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Economie

Pourquoi Apple devrait se méfier de la générosité de l’investisseur Carl Icahn

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/08/2013

Le célèbre investisseur américain Carl Icahn a annoncé détenir une participation dans Apple. Le cours de l’action en Bourse de la marque à la pomme a immédiatement gagné plus de 4 %. Une bonne nouvelle pour Apple ? Pas si sûr.

À lui seul, il a réussi à redonner un peu de lustre au blason boursier d’Apple. Par la force de deux tweets postés le 13 août, le célèbre investisseur américain Carl Icahn a aussitot fait grimper l’action de la marque à la pomme de 4,75 % à la Bourse de New York.

Il a suffi à Carl Icahn d’annoncer sur le réseau de microblogging qu’il a fait un important investissement dans Apple et qu’il a eu “une agréable discussion avec Tim Cook [le PDG d’Apple, NDLR]” pour déclencher l’euphorie boursière alors même que le montant de l'investissement n'a pas été rendu public. “Apple est extrêmement sous-évalué [en Bourse]”, a précisé l’investisseur pour justifier son entrée dans le capital de la marque à la pomme.

Une bonne nouvelle pour l’inventeur des iPhone et iPad ? D’un point de vue boursier, sûrement. Le groupe s’est pourtant montré très laconique après l’annonce de Carl Icahn. “Nous apprécions l’intérêt et l’investissement de tous nos actionnaires. Tim [Cook] a eu une conversation très positive avec Carl Icahn”, a simplement fait savoir Apple.

Le groupe sait que l’arrivée du multimilliardaire américain (sa fortune est évaluée à 20 milliards de dollars, soit 15 milliards d'euros, par le magazine "Forbes") dans le capital d’une société se révèle souvent à double tranchant pour l’équipe dirigeante en place. Carl Icahn, qui a inspiré le personnage de Gordon Jecko dans le film "Wall Street" d’Oliver Stone, est le plus célèbre des investisseurs "activistes" américains. C’est même lui qui a donné ses marques de noblesse à cette race d’investisseurs qui prennent des participations importantes dans des sociétés pour pouvoir ensuite provoquer des changements majeurs dans la stratégie ou la direction du groupe.

Pas étonnant qu’une partie des PDG du monde craignent l’homme. Il est, en revanche, perçu comme une sorte de Robin des Bois par les petits actionnaires qui voient en Carl Icahn une sorte d’arme de destruction massive de PDG jugés incompétents. FRANCE 24 a compilé une sélection de coups d’éclat de Carl Icahn qui devraient amener Apple à se méfier.

Le rachat de TWA : C’est l’acte fondateur qui a façonné la légende de Carl Icahn aux yeux du grand public. En 1985, il réussit à devenir le patron de la célèbre compagnie aérienne américaine après avoir acheté 20 % du capital de TWA et avoir poussé la direction en place à la démission.

Mais il devient rapidement clair que son but est de se faire rapidement de l’argent sur le dos du groupe plutôt que de le développer. En 1989, Carl Icahn fait, en effet, sortir TWA de la Bourse et empoche plus de 469 millions de dollars (353 millions d'euros) à cette occasion. Mais l’opération laisse la compagnie aérienne avec 540 millions de dollars (407 millions d'euros) de dettes. Une ardoise dont le groupe ne se relèvera pas : TWA dépose le bilan en 1993... Et Carl Icahn quitte le navire.

L’opération Yahoo! : Cet épisode illustre par excellence la réputation de tueur de PDG qui colle à la peau de Carl Icahn. Lorsque l’investisseur achète, en mai 2008, 50 millions d’actions Yahoo!, il n’est pas content. Il milite pour un rachat par Microsoft du portail internet, mais Jerry Yang, le fondateur de Yahoo! et PDG du groupe à l'époque s'y refuse.

Carl Icahn lance alors une bataille aussi bien médiatique qu’en coulisses pour avoir la tête de Jerry Yang. Il assure qu’un accord avec Microsoft est dans le meilleur intérêt des actionnaires de Yahoo! et que Jerry Yang n’est plus l’homme de la situation. Il finit par obtenir, en novembre 2008, le remplacement de Jerry Yang par Carol Bartz. Mais Jerry Yang a, tout de même, gagné sur un point : Microsoft n’a jamais racheté Yahoo!... au grand dam des actionnaires.

Icahn vs Dell : C’est l’actuel bataille des milliardaires qui fait les délices de Wall Street. D’un côté, Michael Dell, le PDG fondateur du géant de l’informatique Dell, cherche depuis février à racheter la société en la faisant sortir de Bourse afin de pouvoir la restructurer sans subir de pression de la part des actionnaires. De l’autre, Carl Icahn, qui détient plus de 4 % du capital de Dell, ne veut pas en entendre parler : il affirme que le prix par action offert par Michael Dell lèse les actionnaires.

Du coup, l’investisseur “activiste” s’est mis en tête de racheter lui-même le groupe. Il espère rallier les autres actionnaires à sa cause en offrant légèrement plus d’argent. Mais le comité spécial créé pour superviser le processus de transition de Dell reproche à Carl Icahn de n’avoir jamais expliqué comment il comptait remettre le géant de l'informatique sur les rails économiques. L’issue de ce duel au sommet devrait être connue en septembre à l'issue d'une assemblée générale des actionnaires de Dell.

Icahn aime les vitamines : Carl Icahn peut parfois régler des comptes personnels - tout en gagnant de l’argent - par sociétés interposées. C’est le cas d’Herbalife, la controversée société américaine de vente de vitamines. En février 2013, l’investisseur américain porte sa participation dans le capital de ce groupe à 14 millions d’actions.

Cette fois-ci, pourtant, Carl Icahn ne semble pas vouloir faire le ménage à la tête de cette entreprise. Son opération vise plutôt à faire perdre de l’argent à Bill Ackman. Cet investisseur américain avait décidé en décembre 2012 de parier 1 milliard de dollars sur l'effondrement du cours de Herbalife en vendant à découvert plus de 20 millions de ses titres. En effet, Ackman accuse cette société de n’être rien d’autre qu’une vaste escroquerie, une pyramide de Ponzi, qui mériterait d’être fermée par les autorités. Les déclarations de Bill Ackman avaient fait perdre à l’action Herbalife plus de 20 % de sa valeur. Mais depuis que Carl Icahn est entré dans la danse, elle est passée de 45 dollars à près de 65 dollars. Comme le souligne le site spécialisé dans la finance MarginCall, “chaque dollar de hausse de l’action Herbalife coûte 20 millions de dollars à Bill Ackman”.

Pourquoi tant de haine ? Carl Icahn n’a pas digéré que Bill Ackman lui ait fait perdre 4,5 millions de dollars à l’issue d’un contentieux juridique entre les deux hommes en 2003. Une semaine avant d’investir dans Herbalife, Carl Icahn avait laissé libre cours à ses sentiments qualifiant son ennemi de “pleureuse”, d’”hypocrite” et de “mauvais investisseur” lors d’un débat télévisé particulièrement violent entre les deux hommes sur la chaîne CNBC. C’est donc la loi du Talion appliqué à la finance qui est à l’œuvre dans cette affaire vitaminée. Et qu’importe si Herbalife est, ou non, une escroquerie.

Première publication : 14/08/2013

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