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Afrique

Le nouveau gouvernement malien veut incarner la réconciliation

© AFP

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 09/09/2013

Le gouvernement malien, qui a dévoilé sa composition dimanche, prône l'apaisement entre les partis politiques et la réconciliation entre Bamako et le Nord-Mali. Mais certains experts pointent une rupture de façade.

Ouverture ne rime pas forcément avec rupture. Si le nouveau gouvernement malien, dévoilé dimanche 8 septembre, a mis l’accent sur la diversité – avec notamment la nomination d’un ancien chef rebelle et de technocrates -, il s’inscrit dans une certaine continuité. En effet, plusieurs anciens ministres font leur retour sur la scène politique malienne. Selon Vincent Hugeux, journaliste spécialiste de l’Afrique, cette formation gouvernementale se situe "à mi-chemin entre la rupture et le clonage".

Composée de 34 membres, l’équipe formée par le nouveau Premier ministre, Oumar Tatam Ly, veut jouer la carte de l’apaisement en associant d’anciens ministres du gouvernement Amadou Toumani Touré (ATT), déchu en mars 2012, et des membres de la junte militaire à l’origine du coup d’État. Plusieurs figures de la transition dirigée par le chef d’État par intérim, Dioncounda Traoré, au pouvoir entre 2012 et 2013, onze membres actifs du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ainsi que quatre femmes ont également rejoint l’équipe. Le pouvoir s’est par ailleurs doté de deux nouvelles antennes ministérielles : le ministère de la Réconciliation nationale et celui du Développement des régions du Nord. Des créations qui répondent à l’objectif principal que s’est fixé le président IBK : renouer avec le Nord-Mali.

Habileté

Des annonces qui n’ont pas convaincu les journalistes du site d’information malien, Malijet. Selon ce dernier, IBK, qui était attendu pour marquer une "vraie rupture" dans un Mali d’après-guerre, "n’a pas été au rendez-vous". Outre la présence d’anciens ministres, le site ironise sur la nomination de soutiens au président récemment élu. "La junte qui a mouillé le maillot pour qu’IBK accède au pouvoir est récompensée avec deux portefeuilles [le général Moussa Sinko Coulibaly et Abdoulaye Koumaré, respectivement nommés aux postes de ministre de l’Intérieur et ministre des Transports, NDLR]," précise pour exemple l’auteur de l’article.

Pourtant, pour d’autres, IBK et son Premier ministre ont fait preuve d’habileté en n’engageant pas de rupture nette. Joint par FRANCE 24, Vincent Hugeux revient ainsi sur la nomination des anciens putschistes en soulignant une décision judicieuse : "En nommant deux proches du chef de la junte militaire, le général Sanogo, IBK n’a pas négligé l’impact qu’a eu ce capitaine sur la population."

Par ailleurs, le spécialiste relève une forme d’audace dans une nomination particulière : celle de l’ex-chef rebelle, Zahabi Ould Sidi Mohamed. Ce dernier, un Arabo-Berbère natif de Tombouctou, ancien leader dans les années 1990 du Front islamique arabe de l’Azawad, a écopé du ministère des Affaires étrangères, après être passé par la case fonctionnaire international de l’ONU. Une "petite main tendue" envers la rébellion du Nord, selon Vincent Hugeux.

Le MNLA sceptique

Un avis qui n’est pas partagé par les représentants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), insurgés du Nord, qui assurent ne plus avoir vu cet homme dans les rangs de la rébellion depuis près de 20 ans. "Pour nous, Zahabi Ould Sidi Mohamed a été choisi en fonction de ses compétences, pas parce que c’est un ancien chef rebelle, d’ailleurs nous ne l’avons plus vu parmi nous depuis 1994," explique Moussa Ag Assarid, représentant du MNLA en Europe, interrogé par FRANCE 24, avant de souhaiter bonne chance aux nouveaux membres du gouvernement.

Sur la création des deux nouveaux ministères résolument tournés vers la "réconciliation" avec les régions du nord, Moussa Ag Assarid ne peut s’empêcher, à nouveau, de tiquer. "On veut réconcilier qui avec qui ? Le Nord avec le Sud ? Mais nous n’avons pas de problème avec le Sud, c’est avec le pouvoir de Bamako que nous sommes en désaccord," martèle-t-il, avant de prédire que ces ministères ne changeront rien. Il rappelle qu’en 1992, un autre ministère aux fonctions similaires avait été créé, celui dédié aux "zones arides et semi-arides", autrement dit, le Nord. "À l’époque, déjà, cela n’avait quasiment rien apporté," explique-t-il à FRANCE 24.

Un nouveau gouvernement de transition ?

De son côté, André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS, s’interroge sur cette nouvelle formation qui pourrait selon lui être un nouveau gouvernement de transition. "Les ministres peuvent très bien être changés après les élections législatives, [dont la date n'est pas encore déterminée, NDLR]," précise ce spécialiste du Mali, qui pointe par ailleurs le nombre trop faible de femmes dans le gouvernement, "contrairement à ce qu’IBK avait annoncé durant sa campagne"

Désormais pourvus de leur portefeuille, les nouveaux ministres devront s’atteler à rétablir la réputation de la classe politique malienne, entachée ces dernières années de scandales de corruption. Une mission qui pourrait se révéler ardue, si les divergences au sein des membres du gouvernement prennent le dessus. "Cela ne tient qu’à IBK et Oumar Tatam Ly," estime Vincent Hugeux. "C’est un test pour ce tandem, il faut qu’ils fassent preuve d’autorité, c’est à cette condition que les membres du gouvernement pourront travailler en bonne intelligence."

Première publication : 09/09/2013

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