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Brésil : un stade du Mondial-2014 destiné à devenir une prison

© afp

Texte par Sylvain MORNET

Dernière modification : 25/09/2013

Pour lutter contre la surpopulation carcérale, la justice brésilienne a proposé de transformer le nouveau stade Arena Amazonas de Manaus, qui n'accueillera que quatre matches lors du Mondial-2014, en centre pénitentiaire au terme de la compétition.

À 260 jours du début de la Coupe du Monde de football, le Brésil s'active pour être fin prêt, non sans susciter quelques inquiétudes. Ainsi, une étude du cabinet de recherche allemand ‘Sport Markt’ dévoile qu'un Brésilien sur quatre pense que son pays "n'est pas du tout prêt" pour accueillir la compétition. Des doutes qui s'intègrent dans une crise sociale toujours plus grande au pays du football roi.

À l’occasion de la Coupe des Confédérations en juin dernier, des millions de personnes étaient descendues dans les rues pour protester contre les milliards dépensés pour le prochain mondial, alors que le pays est confronté à d’énormes inégalités sociales et des impôts élevés. Le Brésil va ainsi dépenser environ 3,5 milliards de dollars pour les stades du Mondial-2014.

Douze enceintes sont ainsi prévues alors que la FIFA n’en exigeait que huit. Mais le Brésil a décidé d’ajouter quatre stades sous la pression des politiciens, qui ont utilisé les projets de construction pour créer des emplois et s’attirer les faveurs de leurs concitoyens. De quoi faire bondir l’ancienne gloire de la Seleçao, Romario, désormais membre du Congrès brésilien : "les stades de Manaus, Cuiabá et Natal sont absurdes. Il y aura quelques matches là-bas et puis quoi ? Qui va y aller ? C'est un gaspillage de temps et d'argent. "

Il est vrai que le choix de la ville de Manaus, en pleine forêt tropicale au beau milieu de l’Amazonie, a de quoi étonner. On y construit actuellement pour 280 millions de dollars (207 millions d’euros) l’Arena Amazonas, un stade d’une capacité de 43 000 spectateurs, qui n’accueillera que quatre matches du mondial. L’entretien de l’enceinte devrait coûter plus de 7 millions d’euros par an. Le problème c’est que Manaus, ville de 2,5 millions d'habitants, ne possède pas de clubs en première et en deuxième division brésilienne ! Pas de quoi baisser les bras, car à Manaus, si on n'a pas d’équipe de haut niveau, on a des idées…

L’Arena Amazonas transformée en prison

La justice brésilienne propose de transformer l’Arena Amazonas en un centre de détention provisoire pour faire face à la surpopulation carcérale. "Je ne vois pas de meilleur endroit, même temporairement, pour accueillir des détenus à Manaus", a ainsi déclaré à Associated Press le juge Sabino Marques, président du groupe de surveillance pénitentiaire en Amazonie, dont Manaus est la capitale.

Le stade servirait donc comme premier hébergement pour les condamnés avant de les affecter à leur lieu de détention définitif. Un rôle dévolu actuellement à la prison publique Raimundo Vidal Pessoa qui est surpeuplée et où les conditions y sont insalubres avec 1100 détenus malgré des capacités d’accueil de 400 prisonniers. "Tant que l'État ne peut résoudre le problème en construisant de nouvelles prisons, alors cet espace vide doit être utilisé."

Ce ne serait pas la première fois qu'un stade de football accueillerait des détenus. Cela s'est déjà produit dans de nombreuses dictatures. Au Chili, le Stade National de Santiago a par exemple été utilisé comme camp de prisonniers sous le régime d'Augusto Pinochet (1973-1990). 

Première publication : 25/09/2013

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