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Afrique

Reportage exclusif en Centrafrique : "Ce que nous vivons est pire que tout"

© Capture d'écran FRANCE 24

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 26/09/2013

Six mois après l’arrivée au pouvoir des rebelles de la Séléka, les populations civiles de Centrafrique se retrouvent prises en étau entre les soldats restés fidèles à l’ex-président Bozizé et des "éléments incontrôlés" de la rébellion.

Depuis le renversement du président François Bozizé et l’installation au pouvoir des ex-rebelles de la Séléka, l’appareil d’État – déjà vacillant auparavant – a quasiment disparu en Centrafrique. Nombre des 25 000 combattants de la coalition Séléka n’obéissent plus qu’à leurs chefs directs, qui se sont taillés des fiefs à travers le pays.

Vendredi 13 septembre, le président de transition centrafricain Michel Djotodia, arrivé au pouvoir à la tête de la Séléka le 24 mars, a annoncé à Bangui la dissolution immédiate de cette alliance rebelle. Il avait déjà ordonné publiquement à plusieurs reprises le désarmement et le cantonnement des combattants de l’ex-rébellion. À Bangui, il leur avait même interdit de participer à toute opération de maintien de l’ordre.

Ces effets d’annonce n’avaient jusque-là eu que peu de résultats. Si les observateurs ont noté une légère amélioration de la situation à Bangui, il n’en est rien en province. Des combattants – "incontrôlés" selon les autorités – commettent des exactions, des violences et des pillages à répétition contre la population, comme ont pu le constater Étienne Huver et Boris Heger. Pour FRANCE 24, ils ont pris la route de Bossangoa (250 km au nord-ouest de Bangui) le mercredi 11 septembre.

Les deux journalistes ont accompagné un convoi humanitaire sur cette route, sous escorte militaire de la Fomac (Force d’interposition d’Afrique centrale). Ils ont traversé des dizaines de villages déserts alors que, depuis plus d’une semaine, les civils sont directement pris pour cible par les deux camps qui s’opposent. En chemin, ils ont croisé des groupes d’autodéfense qui harcèlent les troupes du gouvernement.

Les populations civiles visées

À 50 kilomètres de Bossangoa, en ce 11 septembre, le convoi a découvert l’horreur dans un village réduit en cendres quelques heures plus tôt. Au total, six personnes ont été assassinées à coups de machette. Selon la présidence, les exactions de ce type sont le fait de partisans de l'ex-président qui s'en prennent aux habitants de confession musulmane. Michel Djotodia étant le premier président musulman d'un pays très majoritairement chrétien.

Le conflit qui se poursuit attise les tensions entre chrétiens et musulmans, faisant craindre une guerre confessionnelle. Chaque communauté compte désormais ses morts et ses blessés. Plus de 6 000 chrétiens n’osent plus quitter l’évêché de Bossangoa. Les conditions sanitaires y sont extrêmement précaires : un seul point d’eau, deux latrines, pas de médicaments. L’abbé Frédéric Tonfio, vicaire général de Bossangoa, est dépassé : "Ça c’est du jamais vu. Il y a eu des mutineries, des rébellions, mais ce que nous vivons actuellement est pire que tout."

Les 8 et 9 septembre, des affrontements opposant forces du nouveau régime et partisans du général Bozizé avaient fait une centaine de morts près de cette localité, selon un bilan non définitif fourni par la présidence. Selon l'ONG Médecins sans frontières (MSF), des "atrocités ont été commises par les deux parties au conflit".

 

Première publication : 16/09/2013

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