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Afrique

L'Assemblée constituante tunisienne suspend ses travaux

© AFP | Mustapha Ben Jaafar, président de l'Assemblée constituante tunisienne

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 21/11/2013

L'Assemblée constituante de Tunisie a annoncé qu'elle suspendait ses travaux jusqu'à ce que des négociations pour sortir le pays de la crise politique soient entamées. Parallèlement, l'opposition s'est massivement mobilisée.

La mesure est pour le moins radicale. Mustapha Ben Jaafar, le président de la Constituante tunisienne a annoncé mardi 6 août la suspension des travaux de l'Assemblée nationale constituante (ANC), chargée de rédiger une nouvelle Constitution, dans le but de forcer les islamistes au pouvoir et l'opposition à négocier. Depuis le 6 février dernier, date à laquelle l’opposant Chokri Belaid a été assassiné, le pays est plongé dans une profonde crise politique. Et l’assassinat, le 25 juillet du député d'opposition Mohamed Brahmi a remis le feu aux poudres.

"J'appelle tout le monde à participer au dialogue [...]. Les Tunisiens en ont marre", a déclaré Mustapha Ben Jaafar au cours d'une allocution télévisée. "J'assume ma responsabilité de président de l'ANC et suspends les travaux de l'assemblée jusqu'au début d'un dialogue [entre pouvoir et opposition] et cela pour le bien de la Tunisie", a-t-il annoncé. Son parti laïc, Ettakatol, est favorable à la mise en place d'une nouvelle équipe gouvernementale mais ne cherche pas pour autant à quitter la coalition au pouvoir.

Revenant sur la menace "terroriste" et les deux assassinats politiques qu’ont connus les Tunisiens cette année, Mustapha Ben Jaafar a dénoncé l'incapacité de la classe politique à s'unifier face au danger, les voyant emprunter la voie "de la division et de la sédition".

Grand rassemblement de l’opposition devant l’Assemblée nationale

Cette suspension des travaux de l’Assemblée nationale constituante intervient au moment où des dizaines de milliers de manifestants ont afflué, mardi soir dans les rues de Tunis, pour réclamer la démission du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda et la dissolution de la Constituante.

Malgré la pression de la rue, les dirigeants d'Ennahda ont réaffirmé, mardi dans la journée, qu'ils ne renonceraient pas au gouvernement et n'accepteraient pas une dissolution de l'ANC. "Dans les régimes démocratiques, les manifestations ne changent pas les gouvernements, c'est dans les régimes dictatoriaux qu'une manifestation est en mesure de faire tomber le régime", a jugé Rached Ghannouchi, chef d'Ennahda, dans le journal La Presse.

Face à Ennahda, l'opposition apparaît morcelée. Des divisions existent en effet au sein de cette coalition allant de l'extrême gauche au centre-droit. Certains veulent obtenir le départ du gouvernement et la dissolution de l'ANC, tandis que d'autres, en particulier la puissante centrale syndicale UGTT et le patronat Utica, plaident pour un nouveau cabinet mais veulent maintenir la Constituante.

Pour la veuve de Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui dont le mari a été assassiné il y a six mois jour pour jour, "le gouvernement sera obligé d'écouter la voix de la rue."

La Tunisie au point mort depuis plus de deux ans

Le Premier ministre Ali Larayedh a proposé à maintes reprises d'élargir le gouvernement et de tenir des élections en décembre. Les islamistes ont aussi évoqué, sans réelles précisions, un référendum sur la poursuite de la "transition" post-révolutionnaire. Mais la Tunisie, deux ans et demi après la chute de Ben Ali et 21 mois après l'élection de l'ANC, n'a ni Constitution ni loi électorale permettant l'instauration d'institutions pérennes.

Malgré le boycott d'une soixantaine de députés, la Constituante s'est réunie mardi dans la journée, avant la suspension de ses travaux, pour débattre de la menace "terroriste". Ali Larayedh en a profité pour affirmer que les actions de protestation mettaient à mal les efforts des forces de sécurité. "La multiplication des manifestations et des sit-in perturbe les agents des forces de sécurité qui sont obligés d'être dans les rues alors qu'ils devraient participer à des opérations de lutte contre le terrorisme", a-t-il déclaré.

Et le chef du gouvernement de conclure : "Nous étions les initiateurs du Printemps arabe, soyons les initiateurs d'un état démocratique par des moyens pacifiques."

Avec dépêches

Première publication : 06/08/2013

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