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Moyen-orient

Syrie : l'intervention militaire ira-t-elle jusqu'à Assad ?

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 27/08/2013

Une coalition militaire se dessine - enfin - contre le régime syrien de Bachar al-Assad. Quelle forme peut prendre cette opération "humanitaire" et quels en sont les enjeux ? Analyse.

Une intervention militaire contre Bachar al-Assad est donc en préparation. Évidemment, aucune annonce officielle n’a été faite - ni ne le sera - mais c’est inévitable. Le ton du secrétaire d'État américain John Kerry, qui rapporte la position de Barack Obama ("Ceux qui utilisent des armes atroces sur des populations sans défense doivent rendre des comptes"), le fait que François Hollande évoque publiquement les différentes hypothèses d’intervention, enfin, la fermeté inhabituelle de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius ("La seule option que je n'envisage pas, c'est de ne rien faire") : Tout ceci indique que les dirigeants des grandes puissances - et même des moyennes - se parlent et ne peuvent plus reculer. Ils préparent donc leurs opinions publiques qui sont réticentes voire opposées à une intervention militaire.

Sauts périlleux

Il faut dire que ces mêmes dirigeants effectuent des sauts périlleux arrière assez époustouflants : à force de répéter, ces derniers mois, qu’il fallait surtout s’abstenir de bousculer la dynamique interne du conflit syrien (en raison de l’opposition des Russes et des Chinois, ou afin de ne pas favoriser une prise de contrôle du pays par des djihadistes), la plupart d’entre nous avaient fini par se résigner, de bonne ou de mauvaise grâce. Il n’y avait plus rien à faire, et, de toute façon, il n’y avait plus d’alternative enviable à Bachar al-Assad.

Restait cette fameuse "ligne rouge" tracée par Obama, celle des armes chimiques, et franchie non pas une, mais au moins deux fois par Damas. Bravade ? Inconscience ? Excès de confiance du régime syrien dans le fait que ceux qui le condamnent quotidiennement n’auraient pas le cran de s’interposer. N’y eut-il pas jusqu’à cette divine surprise égyptienne : les libéraux, impeccables démocrates alliés aux militaires, se livraient bien à leur tour à des massacres pour chasser du pouvoir des islamistes devenus de dangereux "terroristes".

N’était-ce pas là ce qu’Assad disait précisément vouloir éviter à son pays ? Et que faisaient les mêmes belles âmes devant les évènements du Caire et d’Alexandrie ? Rien à part quelques protestations formelles.

Difficile de se mettre dans la peau d’Assad et des membres de sa clique, et peu importe d’ailleurs de chercher à expliquer pourquoi ils se sont sentis autorisés à franchir la "ligne rouge". Contentons-nous, à l’instar de la journaliste franco-syrienne Hala Kodmani, de souligner l’inconséquence tragique des nations qui se préparent à agir : 100 000 morts, non combattants pour l’essentiel, victimes d’armes conventionnelles n’auront pas entamé la placidité des États-Unis et de l’Otan. Un millier de morts victimes de gaz sarin, particulièrement médiatisés par les rebelles et cela devient une autre histoire.

En Syrie, Obama joue sa présidence

Tout à coup, il n’est plus question de djihadistes, ou de la crainte de provoquer une crise internationale majeure en affrontant Moscou. C’est la crédibilité du président de la principale puissance mondiale qui est en jeu. Rien de moins. Dans cette affaire, Barack Obama joue tout simplement sa place dans l’Histoire. Une reculade de plus et il est assuré de ne laisser comme seul souvenir que ses beaux discours. S’il choisit l’action, et surtout si elle est couronnée de succès, il aura une chance de laisser la trace d’un grand président. Un peu comme J. F. Kennedy, qui n’aurait pas été le même sans sa fermeté dans l’affaire des missiles de Cuba.

Il va donc se passer quelque chose. Mais quoi ?

Les options

À partir d’ici, on est dans la conjecture. Puisque l’envoi de troupes au sol en Syrie est a priori exclu, reste deux grandes options :

- Une frappe limitée sur un objectif symbolique. Un ou plusieurs tirs de missiles de croisière, comme ces Tomahawk qui se trouvent à bord des destroyers américains en Méditerranée. Ou bien, puisque c’est "tendance", des tirs de drones. Il ne s’agirait pas de faire tomber Assad mais de "marquer le coup", d’affaiblir - peut-être - le régime à la marge. Mais le risque est qu’au lieu de stopper la folie meurtrière d’Assad et de son clan, elle ne les pousse à agir comme une bête blessée, en redoublant de cruauté. D’autant qu’une frappe limitée ne sera pas suffisante pour le priver de son arsenal d’armes de destruction massive. Sur ce point, le chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, a raison de dire que des frappes sur des objectifs gouvernementaux ne pourront pas arrêter la guerre civile.

- D’où l’autre option, qui au bout du compte est la seule possible : une campagne prolongée de bombardements accompagnée de la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et d’un programme de réarmement des rebelles. C’est ce qu’il fallait faire depuis longtemps. On voit bien que l’invocation d’un repoussoir djihadiste n’a servi qu’à renforcer cette composante de la rébellion encore inexistante il y a un an.

Il est donc vraisemblable que même si elle choisit la première option, la coalition qui est en train de se mettre en place ne soit entraînée dans une opération dont la finalité ne pourra être que l’écrasement du régime syrien.

Tout ceci n’est pas sans risque. Il est notamment difficile de défendre une opération en dehors de l’ONU après avoir tant répété qu’il n’était pas question de contourner le Conseil de sécurité. Mais cela a déjà été fait, pour des raisons d’urgence humanitaire, par l’Otan en Bosnie ou au Kosovo, et même par la Russie en Géorgie. Il est temps de ne plus se cacher derrière les arguties diplomatiques. Quand il y a une volonté, il y a toujours un chemin.

C’est cette volonté qui a fait défaut jusqu’ici, et ce n’est pas glorieux, comme le martèle ces derniers jours le pourtant très mesuré Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-po et spécialiste du monde arabe, qui, dans ses prises de parole publique, a abandonné toute prudence de chercheur. C’est qu’il est bien placé pour savoir que les faits sont maintenant suffisamment établis. Le temps de l’action est venu, même s’il a aussi raison de dire que cette intervention sera beaucoup plus délicate aujourd’hui qu’elle ne l’aurait été il y a encore quelques mois.

Première publication : 27/08/2013

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