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Afrique

Reportage : les réfugiés syriens ne sont plus les bienvenus en Égypte

© Capture d'écran FRANCE 24 | Abu Mahmoud, un réfugié syrien habitant dans la Ville du 6 octobre

Vidéo par Sonia DRIDI , Kathryn STAPLEY

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 03/10/2013

Menaces, agressions, arrestations, les réfugiés syriens ne sont plus les bienvenus en Égypte où ils sont considérés comme des partisans de l’ex-président Morsi. Beaucoup mettent leur vie en danger en se risquant à fuir vers l’Italie. Reportage.

Deux millions. C’est le nombre de Syriens qui ont fui leur pays en un peu plus de deux ans et demi de guerre, selon le haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés. 250 000 d'entre eux ont choisi l’Égypte où ils pensaient trouver la paix. Mais depuis la chute de Mohamed Morsi en juillet, ils ne sont plus les bienvenus. Accusés d'être proches des Frères musulmans qui soutenaient la rébellion syrienne, ils sont même la cible d'attaques, de harcèlement et d'arrestations arbitraires dans une Égypte où l’État d’urgence vient d'être prolongé de deux mois.

C’est notamment le cas dans la ville d’Alexandrie. "Quelque 100 Syriens seraient actuellement détenus", indique Sonia Dridi, correspondante de FRANCE 24 au Caire, et auteur du reportage sur le sujet avec deux autres journalistes. "Ils cherchaient à rejoindre l’Italie via des passeurs pour ensuite se rendre en Suède, pays qui accorde facilement l’asile aux réfugiés syriens", précise-t-elle.

Les habitants égyptiens s’en mêlent

À la Ville du 6 octobre [nom de la capitale du gouvernorat du 6 Octobre en Égypte, NDLR], à 45 minutes du Caire, la tension est particulièrement palpable. Depuis des mois, des centaines de familles syriennes se sont installées dans des logements populaires, fuyant leur pays en guerre. Abu Mahmoud originaire d'Alep, est arrivé en janvier 2012, avec sa femme et ses trois enfants. Mais depuis la chute du président Mohamed Morsi, à la suite des manifestations du 30 juin, les Syriens sont de plus en plus mal vus. "Avant le 30 juin il y avait environ 310 familles ici. Depuis vendredi dernier, il n'y en a plus que 174. Les gens sont partis pour rejoindre illégalement l'Italie. D'autres sont rentrés en Syrie", témoigne-t-il.

Mais les journalistes de FRANCE 24 ont à peine eu le temps d'entamer leur conversation avec Abu Mahmoud que des résidents en colère sont intervenus pour empêcher les caméras de filmer. "Est-ce que vous filmez pour donner une mauvaise réputation au pays ou quoi ?", s’exclament-ils, poussant les journalistes à quitter les lieux à mesure que la foule grossissait. Ces mêmes résidents n’ont, ensuite, pas hésité à appeler les autorités pour chasser définitivement les journalistes et faire cesser le reportage.

Photo du début de l'altercation entre les résidents et les journalistes à propos du reportage sur les Syriens réfugiés en Égypte. © FRANCE 24

Nouvelles règles migratoires

Pour Abu Mahmoud, ce genre d’incident est symptômatique de l’animosité grandissante envers les réfugiés syriens. "Ma femme est rentrée un jour très apeurée, le visage blême. Elle m'a dit : "je ne quitterai plus jamais la maison !" Elle a dû sauter d'un tuk tuk avec notre petite fille car le chauffeur voulait les kidnapper. Des enfants se sont aussi mis à frapper les nôtres. […] On est vraiment effrayés ici, on vit dans l'horreur", lâche-t-il, dépité.

Activiste égyptien travaillant avec les réfugiés syriens, Saleh, estime pour sa part que les habitants ont réagi de la sorte avec les journalistes "à cause des médias qui décrivent tous les Syriens comme des partisans des Frères musulmans, ce qui est totalement faux. Le nationalisme est propagé par les médias. […] et c'est devenu dangereux malheureusement pour les Syriens d'habiter ici."

La semaine dernière, "3 000 Syriens sont arrivés en Italie, dont une grande majorité en provenance d’Égypte", assure Sonia Dridi. En plus des menaces, "ils ont désormais peur d’être expulsés car le protocole a changé", ajoute-t-elle. En effet, depuis début juillet, les Syriens entrant sur le territoire égyptien doivent désormais être munis d’un visa, ce qui ne leur était pas demandé jusqu’à présent. Par conséquent, beaucoup sont aujourd’hui dans l’illégalité et doivent lutter avec la bureaucratie et la xénophobie.

Première publication : 17/09/2013

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