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Amériques

Chili : George Harrison ou Julio Iglesias, instruments de torture sous Pinochet

© AFP | Augusto Pinochet

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 11/09/2013

Une étude britannique révèle que les chansons de Julio Iglesias, George Harrison ou encore Dalida étaient diffusés à hautes doses pour torturer les détenus et les "briser psychologiquement" sous la dictature d'Augusto Pinochet.

De la torture "auditive". Sous le régime dictatorial d’Augusto Pinochet (1974 -1990), la musique du crooner espagnol Julio Iglesias ou celle du chanteur des Beatles George Harrison était utilisée comme instrument de torture pour "briser psychologiquement" les détenus, a révélé une étude britannique publiée à l’occasion du 40e anniversaire du coup d’État du dictateur chilien.

S’appuyant sur les témoignages d’anciens détenus et d’un membre des services secrets sous Pinochet, dont la dictature a fait plus de 3200 morts, l’étude indique que la pratique qui consistait à diffuser à hautes doses des chansons était régulièrement utilisée.

Un ancien détendu raconte comment ses geôliers avaient pris l'habitude d'entonner le "Gigi l'Amoroso" de la chanteuse Dalida avant de l'emmener à l'interrogatoire et de le torturer avec cette même chanson en fond sonore.

"Ils nous obligeaient à chanter"

"La musique était présente 24 heures sur 24. Ils allumaient la radio et passaient tout ce qui était à la mode. Dans les camps de prisonniers, ils mettaient de la musique militaire pour nous faire marcher au pas et ils nous obligeaient à chanter", confirme à l'AFP, Carlos Reyes, un photographe chilien résidant à Londres, emprisonné pendant deux ans sous Pinochet.

Paradoxalement, cet instrument de torture a pu être salvateur. Il a permis aux détenus de tenir le coup et

de trouver le courage de supporter les brimades, estime le docteur Katia Chornik, chercheuse à l’université de Manchester.

"La musique a rapproché les prisonniers car elle était un moyen pour eux de faire face à leurs terribles souffrances. Mais elle a aussi valeur de témoignage, dit-elle. Beaucoup de prisonniers n'avaient plus d'existence officielle et étaient voués à disparaître sans laisser de trace. Les chansons étaient une manière de rappeler qui ils étaient et en quoi ils croyaient."

Avec dépêches

Première publication : 11/09/2013

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