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Afrique

Le trafic d'ivoire finance les Shebab somaliens

© AFP

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 27/09/2013

Les Shebab de Somalie, à l’origine, selon les autorités kenyanes, de l’attaque terroriste de Nairobi se financeraient en grande partie grâce au trafic d’ivoire, selon une ONG. Chaque année, des milliers d'éléphants sont tués pour leurs défenses.

 

Quel est le lien entre les éléphants africains et les Shebab de Somalie ? Rien d’évident, à première vue. Pourtant, à en croire l’ONG Elephant Action League (EAL), les premiers permettraient le financement des seconds. Plus précisément, ces islamistes venus de Somalie financeraient une grande partie de leurs actions dans la contrebande de défenses de pachydermes africains. Un fléau sur le continent, où chaque année, entre 25 000 et 35 000 éléphants sont tués par des braconniers, selon diverses ONG.

Pendant plusieurs années, Andrea Crosta, directeur de l’EAL, et son équipe, ont mené une enquête sur le trafic d’ivoire. Il y a un an, ils affirmaient dans un article publié en 2012 que "le trafic [de l’ivoire] pouvait représenter jusqu’à 40 % des fonds" dont jouissent les Shebab.
 
"Mais contrairement à d’autres milices, ce ne sont pas les Shebab qui tuent les éléphants", a-t-il précisé jeudi 25 septembre auprès de l’AFP. "Ils font juste le commerce de l’ivoire […] Certains trafiquants au Kenya préfèrent vendre aux Shebab, non seulement parce qu’ils payent bien, mais aussi parce que ça évite les tracas et les risques pour faire sortir l’ivoire du pays."
 
"Nous demandons à la communauté internationale de commencer à considérer tous les trafiquants d’ivoire (et de corne de rhinocéros), les commerçants, les acheteurs et même les gouvernements comme des complices de facto de ces massacres, d’exploitation de l’être humain et même de terrorisme", poursuit Andrea Costa.
 
Selon l’ONG, l’argent de l’ivoire permet aux Shebab d’avoir la "mainmise sur de jeunes soldats dont beaucoup n’ont pas de motivation idéologique". Avant l’intervention kényane en Somalie d’octobre 2011, "entre une et trois tonnes d’ivoires, vendues à environ 200 euros par kilo, transitaient chaque mois par les ports de Somalie du sud", estime l’organisation.
 
90% du trafic est destiné à l’Asie
 
À en croire Andrea Crosta, l’intervention militaire du Kenya n’a pas mis fin à ce trafic. "Mais les Shebab ont dû s’adapter notamment après la perte des ports de Kismayo et Merca. Ils contrôlent toujours de vastes zones dans le sud de la Somalie. Ils opèrent à travers la frontière et ont mis en place un réseau efficace au Kenya".
 
Le commerce mondial de l’ivoire a été interdit en 1990 par la Convention des Nations unies sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacés d’extinction (Cites). Mais la vente de défenses d’éléphants représente un commerce extrêmement lucratif tant la demande est forte, notamment en Asie – le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) estime que 90% du commerce illégal d’ivoire a pour destination finale la Chine et la Thaïlande, où l’ivoire est prisé pour la fabrication d’objets d’art, et considéré comme ayant des vertus médicinales.
 
Bas Huijbregts, du World Wildlife Fund (WWF), estimait, dans une longue enquête de Jeune Afrique publiée en juillet dernier, que le marché mondial du commerce de l’ivoire représenterait entre 500 et 900 millions de dollars chaque année. Et les saisies massives (c’est-à-dire supérieures à 800 kg) augmentent constamment. "Cela témoigne de l’implication des grands réseaux criminels, seuls capables d’organiser et de financer de telles expéditions", affirme Tom Milliken, directeur du Système d'information sur le commerce des éléphants (Etis), également cité par Jeune Afrique.
 
Selon un rapport de l’ONU publié en mai 2013, les Shebab ne sont pas les seuls groupes terroristes à se financer grâce au trafic d’ivoire. Le représentant de l’ONU en Afrique centrale y assurait avoir "été informé, lors de consultations avec les autorités locales dans la région, que le commerce illégal de l’ivoire peut constituer une importe source de financement pour des groupes armés, dont la LRA [l’armée de résistance du Seigneur, groupe rebelle ougandais, NDLR]".
 
Avec dépêches

 

Première publication : 27/09/2013

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