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EUROPE

L’Église s’est laissée enfermer dans des préceptes, selon le pape

© AFP

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 20/09/2013

Pour sa première interview, le pape François s’est clairement distingué de ses prédécesseurs en affirmant que l’Église ne pouvait plus se focaliser uniquement sur les sujets brûlants que sont l’avortement, la contraception et l’homosexualité.

L’interview aura duré six heures. À peine six mois après son élection, le pape François s’est longuement confié au directeur de la revue jésuite italienne "Civiltà Cattolica", sur sa personnalité mais aussi sur sa conception de l’Église et sa manière de conduire les réformes nécessaires. Un exercice délicat auquel son prédécesseur Benoît XVI ne s’était risqué qu’après plusieurs années de pontificat.

Derrière son approche très spirituelle semble se cacher un véritable discours novateur et réaliste. Exit les polémiques sur l’homosexualité, le préservatif ou l’avortement : Jorge Bergoglio veut être le pape de l’apaisement, de la tolérance. "L’Église s’est parfois laissée enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. […] Les ministres de l’Église doivent être avant tout des ministres de miséricorde", affirme-t-il, estimant que la première réforme de l’Église doit porter sur "nos manières d’être", pas sur des décisions "structurelles ou organisationnelles."

Selon lui, les homosexuels et les divorcés doivent désormais être "accompagnés" "avec compassion" et "à partir de leurs conditions de vie réelles". "Il faut toujours considérer la personne", a-t-il encore estimé.

À la recherche d’un "nouvel équilibre"

Bien que les conservateurs lui ait, selon ses propres dires, reproché de ne pas assez traiter certains sujets de société, le souverain pontife maintient son cap : "Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Ce n’est pas possible. La pensée de l’Église, nous la connaissons, et je suis fils de l’Église, mais il n’est pas nécessaire d’en parler en permanence." Pour lui, chercher à "imposer avec insistance une multitude de doctrines désarticulées" ne mène à rien. Il appelle à "un nouvel équilibre" pour éviter que "l’édifice moral de l’Église ne s’écroule comme un château de cartes."

Et de poursuivre : "la chose dont a le plus besoin l'Église aujourd'hui, c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité". Premier pontife jésuite de l'Histoire, il compare l'Église à "un hôpital de campagne après une bataille" où il serait "inutile de demander à un blessé grave s'il a du cholestérol ou si son taux de glycémie est trop élevé ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste."

"Le génie féminin est nécessaire"

Le pape François a également abordé le sujet de la parité homme-femme qui, selon lui, fait cruellement défaut au sein de l’Église actuelle. "Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. […] Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes", a-t-il expliqué.

Pour Dominique Greiner, éditorialiste chez La Croix, cette première interview est révélatrice d’une nouvelle direction que pourrait prendre l’Église. "Le pape veut plutôt des chrétiens audacieux, qui se portent aux 'périphéries de l’existence', là où la vie est fragilisée et la dignité humaine bafouée. Là où, provoquée, décentrée d’elle-même, l’Église saura faire preuve d’une créativité nouvelle", écrit-il.

Fin juillet, à l'occasion des Journées mondiales de la jeunesse, le pape avait déjà montré son ouverture en déclarant à propos des homosexuels : "Qui suis-je pour juger les gays qui cherchent le seigneur ?"

Première publication : 20/09/2013

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