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EUROPE

La droite italienne peut-elle se passer de Berlusconi ?

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 01/10/2013

La démission de cinq ministres provoque une crise au sein de la droite italienne. Plusieurs membres du parti de Silvio Berlusconi menacent de faire scission. La droite italienne pourrait-elle s’affranchir du Cavaliere ?

"Un geste fou". C’est par ces mots que le chef du Conseil italien, Enrico Letta, a qualifié dimanche 29 septembre la démission des cinq ministres de son gouvernement de coalition, tous issus du Popolo della Liberta (Peuple de la Liberté - PDL). Ces démissions exigées par le numéro un de ce parti, Silvio Berlusconi, en réaction à sa possible exclusion du Sénat et à la déchéance de son immunité parlementaire, mettent en péril le gouvernement d’Enrico Letta. Et provoquent une crise profonde au sein du propre parti du Cavaliere.

Ces démissions ont été fustigées par la quasi-totalité de la presse. "De nombreux parlementaires du PDL sentent dans leurs villes respectives la forte contrariété de leurs électeurs face à la chute du gouvernement d’Enrico Letta", écrivait le quotidien "La Stampa" dans son édition de samedi. "Des électeurs qui ne comprennent pas le geste du Cavaliere. Ou mieux, des électeurs qui le comprennent comme une réaction à ses ennuis judiciaires".

Dans les rangs du PDL, la colère gronde et une fronde émerge. Les ministres démissionnaires ont affirmé avoir obéi à Berlusconi par "loyauté" envers lui, tout en critiquant "l’extrémisme" de l’entourage de leur mentor. Des propos qui dédouanent le Cavaliere de la crise politique naissante mais qui illustrent en filigrane l’ambiance de plomb qui règne au sein du parti, où une scission se profile.

"Obéissance aveugle et absolue"

Une grande partie des partisans de Berlusconi ne veulent pas, en effet, d’une nouvelle crise politique, ni d’élections anticipées, à un moment où l’Italie affiche des résultats économiques catastrophiques. "En Italie, il y a un parti qui fait des primaires pour choisir entre l’eau plate et l’eau gazeuse [référence aux contestataires du Mouvement 5 étoiles - M5S - de Beppe Grillo, NDLR], et il y a un autre parti où ils se retrouvent à cinq à déjeuner et décident de faire chuter le gouvernement", s’est indigné Gaetano Quagliarello, l’un des ministres démissionnaires, et l’un des principaux fondateurs du PDL. Les instances dirigeantes du parti n’ont en effet pas été consultées avant que l’ordre soit donné aux ministres de démissionner. Ce qui fait grincer bien des dents au sein du bureau du PDL.

Même le vice-président du Conseil, également démissionnaire, Angelino Alfano, jusqu'à présent considéré comme le dauphin de Silvio Berlusconi, a assuré qu’il envisageait de devenir "berlusconien autrement". "La Stampa" résume à juste titre : "Combien résisteront cette fois à l’obéissance aveugle et absolue au Chef ? Le monde de Berlusconi n’a jamais été autant en désaccord avec Berlusconi".

Lundi soir, l’ancien président du Conseil a tenté de resserrer les rangs de sa formation. "Nous devons rester unis, le linge sale se lave en famille", a-t-il déclaré au cours d'une réunion de ses parlementaires, organisée en urgence à la Chambre des députés. "Nous ne sommes pas des extrêmistes, personne ne m’a contraint à prendre cette décision [de donner l’ordre aux ministres du PDL de démissionner, NDLR]", a-t-il poursuivi. Pas sûr que les propos du numéro un du PDL parviendront à calmer les ardeurs des frondeurs.

"Berlusconi occupe tout l’espace vacant"

Si ces derniers persistent dans leur révolte et fondent un parti politique, la nouvelle formation parviendra-t-elle à survivre en s’affranchissant de Silvio Berlusconi ? Sans l’émergence d’une figure politique autre que celle du Cavaliere, c’est peu probable, estime Pierre Musso, politologue et auteur de "Berlusconi : le nouveau prince". "C’est justement parce qu’il y a un vide à droite que Berlusconi résiste tant", affirme-t-il. "Quand il est rentré en politique en 1993 sur les cendres de l’alliance de la démocratie chrétienne et des socialistes, qui gouvernaient depuis l’après-guerre, il a occupé tout cet espace laissé vacant, et s’est employé à écarter tous ceux qui pouvaient s’imposer comme une voix alternative à lui-même".

Ce fut notamment le cas de Gianfranco Fini, vice-président du Conseil des ministres entre 2001 et 2006, puis ministre des Affaires étrangères de 2004 à 2006 sous deux gouvernements dirigés par Silvio Berlusconi. Il fut longtemps le bras droit du Cavaliere, avant de claquer la porte du PDL pour fonder son propre parti Futur et liberté. Fort d’une grande popularité, et d’un nombre élevé de partisans, il tente, en 2009, de renverser le gouvernement de son ancien mentor en provoquant un vote de confiance au Parlement, mais loupe son coup de peu. Plusieurs de ses fidèles ont retourné leur veste, comme par magie, pendant le vote.

Forza Italia en recours

Mario Monti, technocrate nommé à la tête du gouvernement en novembre 2011 au moment où la dette italienne atteignait des sommets, a aussi été victime des méthodes berlusconiennes. Lui, qui incarnait l’espoir de la droite chrétienne centriste et bénéficiait de l’appui du Vatican ainsi que des partis de centre-droit européens, a fini marginalisé après les élections de février dernier. Ce fervent partisan de l’austérité a subi de plein fouet la vindicte du Cavaliere contre "l’Europe germano-centrée", et ne s’en est pas relevé.

"Il y a donc eu des tentatives de troisième voie politique, mais elles ont toutes échoué", poursuit Pierre Musso. "Silvio Berlusconi a été élu trois fois. Même en février dernier quand tout le monde le donnait politiquement mort, son parti est parvenu à obtenir de très bons scores [près de 30 % des scrutins, NDLR]". L’homme jouit en effet depuis vingt ans d’un appui populaire qui, même s’il s’émousse, reste solide. "Il n’est pas certain que la droite parvienne à s’affranchir de Berlusconi, même si le Sénat confirme sa mise à l’écart du Parlement", analyse encore Pierre Musso. Il l’a dit lui-même : "Si je suis exclu du Sénat, je dirigerai Forza Italia [Le Cavaliere tente de reformer le parti politique qui l’a lancé en 1993, NDLR], sans être candidat, comme Peppe Grillo le fait avec le parti M5S'. Tant qu’une force alternative n’émerge pas et que Berlusconi bénéficie d'une assise populaire aussi forte, il ne disparaîtra pas".

Première publication : 30/09/2013

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