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Moyen-orient

Armes chimiques en Syrie : pour Washington, Damas doit "rendre des comptes"

© AFP

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 27/08/2013

La communauté internationale se fait de plus en plus menaçante à l'égard du régime syrien, accusé d'avoir fait usage d'armes chimiques. Une intervention militaire terrestre semble toutefois exclue, selon les experts.

"Ce que nous avons vu la semaine dernière en Syrie choque la conscience mondiale. Cela défie tout code de moralité. Le massacre aveugle de civils, la tuerie de femmes et d'enfants et de passants innocents par des armes chimiques est moralement indécent". Lundi 26 août, John Kerry, secrétaire d’État américain, a une nouvelle fois haussé le ton à l’égard du régime syrien accusé d’avoir utilisé des armes chimiques.

Report d'une réunion américano-russe

Les Etats-Unis ont reporté une réunion prévue avec la Russie, fidèle allié du régime d'Assad, sur la crise syrienne, a indiqué lundi soir un haut responsable du département d'État américain ayant requis l'anonymat.

"Compte tenu des consultations en cours pour apporter une réponse appropriée aux attaques chimiques du 21 août en Syrie, nous avons décidé de reporter la rencontre de la sous-secrétaire (Wendy) Sherman et de l'ambassadeur (Robert) Ford avec une délégation russe qui était prévue cette semaine à La Haye", a déclaré ce haut responsable.

De telles attaques constituent, selon les déclarations de Barack Obama en avril 2012, une "ligne rouge" au-delà de laquelle des actions devaient être prises contre le régime syrien. Et, de fait, la communauté internationale hausse le ton et se fait menaçante depuis le 21 août, jour du massacre à l’arme chimique dans une banlieue de Damas, dénoncé par l’opposition syrienne.

Menaces d’une intervention

"Le président [américain Barack] Obama pense que ceux qui ont recours aux armes les plus atroces contre les populations les plus vulnérables de la planète doivent rendre des comptes", a ajouté John Kerry.

Ces déclarations font écho aux propos tenus par le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius qui, sur Europe 1 lundi, déclarait : "Il faut proportionner les réactions, mesurer, agir à la fois avec détermination et sang froid et c’est ça qui va être arbitré au cours des jours qui viennent. Les options sont ouvertes. La seule que je n’envisage pas, c’est de ne rien faire".

Un peu plus tôt, son homologue britannique suggérait qu’il était possible de se passer de l’accord unanime du Conseil de sécurité de l’ONU. "Sinon on ne pourrait pas répondre à de tels crimes, à une telle violence", a-t-il assuré.

Barack Obama traîne des pieds

Les Occidentaux brandissent la menace d’une intervention militaire. Vont-ils la mettre à exécution ? "C'est, en tous cas, le bruit qui court à Washington", confie Stanislas de Saint Hippolyte, le correspondant de FRANCE 24 aux États-Unis.

Selon Frédéric Pichon, docteur en histoire contemporaine, Londres n’agira pas sans obtenir un feu vert des États-Unis. "Les conditions ne sont pas réunies pour qu’une intervention ait lieu en Syrie", estime-t-il, avançant par ailleurs la possibilité que Washington opte pour l’usage de drones si les États-Unis jugent une intervention nécessaire. "Le congrès vient tout juste d’autoriser l’utilisation de drones pour mener des actions en Syrie", glisse le spécialiste.

"Quelle sera la réponse appropriée ?"

Selon un récent sondage effectué par Reuters et Ipsos, Barack Obama risquerait de se mettre à dos une grande partie de l’opinion publique américaine s’il décidait de mener une guerre en Syrie : 60% des Américains seraient contre une intervention dans le pays, et seulement 9 % soutiendraient une telle opération. Une guerre contre le régime de Damas, alors même que Washington essaye de mettre un terme à la présence américaine – très coûteuse – en Afghanistan, serait alors électoralement risqué pour Barack Obama.

Mais Isabelle Lasserre, journaliste au "Figaro", spécialiste des questions militaires et stratégiques, estime au contraire une intervention fort probable. Selon elle, l’opération serait même déjà en cours par le biais de combattants rebelles syriens triés sur le volet et formés en Jordanie par des commandos jordaniens, israéliens et américains.

"Il existe deux scénarios envisageables [en cas d’intervention étrangère], assure-t-elle. On peut imaginer des frappes ciblées contre des objectifs militaires, qui pourraient être menées depuis les bateaux de guerre américains stationnés en Méditerranée et par des missiles de croisière. On peut aussi imaginer la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne qui permet à la fois de protéger les civils et d’offrir un abris aux soldats de l’armée syrienne libre, ceux-là même formés en Jordanie".

"On peut décider de contourner l’ONU"

Selon Chuck Hagel, le ministre américain de la Défense, les États-Unis "envisagent toutes les options". "Si une quelconque action est menée, ce sera avec le concours de la communauté internationale et dans le cadre prévu par les dispositions légales".

Les dispositions légales qu’il évoque risquent cependant fort de se passer d’un accord du Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie oppose, depuis le début du conflit, son veto à toute résolution contre le régime syrien. "Pour toutes les actions militaires, on peut passer par les Nations unies ou décider de les contourner, explique Isabelle Lasserre. Cela s’est déjà produit à plusieurs reprises : en 1999, quand les États-Unis ont lancé une intervention contre les Serbes au moment du conflit au Kosovo. L’Otan a mené le jeu et l’ONU s’est rattachée par la suite au processus international".

"Le problème, poursuit-elle, c’est que si on attend une décision de l’ONU, sur la Syrie, on risque d’attendre très très longtemps, à cause des veto russe et chinois. Et pour l’instant, on ne sait pas ce qui pourrait faire basculer la Russie du côté du reste de la communauté internationale".

 

Première publication : 27/08/2013

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