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Qatar : morts en série sur des sites du Mondial-2022

© DR | Capture d'écran du reportage du "Guardian".

Texte par Sylvain MORNET

Dernière modification : 26/09/2013

Le journal britannique "The Guardian" a publié une enquête révélant que des dizaines de travailleurs népalais sont morts au Qatar sur les chantiers du Mondial-2022 et que des milliers d’autres ont des conditions de travail inhumaines.

On n'aura jamais autant parlé en amont d’une Coupe du monde que celle que le Qatar organise en 2022. Après les forts soupçons qui pèsent sur l'attribution du Mondial à l'émirat et dont "France-Football" se fait le relais, après l’éventualité de déplacer la compétition en hiver pour éviter des températures caniculaires, après les aveux du président de la Fifa Sepp Blatter sur les motivations politiques de l'attribution de cette Coupe du monde au Qatar, c’est une enquête du quotidien britannique "The Guardian" qui dénonce les conditions de travail des travailleurs émigrés, assimilés à de l'esclavagisme moderne dans l’émirat.

Le Qatar présente une situation démographique unique au monde. Les travailleurs migrants (1,5 million) représentent 94 % de la population du pays. Le ratio le plus élevé au monde. Et le pays, peuplé de 1,9 million d’habitants, entend encore recruter plus d’un million de travailleurs migrants au cours des cinq prochaines années afin de construire les fameux stades, aéroport, routes, réseau ferré et autres infrastructures nécessaires à l’accueil de cette Coupe du monde. 

Des affirmations déjà révèlées en juin 2012 par l'association Human Rights Watch (HRW) qui avait publié un rapport de 146 pages sur les conditions de "travail forcé" des ouvriers -  pour l'essentiel immigrés - qui œuvrent à la construction du paradis artificiel qui doit accueillir la Coupe du monde 2022. En février 2013, la Confédération syndicale internationale (CSI) avait lancé une nouvelle salve de critiques contre les conditions de travail sur les chantiers de l’immense projet baptisé "Qatar 2030".

Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, estimait alors que de nombreux ouvriers immigrés risquaient la mort en raison des conditions de travail difficiles. "Davantage de travailleurs vont mourir pendant la construction [des stades] que de footballeurs fouleront les terrains", déclarait-elle alors au quotidien grec "Avgi". "Le Qatar est un état esclavagiste du XXIe siècle", ajoutait-elle.

Privés d'eau potable par 50 degrés


Human Rights Watch a constaté que le Qatar possède l’un des codes du travail les plus restrictifs du monde "la Kafala" : un employé ne peut pas changer de travail, quitter le pays, obtenir un permis de conduire, louer un logement ou ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de son sponsor, dit kafil, qui peut de son côté mettre fin à son parrainage quasiment à tout moment et renvoyer la personne dans son pays d'origine.  

Chiffres à la clé, le "Guardian" enfonce donc le clou dans son édition du 25 septembre. Des dizaines de travailleurs népalais, presque un par jour, seraient ainsi morts cet été sur les chantiers qataris, la moitié de crises cardiaques. Selon des documents récupérés par le quotidien britannique auprès de l'ambassade du Népal "au moins 44 travailleurs sont décédés entre le 4 juin et le 8 août".

Des milliers d'autres doivent faire face à des conditions de travail inhumaines, notamment à Lusail City, une ville créée de toute pièce qui accueillera la finale du Mondial dans un stade de 90 000 places. L'enquête du "Guardian" évoque ainsi, comme le rapport d’HRW un an avant, le "travail forcé" ou encore le "non-paiement de salaires et de retenue de salaires."

Pire, certains ouvriers sont hébergés dans des chambres d’hôtel à peine salubres partagées à une douzaine et ils se voient également privés d'eau potable, alors même qu'ils travaillent dans le désert par plus de 50 degrés.

En février, Sharan Burrow insistait sur le fait que les ouvriers n'avaient pas le choix car leurs employeurs confisquaient les passeports à leur entrée au Qatar et ne leur délivraient pas de cartes d’identité auxquelles ils ont pourtant droit en vertu de la loi. Dès lors, les travailleurs deviennent des étrangers en situation irrégulière, incapables de quitter leur lieu de travail sans craindre d’être arrêtés. D'après Mayar Kumari Sharma, ambassadeur népalais à Doha, cité par "The Guardian", le Qatar est une "prison à ciel ouvert".

Dans un reportage vidéo édifiant, le quotidien britannique a recueilli d’autres témoignages. "Nous travaillons avec l’estomac vide durant 24 heures, raconte ainsi Ram Kumar Mahara, un Népalais de 27 ans. Quand je me suis plains, mon manager m’a agressé et chassé du camp dans lequel je vivais, tout en refusant de me payer. J’ai dû mendier de la nourriture auprès d’autres travailleurs."

Le Comité suprême Qatar 2022, structure chargée de préparer le Mondial, s'est dit "profondément concerné par ces allégations visant certains prestataires et sous-traitants du site de construction de Lusail City et considère la question avec le plus grand sérieux". Les autorités, assure-t-on du côté de l’émirat, comptent "mener des investigations". 

Première publication : 26/09/2013

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