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EUROPE

La condamnation de Berlusconi fragilise la coalition gauche-droite italienne

© AFP

Texte par Dépêche

Dernière modification : 02/08/2013

Après la condamnation de Silvio Berlusconi, les parlementaires de son parti ont annoncé vendredi vouloir remettre leur démission. L'ex-président du Conseil italien a, lui, appelé à une "vraie réforme de la justice".

La condamnation définitive de Silvio Berlusconi à une peine de prison met sérieusement en péril la coalition gauche-droite, les parlementaires PDL ayant annoncé vendredi soir remettre leur démission et le Cavaliere relançant l'idée d'élections pour réaliser "une vraie réforme de la justice".

"Nous ne pouvons nous soustraire au devoir d'une vraie réforme de la justice et sommes prêts aux élections. Nous devons demander au plus vite des élections pour vaincre. Réfléchissons au meilleur chemin pour atteindre cet objectif", a lancé l'ancien président du Conseil devant les parlementaires de son parti, le Peuple de la Liberté (PDL), selon ses propos rapportés par les médias.

Silvio Berlusconi était réuni avec ses parlementaires à Rome, pour la première fois depuis sa condamnation la veille.

Il a reçu une ovation quand il a assuré de son innocence: "Le jugement ne se base sur rien", a-t-il dit. Son dauphin, Angelino Alfano, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de coalition droite-gauche d'Enrico Letta, lui a assuré: "Nous sommes prêts à la démission pour défendre notre idéal".

Les parlementaires du PDL ont remis à leurs chefs de groupes leurs démissions. Renato Schifani (Sénat) et Renato Brunetta (Chambre des députés) ont indiqué vouloir se rendre au palais du Quirinal auprès du président de la République, Giorgio Napolitano, pour porter ces démissions et demander "un retour à la justice".

La préfecture de police de Milan a par ailleurs émis le décret qui privera le Cavaliere de son passeport. Conséquence de sa condamnation jeudi par la Cour de cassation à quatre ans de prison, dont trois couverts par une amnistie, dans le scandale Mediaset.

M. Berlusconi ne sera pas incarcéré en raison de son âge (76 ans) mais devra choisir à la mi-octobre entre l'assignation à résidence et les travaux d'intérêt social.

"Le gouvernement est désormais un mort qui marche", avait prédit vendredi le journal Il Fatto Quotidiano.

Étant donné que M. Berlusconi ne pourra pas se présenter aux élections durant six ans du fait de sa condamnation, il semblait avoir plutôt intérêt à conserver son siège de sénateur jusqu'au terme normal de la législature (2018) et éviter des élections anticipées causées par une éventuelle chute du gouvernement.

Mais, vendredi soir, les dirigeants du PDL semblaient ne pas exclure une ligne dure, même si une chute du gouvernement n'est nullement certaine, dans un paysage politique très confus.

Jusqu'ici, M. Berlusconi avait privilégié l'apaisement, tentant de calmer les faucons prompts à agiter le chiffon rouge des démissions en masse du gouvernement.

"Les affaires judiciaires de Silvio Berlusconi ne seront pas un problème pour le gouvernement", avait ainsi rassuré Mara Carfagna, une figure modérée de son parti.

Si le Cavaliere décidait de "sauver le gouvernement", alors il se "déchargerait de manière rusée sur le PD (Parti démocratique, gauche) de la responsabilité de continuer à coopérer avec un allié de droite dirigé par un repris de justice", observait Marcello Sorgi, éditorialiste du quotidien modéré La Stampa.

L'aile gauche du PD rechigne à prolonger cette alliance contre nature.

"Il n'est pas possible d'imaginer que le PD puisse rester allié du parti de Silvio Berlusconi", a ainsi réagi Nichi Vendola, chef du petit parti de gauche Sinistra e Liberta (SEL).

Plusieurs dirigeants du PD, comme l'ancien numéro un Pier Luigi Bersani, ont suscité l'ire du PDL en affirmant qu'un parti ne "pouvait être dirigé par un homme condamné pour fraude fiscale".

Le président du Conseil, le démocrate de gauche Enrico Letta, a lancé des appels pressants à l'apaisement dans une phase critique: "Pour le bien du pays, il est nécessaire maintenant que, y compris dans le cadre du légitime débat interne aux forces politiques, prévale un climat de sérénité". "Il faut que domine l'intérêt général", a-t-il encore dit.

Au centre de la crise figure l'avenir du Cavaliere, qui domine la vie politique italienne depuis vingt ans. Pour certains, son ère est achevée, pour d'autres, il est capable de rebondir.

"Berlusconi est quelqu'un qui est capable de tirer un lapin du chapeau. Il ne pourra plus se présenter sur une estrade en pleine rue (pour un meeting politique, ndlr), mais rien ne l'empêche d'enregistrer un message vidéo, même s'il est assigné à résidence", a estimé pour AFPTV le professeur James Walston, de l'Université américaine de Rome.

M. Berlusconi doit encore gérer une autre affaire explosive: en juin, il a été condamné à sept ans de prison et à l'interdiction à vie d'exercer un mandat public pour abus de pouvoir et prostitution de mineure dans l'affaire Rubygate, mais il a interjeté appel de ce jugement.

AFP

Première publication : 02/08/2013

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