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Afrique

La grâce royale accordée au "violeur de Kénitra" révolte les Marocains

© AFP - Archive

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 02/08/2013

Un Espagnol de 63 ans, condamné à 30 ans de prison au Maroc pour le viol de 11 enfants, a bénéficié d’une grâce royale après moins de deux ans de réclusion. Sa libération provoque un tollé dans le pays et un appel à manifester à été lancé.

Vendredi 2 août au matin, ils étaient plus de 19 000 à avoir répondu à l’appel à manifester, lancé sur Facebook, contre "la libération de Daniel, le violeur de 11 enfants". Un sit-in géant est prévu ce vendredi, à 22 heures, devant le Parlement marocain.

Daniel, de son nom complet Daniel Galvan Viña (également appelé Daniel Fino Galvan par la presse marocaine), est un retraité espagnol de 63 ans, condamné en septembre 2011 à 30 années de réclusion pour avoir violé 11 mineurs, âgés de 4 à 15 ans. Il aura finalement passé moins de deux ans derrière les barreaux de la prison de Kénitra, une ville située à une quarantaine de kilomètres de la capitale Rabat.

L’Espagnol, ainsi que 47 de ses compatriotes condamnés dans le pays, a en effet bénéficié d’une grâce prononcée mardi 30 juillet par le roi Mohammed VI du Maroc, à l’occasion de la traditionnelle fête du trône. Daniel Galvan Viña aurait d’ores et déjà quitté le pays, selon Mustapha el-Khalfi, le porte-parole du gouvernement cité par l’AFP.

Cette libération, rendue publique par le site d’information Lakome, provoque un immense tollé dans le pays. Sur la page Facebook appelant à manifester, la violence des réactions illustre le choc qu’a provoqué la grâce royale. "Honte au roi ! Il faut faire une place Tahrir [place du Caire, épicentre de la révolution égyptienne, NDLR] devant son palais. […] Il faut une révolution pire qu’en Syrie", appelle une internaute. "Se taire, c’est cautionner", estime un homme qui appelle à une réforme de la grâce royale. "Cette décision revient à détruire le Maroc", "Allons-nous assister à un 2 août sanglant ?", peut-on également lire sur la page.

Madrid et Rabat se renvoient la balle

L'émotion provoquée par l’affaire, surnommée "DanielGate" par la presse marocaine, a été d’autant plus grande que, selon l’Association marocaine des droits de l’Homme (dont l’un des avocats bénévoles avait défendu les victimes du violeur), l’Espagnol venait d’introduire un recours pour ne pas payer les 50 000 dirhams (environ 4 500 euros) d’indemnités qu’il avait été condamné à verser aux familles des victimes. Joint par le site Lakome, l’avocat de l’Espagnol, Mohammed Benjeddou, s’est lui-même dit "surpris" par la grâce dont a bénéficié son client. "Mais une grâce royale ne se discute pas", a-t-il ajouté.

Les autorités espagnoles et marocaines, visiblement embarrassées par l’affaire, se renvoient mutuellement la responsabilité de cette libération. Selon les autorités marocaines, ces grâces ont été prononcées "à la demande" du roi d’Espagne Juan Carlos. À Madrid, le ministère des Affaires étrangères et le palais royal se défendent en chœur d’avoir élaboré la fameuse liste des 48 Espagnols graciés, sur laquelle figurait le nom du "violeur de Kénitra", affirmant qu’elle avait été dressée par Rabat.

Citant une "source crédible proche du ministère" de la Justice, Lakome assure que le département de la Justice avait alerté le palais royal sur la présence d’un pédophile sur la liste. Pour l’heure, le cabinet de Mohammed VI n’a pas jugé bon de réagir. Mustapha el-Khalfi, le porte-parole du gouvernement, a lapidairement assuré que "cet individu [Daniel Galvan Viña] fera l’objet d’une extradition" et qu’il "sera interdit d’entrée au Maroc".

Première publication : 02/08/2013

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