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Afrique

Mali : les défis qui attendent le futur président

© AFP | Soumaïla Cissé et Ibrahim Boubacar Keïta

Vidéo par Axel MAY

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 11/08/2013

Les Maliens sont appelés aux urnes ce dimanche pour le second tour de la présidentielle opposant Soumaïla Cissé à Ibrahim Boubacar Keïta. Désigné pour cinq ans à la tête d’un État fragilisé, le futur président sera confronté à de nombreux challenges.

Qui de Ibrahim Boubacar Keïta ou de Soumaïla Cissé sera appelé à présider aux destinées du Mali ? Ce dimanche 11 août, quelque 6,9 millions d’électeurs maliens seront amenés à départager les deux finalistes de l’élection présidentielle, qui, en l’absence de programme précis, semblent mettre davantage en avant leur personnalité que leur vision du pays pour le quinquennat à venir.

"Le second tour risque également d'être entaché d'irrégularités"

Les dossiers brûlants, pourtant, ne manquent pas dans ce pays économiquement paralysé depuis le coup d’État militaire du 22 mars 2012 qui a renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT). Corruption endémique, indocilité de l’armée, soubresauts indépendantistes des Touareg du Nord et menace djihadiste… De la capacité du prochain chef de l’État à se pencher rapidement sur ces questions dépend sa longévité au pouvoir.

  • La reconstruction économique

Ce sont les rênes d’une nation tout juste sortie de la guerre dont héritera le futur dirigeant malien. Pays pointant, avant le conflit, à la 175e place (sur 187) du classement élaboré par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le Mali a vu son PIB se contracter de 1,5 % lors des événements de 2012. Un recul qui aurait été encore plus conséquent sans les revenus issus, notamment, de l’exploitation des mines d’or du Sud, épargnées par les combats.

Un duel entre deux figures politiques du Mali

- Arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle du 28 juillet avec près de 40 % des voix, Ibrahim Boubacar Keïta, dit "IBK", a obtenu le ralliement de 22 des 27 participants au scrutin. Âgé aujourd'hui de 69 ans, IBK, dont le parti, le Rassemblement pour le Mali, adhère à l'Internationale socialiste, a été Premier ministre de 1994 à 2000, sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré.

- Farouche opposant à la junte qui a renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars 2012, Soumaïla Cissé, 63 ans, a récolté près de 20 % des suffrages lors du premier tour de la présidentielle. Fort de son expérience de ministre des Finances (1994 -1997) et de président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (2004 - 2011), le candidat de l'Union pour la république et la démocratie (URD) se présente volontiers comme un homme politique libéral.

"La reconstruction concerne surtout le Nord, où l’insurrection islamiste et l’intervention française ont détruit l’ensemble des infrastructures des trois grandes villes que sont Gao, Tombouctou et Kidal, observe Michel Galy, professeur de géopolitique à l'Institut des relations internationales, à Paris. Mais après la reconstruction viendra le temps du développement. Car depuis 30 ans, si ce n’est 50, rien n’a été fait pour le Nord, où les milliers de francs CFA investis se sont éparpillés dans les sables de la corruption. Dans cette région, et tout particulièrement dans les villages touareg, il n’y a pas d’écoles, pas de puits, pas de routes, pas de centres de santé. Tout est à faire."

"Les Maliens attendent du prochain président une homogénéisation des richesses entre le centre et les périphéries du nord et du sud du pays, abonde Emmanuel Dupuy, spécialiste des relations internationales au sein de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) qu’il dirige. Le nouveau pouvoir devra œuvrer à la mise en valeur du sous-sol malien, désigner les entreprises étrangères qui pourront l’exploiter et répartir ensuite la manne financière sur l’ensemble du pays."

Consciente que les inégalités territoriales sont source d’instabilité, la communauté internationale a d’ailleurs conditionné l’octroi de ses 3 milliards d’euros d’aide au fait qu’ils soient équitablement redistribués, notamment dans le Nord.

Encore faut-il que la moitié septentrionale, coupée du reste du pays lors de l’occupation islamiste, soit dotée d’institutions capables de gérer l’argent. "La relance économique passe par la restauration des fondements administratifs sur tout le territoire. C’est l’un des défis majeurs du futur chef de l’État", analyse Emmanuel Dupuy.

"La campagne s'est officiellement terminée vendredi à minuit"

  • La réconciliation nationale

Coupé en deux après le coup de force des djihadistes, auxquels s’était alors associée la rébellion touareg, le Mali jouit de nouveau de sa souveraineté territoriale depuis l’intervention de l’armée française au début de 2013. Reste que dans certaines parties du Nord, notamment à Kidal, l’irrédentisme touareg connaît quelques soubresauts. "Les insurgés touareg sont présents dans cinq pays mais au Mali ils ne représentent plus qu’une force militaire résiduelle, précise Michel Galy. Ils sont restés neutres durant la campagne car ils attendent surtout ce qui sortira des nouvelles négociations que le futur président devra organiser, selon les termes des accords de paix préliminaires, dans les 60 jours suivant son élection afin de définir le statut de l’Azawad, la zone revendiquée par les rebelles."

Affaibli, divisé, le mouvement indépendantiste touareg aura fort à faire pour obtenir l’autonomie de la région. "Il sera difficile pour le nouveau président de la leur accorder au vu de la tournure nationaliste qu’a pris la campagne électorale. Au mieux, le MNLA [Mouvement national de libération de l’Azawad] pourra bénéficier d’une décentralisation qui s’appliquerait alors à tout le pays."

Pour les experts, la question touareg ne constitue cependant qu’une partie de cette reconquête de l’unité nationale. "Le chef de l’État devra fournir un effort supplémentaire vis-à-vis de toutes les populations maliennes et pas seulement des Touareg du MNLA, affirme Emmanuel Dupuy. D’un point de vue politique, il devra associer les perdants de l’élection. Au vu des irrégularités qui ont eu lieu lors du premier tour, il se peut que le président soit élu avec un nombre, somme toute, limité de voix. La faiblesse de son score l’obligera donc à s’accorder avec les représentants des autres partis politiques pour la formation d’un gouvernement. Pour relever le pays et répondre à ses enjeux, le président quel qu’il soit devra trouver le moyen d’aboutir à une sorte de consensus national."

Cette stratégie peut néanmoins s’avérer risquée. "Si la nouvelle présidence fonde son pouvoir sur le consensus, il s’inscrira alors dans la droite ligne politique de l’ancien président ATT. Et c’est bien cela qui a provoqué sa chute, rappelle André Bourgeot, directeur de recherches au CNRS. Parallèlement, les Maliens demanderont au futur président de mettre en place des institutions fortes capables, par exemple, de combattre la corruption. Or cela ne se fait pas sur du mégotage politique."

  • Le rôle de l’armée

Bien qu’ils aient rapidement quitté le pouvoir après le putsch, les militaires, qui n’aiment rien moins que de se sentir abandonnés par l’État, demeurent un facteur d’instabilité dans un pays habitué aux coups d’État. "Le nouveau pouvoir devra s’interroger sur la manière de restaurer la conception d’une armée républicaine qui ne l’est pas encore complètement. Il s’agit d’un travail de réorganisation qui peut prendre du temps", commente André Bourgeot. "Le vrai défi consistera à rappeler à l’armée ses obligations et devoirs, à savoir protéger la souveraineté du Mali", insiste pour sa part Emmanuel Dupuy.

"Dans le Nord, le MNLA reste très ancré"

Seulement voilà, les forces armées maliennes ne sont pas les seules à assurer cette mission. Depuis la guerre, quelque 12 000 soldats étrangers, dont encore 3 000 Français, sont déployés sur le territoire dans le cadre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma). Un appui qui, pour nombre d’observateurs, peut être interprété comme une mise sous tutelle des militaires maliens. "Le président devra montrer que son armée peut assurer les mêmes missions que les troupes étrangères et devra œuvrer pour une meilleure répartition des tâches entre les forces internationales et les soldats maliens", indique Emmanuel Dupuy.

Mais, pour le chercheur, davantage que l’armée, c’est tout une jeunesse malienne qui pourrait s’opposer frontalement au nouveau pouvoir. "Il est à craindre que cette élection impromptue, insuffisamment préparée, et organisé à la va-vite ne réponde pas aux défis que sont le rajeunissement et l’urbanisation de sa population. Le mécontentement peut se manifester autrement, pas forcément par un coup d’État. Je crois qu’IBK comme Cissé savent que s’ils sont élus, leur mandat ne sera pas un mandat qu’ils mèneront à leur terme."

 

Première publication : 09/08/2013

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