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Afrique

"Dans certaines régions de Centrafrique, il n’y a plus de médecins"

© AFP

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 14/08/2013

Depuis la chute du président Bozizé en Centrafrique, en mars 2013, la situation humanitaire, déjà critique dans le pays, continue fortement de se dégrader : une épidémie de rougeole s'est déclarée alors que le système de santé est quasi-inexistant.

Quatre mois après la prise de pouvoir par la coalition rebelle Séléka, la situation humanitaire et sécuritaire est toujours critique en République de Centrafrique (RCA). Sur le terrain, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), sous l'égide de l'Union africaine, tente de sécuriser le pays. Les acteurs humanitaires, agences des Nations unies et ONG, reviennent progressivement pour faire face aux nombreux besoins.

Mardi 13 août, sur Radio Centrafrique, le ministre de la Santé a annoncé que le pays tout entier était touché par une épidémie de rougeole. À l’origine de cette situation, selon le Dr Aguid Sounouk, "des flambées de rougeole dans plusieurs sous-préfectures du pays contre lesquelles aucune action de riposte n’a été organisée pour circonscrire l’épidémie" dès décembre 2012. En mai 2013, 123 000 enfants ont bien été vaccinés à Bangui et dans ses environs, mais rien ou presque n’a pu être mis sur pied pour les 1,5 million d’enfants vivant en province.

Début juillet, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) avait affirmé que le pays était au bord d’une catastrophe sanitaire qui laissait présager "une aggravation des taux de mortalité dans les prochains mois", y compris pour des pathologies "courantes et soignables" telle que la rougeole.

Isabelle Le Gall, chef de mission pour MSF, revient d’une mission de six semaines en Centrafrique.

FRANCE 24 : L’annonce du ministre de la Santé faisant état d’une épidémie de rougeole vous surprend-elle ?

Isabelle Le Gall : Non, ce n’est pas une surprise. Cette épidémie a éclaté fin 2012 dans certaines sous-préfectures, mais les quelques campagnes de vaccination ne sont pas parvenues à l’endiguer. Nous sommes maintenant en pleine saison des pluies, il y a donc beaucoup de paludisme. Déjà en avril-mai, le nombre de personnes atteintes du paludisme était de 30 à 40 % supérieur à l’an passé, et les cas de malnutrition sont également en hausse par rapport à l’année dernière. Les ingrédients pour le développement d’autres d’épidémies sont donc réunis. Dans le même temps, le système de surveillance est très défaillant. Au niveau de la santé, tout est à relancer dans le pays. Pour cela, les Nations unies ont un rôle important à jouer avec le ministère de la Santé, par exemple pour la bonne mise en œuvre du Programme Élargi de Vaccination (PEV) qui permet de réduire de manière significative la mortalité infantile.

La situation humanitaire est-elle différente entre la capitale Bangui et le reste du pays ?

La majorité des besoins sont en dehors de Bangui. Dans tout le reste du pays, les structures de soins ont été stoppées. Le système de santé, qui était déjà en grosse difficulté, s’est effondré. Les hôpitaux n’ont souvent plus le personnel qualifié nécessaire et les médecins, qui étaient allés se réfugier à Bangui ou à l’étranger, ne sont pas tous revenus en province. Dans certaines régions, il n’y a tout simplement plus de médecins. De plus, l’approvisionnement en médicaments et en vaccins ne se faisait pratiquement plus. En outre, sans électricité, difficile de ne pas rompre la chaîne du froid pour les vaccins. Par conséquent, impossible d’effectuer les vaccinations de routine dès la naissance. Avant le coup d’État, la couverture vaccinale était déjà très faible, le fait qu’elle se soit encore réduite augmente le risque d’épidémies.

La situation sécuritaire complique-t-elle les opérations humanitaires ?

On a toujours pu continuer à travailler. Oui, chaque mouvement est une prise de risques mais nous avons suffisamment de contacts sur le terrain pour être vigilants. Évidemment, les risques de braquage sont toujours là, mais pour l’instant cela ne nous a pas empêchés de travailler même si l’on pourrait faire davantage s’il n’y avait pas ces problèmes de sécurité. Il est donc important que les Nations unies poursuivent leur déploiement pour rassurer les populations mais aussi le personnel médical.

Première publication : 14/08/2013

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