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L'humour du "Canard Enchaîné" ne passe pas au Japon

© DR | Dessin repris dans le quotidien "Mainichi Shimbun".

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 12/09/2013

Le gouvernement japonais a protesté jeudi contre deux dessins humoristiques publiés dans l'hebdomadaire satirique français "Le Canard Enchaîné" à propos de l'octroi des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo malgré la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Les autorités japonaises scrutent ce qui se dit et s'écrit concernant les suites de la catastrophe de Fukushima... jusque dans la presse française. Le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, s'est ainsi ému que "Le Canard Enchaîné" ait publié des dessins humoristiques sur le sujet.

Mercredi 11 septembre, l'hebdomadaire satirique français a effet publié deux dessins à l'occasion de l'octroi des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. L'une des images, signée par le dessinateur Cabu, montre deux lutteurs gringalets coiffés d'un chignon, dont un avec trois jambes et l'autre trois bras, et un commentateur sportif aux allures de Nelson Monfort disant "Marvellous, grâce à Fukushima, le sumo est devenu discipline olympique". La centrale Fukushima Daiichi est esquissée en arrière plan.

"Cela blesse les sinistrés"

Le deuxième dessin, réalisé par Mougey, montre deux travailleurs en combinaison de protection avec un compteur Geiger devant une piscine. "JO 2020 au Japon: la piscine olympique est déjà construite à Fukushima" dit la légende, tandis qu'un des protagonistes ajoute: "On va peut-être réautoriser la combinaison pour les nageurs".

"Ce genre de caricatures blesse les sinistrés de la catastrophe du 11 mars 2011 et véhicule des informations fausses sur le problème de l'eau radioactive à la centrale Fukushima Daiichi. C'est extrêmement regrettable", a réagi le porte-parole du gouvernement japonais. Nous avons l'intention d'adresser un message de protestation au 'Canard Enchaîné' via l'ambassade du Japon à Paris." La diplomatie nippone doit "donner des explications sur la situation à la centrale de sorte que ne soient plus données des informations inexactes sur le Japon", a-t-il encore insisté.

Tollé dans la presse japonaise

Les dessins du "Canard Enchaîné" ont également dérangé la presse nippone. Le journal populaire de centre-gauche "Mainichi Shimbun" a pour sa part titré "Encore les médias français !" au-dessus des deux caricatures incriminées. "Il y a des gens qui ont réellement subi l'impact des radiations et ce genre de dessins les blesse, explique une journaliste japonaise interrogée par l'AFP. Cela provoquerait un énorme scandale s'ils étaient publiés dans la presse nippone."

De façon générale, les Japonais ne supportent pas les galéjades sur Fukushima, fussent-elles destinées à dénoncer les méfaits de l'accident nucléaire causé par le tsunami du 11 mars 2011. Pour eux, cela revient dans tous les cas à remuer le couteau dans la plaie des victimes du drame dont les souffrances psychologiques restent fortes, 160 000 personnes ayant dû quitter précipitamment leur logement.

Une autre boutade de second degré avait déjà choqué les Nippons il y a un peu moins d'un an lorsque dans son émission de divertissement "On n'est pas couchés" sur France 2, Laurent Ruquier avait mis à l'écran un photo-montage montrant le gardien de but de l'équipe japonaise de football, Eiji Kawashima, avec quatre bras, après la défaite de la France face au Japon lors d'un match amical. L'animateur expliquait que c'était l'"effet Fukushima". Le directeur de France 2 avait alors dû présenter ses "regrets" au Japon.

Avec dépêches

Première publication : 12/09/2013

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