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Economie

L'ex-trader français "Fabulous Fab" reconnu coupable de fraude boursière

Vidéo par Clea BROADHURST

Texte par Dépêche

Dernière modification : 02/08/2013

Fabrice Tourre, alias "Fabulous Fab", le trader français de la banque Goldman Sachs, accusé d'être responsable de la crise des subprimes, a été jugé coupable jeudi à New York de fraude boursière lors de son procès face au gouvernement américain.

Fabrice Tourre, le Français jugé coupable de fraude boursière jeudi, n'était qu'un petit trader de Goldman Sachs mais il incarne désormais les errances de Wall Street ayant mené à la crise financière.

Petit, fin, les joues facilement rougissantes, le sourire modeste: Fabrice Tourre, 34 ans, a le contact sympathique et on ne peut s'empêcher de trouver qu'il fait plus jeune que son âge, malgré ses costumes sombres et ses cravates en soie.

Celui qui a grandi en banlieue parisienne, a fait des études prestigieuses à l'école Centrale de Paris puis à l'université de Stanford en Californie était entré en 2001 chez Goldman Sachs, à l'époque La Mecque de Wall Street, pour sa culture élitiste et ses résultats financiers flamboyants.

Il travaillera sur les produits structurés dits "exotiques" dans lesquels sont spécialisés de nombreux ingénieurs issus des grandes écoles françaises. D'abord à New York puis à Londres. Une carrière qui lui permet en 2007, l'année des faits incriminés par les autorités américaines, d'empocher un bonus de 1,7 million de dollars alors qu'il n'a que 28 ans.

Après la crise, à partir de 2009, c'est le dégrisement: de nombreux investisseurs poursuivent Goldman Sachs et d'autres banques qui leur ont vendu des produits financiers complexes adossés sur des prêts hypothécaires octroyés à des ménages insolvables (surprime) et dont la valeur s'est effondrée. Ces investisseurs ont perdu des centaines de millions de dollars et accusent les banques de leur avoir caché à quel point ces produits étaient risqués.

Au printemps 2010, la SEC, le gendarme boursier américain, accusé d'avoir regardé passer les trains avant la crise, poursuit Goldman Sachs et Fabrice Tourre. La banque d'investissement paiera jusqu'au bout les frais d'avocat de son ex-employé mais leurs chemins se séparent rapidement: le Français est placé en congé sans solde puis finira par quitter la banque.

"J'étais un joueur d'équipe" a dit M. Tourre au Wall Street Journal avant le verdict. "S'il y avait quelque chose de mauvais dans la transaction, pourquoi personne ne me l'aurait dit ?"

Des courriels "regrettables"


Fabrice Tourre a écrit beaucoup de courriels qui lui ont fait du tort. Des messages personnels à sa petite amie de l'époque où, entre deux mots doux, il racontait, bravache, comment "Fab le fabuleux", surnom que lui donnait un ami et qui depuis lui colle à la peau, vendait des produits financiers si complexes qu'ils en devenaient des "monstruosités" et ironisait sur les "petits emprunteurs peu solvables" qui ne "vont pas faire de vieux os".

Ces courriels "regrettables", comme les avaient qualifiés le directeur financier de Goldman Sachs à l'époque, David Viniar, ont scellé son sort dans la finance.

Goldman Sachs a versé une lourde amende d'un demi-milliard de dollars à la SEC pour solder les poursuites et mettre fin à une avalanche de mauvaise presse et au risque d'être condamnée par un jury fédéral.

Le Français, lui, a décidé de se défendre devant les tribunaux. Entretemps il change de vie, travaille dans l'humanitaire au Rwanda, puis se lance dans un doctorat d'économie à l'Université de Chicago.

Après sa condamnation, il attend à présent sa sentence, à savoir une amende et la restitution des gains illicites, plus une vraisemblable interdiction d'exercer des fonctions dans la finance. Il peut aussi faire appel.

Au Wall Street Journal, il déclarait avant le verdict que "ce procès restera avec lui pour toujours".

"C'est toujours sur les petits que ça tombe", lançait un directeur de gestion d'un fonds d'investissement peu après l'annonce du verdict.

Mais comme l'a fait remarquer Jakob Frenkel, avocat spécialisé dans les affaires boursières, les autorités américaines "n'ont que faire" de savoir si elles ont pris un petit ou un gros poisson: "elles poursuivent ceux contre qui elles pensent avoir un dossier solide".

AFP

Première publication : 02/08/2013

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