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Economie

Face à la ruée vers l’or des Carpates, les Roumains font grise mine

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/09/2013

Le gouvernement roumain est en passe d'enterrer un projet d’exploitation de la plus grande mine à ciel ouvert d’Europe, dans les Carpates roumaines, qui avait engendré un vaste mouvement de protestation.

Le gouvernement roumain semble prêt à céder à la pression de la rue. Après plus d'une semaine de manifestations, le Premier ministre roumain Victor Ponta a annoncé, lundi 9 septembre, qu'un projet de loi controversé sur l'exploitation de la plus grande mine à ciel ouvert d'Europe avait de fortes chances d'être rejeté.

Ils étaient encore 15 000 dimanche 8 septembre à battre le pavé dans plusieurs villes du pays pour s’opposer au projet du groupe minier canadien Gabriel Resources de réouvrir la mine près du village de Rosia Montana en plein cœur des Carpates en Transylvanie.

Pourtant, sur le papier, le projet semblait prometteur. L'extraction 1 600 tonnes d'argent et de 300 tonnes d’or devait permettre la création de 900 emplois. Une aubaine pour Rosia Montana qui, depuis la fermeture de la mine en 2006, dépérissait à petit feu. Le gouvernement assurait, en outre, que l’exploitation pendant 16 ans de cette mine rapporterait des milliards d’euros en taxes pour l’État.

Mais les opposants à cette nouvelle ruée vers l’or roumain n’ont eu cure de ces considérations économiques. Pour eux, ce projet restait symptômatique de la victoire des intérêts économiques sur toute autre considération. Car, dénonçaient-ils, le rouleau compresseur Gabriel Resources pouvait engendrer une catastrophe humaine et écologique pour Rosia Montana et ses environs.

Cyanure et vieilles pierres

L’exploitation de la mine de Rosia Montana aurait nécessité, en effet, d’après le groupe canadien que 12 000 tonnes de cyanure - l'un des procédés pour extraire l'or - y soit déversées chaque année. Gabriel Resources a eu beau assurer que son projet était conforme aux normes européennes, les détracteurs du projet craignaient de graves répercussions environnementales. “J’aime la nature, pas le cyanure”, reste d’ailleurs l’un des slogans les plus entendus durant les manifestations contre ce projet.

D’autres craignaient également que l’exploitation de la mine vienne mettre à mal le potentiel touristique d’une région pourtant riche en histoire. “Cette mine va détruire une zone très belle où on pourrait développer le tourisme”, rappelait ainsi Ioana Frangulea, une étudiante de Bucarest, lors des premières manifestations début septembre. Rosia Montana est, en effet, construit sur les ruines d’une ville romaine et la région abrite de nombreux vestiges de cette époque. Problème : pour exploiter la mine, la société canadienne allait devoir détruire partiellement quatre montagnes aux alentours, dénaturant ainsi le paysage.

Déni de démocratie ?

Mais le mécontentement dépassait largement les milieux écologistes. “Rosia Montana est devenu un sujet d'intérêt général, qui touche à la notion même de démocratie”, soulignait Hotnews, l’un des principaux sites roumains d’information. Le texte de loi confèrait en effet à la holding Rosia Montana Gold Corporation, détenue à 80% par Gabriel Resources et à 20% par l’État roumain, le droit d’exproprier tout résident refusant de vendre sa propriété. “Une prérogative qui incombe, par définition, à l'État, risquait d'être transférée avec légèreté vers une société privée”, s’insurgeait Hotnews.

Pire : une partie de la population s'était sentie trahie par le gouvernement de Victor Ponta et le parti social démocrate. Lorsqu’elle était encore dans l’opposition, cette formation de centre gauche avait promis de s’opposer au projet de Gabriel Resources. Depuis son accession au pouvoir, la mine de Rosia Montana était devenue une “priorité d’intérêt national”. Une volte-face perçue par une partie des Roumains comme un déni de démocratie.

Le gouvernement espère dorénavant que sa nouvelle prise de position contre ce projet de loi tuera dans l'œuf un mouvement qui, d'après hotnews, était en train de devenir un “phénomène politique sans précédent de notre histoire post-révolutionnaire (1989) – la constitution d'une véritable opposition au sein de la société civile”.

Première publication : 09/09/2013

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