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Economie

Le trouble jeu de la Banque d'Angleterre au bénéfice de l'Allemagne nazie

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 01/08/2013

Une archive mise en ligne par la Banque d’Angleterre le 30 juillet précise les circonstances dans lesquelles la Banque centrale britannique a aidé le IIIe Reich à piller la Tchécoslovaquie en 1939.

L’Allemagne nazie a pu compter sur une neutralité pour le moins controversée de la Banque d’Angleterre (BoE, Bank of England) au début de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce que révèle un document datant de 1950 mis en ligne mardi 30 juillet par la Banque centrale britannique dans le cadre de la numérisation de ses archives.

La vénérable institution de la “Threadneedle Street” a permis au IIIe Reich de piller les richesses de la Tchécoslovaquie après son annexion par l’Allemagne en mars 1939, confirme le document. Si la BoE avait déjà été critiquée au lendemain de la guerre 39-45 pour son rôle dans cette spoliation, la version de la Banque centrale et les détails des transactions n’avaient encore jamais été rendus publics.

Le 21 mars 1939, soit quelques jours après l’annexion, la Banque d’Angleterre reçoit une demande pour virer du compte n°2 la somme de 6,4 millions d'euros d'or (soit 934 millions d'euros au cours actuel de l’or) vers le compte n°17. La BoE assure ne pas avoir su à l’époque à qui appartenaient ces comptes. Normal en théorie : ils ont été ouverts auprès de la Banque des règlements internationaux (BIS - Banque centrale des Banques centrales), qui est la seule à savoir qu’il s’agit de la Tchécoslovaquie (compte n°2) et de l’Allemagne (compte n° 17). La Banque d’Angleterre ne sert qu’à entreposer l’or dans ses coffres.

Il n’empêche que la Banque centrale britannique a des doutes sur les gagnants et les perdants de cette transaction. Comment pourrait-il en être autrement ? Le gouverneur de la BIS à l’époque est Sir Otto Niemeyer, également responsable des transactions internationales de la Banque d’Angleterre. Mais les soupçons des banquiers de Londres ne les empêchent pas de réaliser la transaction. Mieux : ils vendent à Londres une partie de l’or ainsi transférée pour le compte de la Reichsbank (la Banque centrale du IIIe Reich).

De la neutralité en temps de guerre

En juin 1939, rebelote. La BoE reçoit une demande de vendre près d’un million d’euros d’or (146 millions d’euros actuels) à Londres issus d’un compte de la Reichsbank et d’envoyer en plus la même somme vers les États-Unis. Cette fois-ci, la Banque centrale en réfère au gouvernement britannique. Le ministère des Finances demande de tout suspendre en attendant l’avis d’un conseil de juristes sur cette question. Une réponse des autorités qui ne satisfait pas la Banque d’Angleterre. Elle décide d’en faire fi et d’effectuer la transaction au profit de l’Allemagne nazie sans attendre car le “délai posait des problèmes à la BIS”.

Des opérations qui ont dû aider le IIIe Reich à financer son effort de guerre. Mais la BoE explique, dans le document, ne pas avoir eu le choix. En 1939, la Grande-Bretagne n’était, en effet, pas encore en guerre contre l’Allemagne et un refus de transférer l’argent aurait pu être considéré comme une “rupture des traités internationaux en vigueur”. En outre, la Banque d’Angleterre défend aussi, dans ce texte de 1950, l’action de son banquier Otto Niemeyer en tant que gouverneur de la Banque des règlements internationaux en cette période troublée. Il aurait œuvré “dans la plus stricte impartialité et neutralité” afin de garantir la “survie de la BIS pour qu’elle puisse jouer son rôle dans la résolution des problèmes d’après-guerre”, peut-on lire dans le document mis en ligne sur le site de la Banque d’Angleterre.

Mais pour Neville Wylie, un historien britannique spécialiste du rôle des institutions financières britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, la BoE avait aussi d’autres considérations en tête. “La Banque [d’Angleterre] était avant tout occupée à maintenir le rôle de Londres comme principale place financière internationale”, explique ce spécialiste au quotidien britannique “The Guardian”. Une obsession qui, d’après lui, a poussé l’institution à être neutre “bien plus longtemps que nécessaire” au vu de l’évolution de la situation internationale.

Première publication : 01/08/2013

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