en est pas à sa première provocation. En 2011, invité à un “poetry jam” à la Maison Blanche, il avait lu, face au président Barack Obama, un extrait de son livre, intitulé “Traffic”, une retranscription de 24 heures d’informations sur les embouteillages sur une radio new-yorkaise. Parmi ses ouvrages figurent également "Day", livre où il a entièrement réécrit une édition du "New York Times", et plus récemment "Seven American Deaths and Disasters", des retranscriptions de reportages sur le 11 septembre 2001, sur le jour de la mort de John F. Kenney et sur d'autres catastrophes américaines.

L’exposition "Printing Out The Internet" se tiendra jusqu’au 26 août et l’artiste est toujours preneur de toutes les pages possibles, du moment qu’elles proviennent d’Internet. Astuce : vous pouvez imprimer cet article et l’envoyer à Mexico City, vous participerez ainsi peut-être pour la première fois de votre vie - tout comme l’auteur de cette page - à une œuvre d’art.

Première publication : 30/07/2013

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