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Crise en Syrie : la diplomatie française enchaîne les camouflets

© AFP

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 30/09/2013

Si Bachar al-Assad juge que l'Europe n'a aucun rôle à jouer dans la crise en Syrie, la France tente, de son côté, de rester en première ligne sur le dossier, malgré une série de camouflets subis par sa diplomatie.

L'accord russo-américain sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien, dont la France a été tenue à l’écart, alors qu’elle se veut en première ligne sur le dossier syrien, a été entériné par le vote d’une résolution non contraignante du Conseil de sécurité de l’Onu, le 27 septembre.

Cette résolution ne prévoit en effet aucun régime de sanctions automatiques en cas de non-respect de ses termes, pas plus qu’elle ne mentionne une saisine de la Cour pénale internationale (CPI), alors que Paris avait conditionné son vote à l’acceptation de ces points. "Pour être acceptable par la France (...), la résolution devra prévoir que des mesures sous chapitre VII - qui autorise des sanctions automatiques, y compris une action militaire - puissent être prises en cas de non-respect par la Syrie de ses engagements", avait notamment avertit le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, avant l’adoption du texte définitif.
 
La France et l’Europe marginalisées
 
Les "conditions minimales" de la France ont toutes été jugées inacceptables par Moscou, qui a eu le dernier mot. "L’exécutif français s’est illustré par une gestion décalée de ce dossier, les objections des Russes étaient plus que prévisibles, sachant en plus que cette dernière ne souhaitait négocier qu’avec les Américains", constate Paul Vallet, spécialiste des relations internationales, contacté par FRANCE 24.
 
Les camouflets se suivent, et se ressemblent pour Paris concernant la crise syrienne. Fin août, la France était déterminée à "punir" le président Bachar al-Assad, en réponse à l'attaque chimique du 21 août, imputée par les Occidentaux à Damas. En effet, François Hollande avait mis en branle la machine diplomatique et militaire de la France, qui s’apprêtait à lancer l’opération militaire un temps annoncée imminente contre le régime syrien
 
Au lieu d’une opération censée placer les Français comme les seuls alliés des États-Unis, Washington et Moscou ont réglé cette affaire en tête à tête, sans que Paris n’ait son mot à dire. Au final, le rétropédalage de Barack Obama, trop peu pressé d’engager son armée dans une nouvelle guerre, a mis en lumière le retour de la Russie de Vladimir Poutine sur la scène internationale, et marginalisé, à travers le sort réservé à la France, les membres de l’Union européenne.
 
"L’impossibilité pour la France de rallier les autres grandes puissances européennes, comme l’Allemagne, et le forfait déclaré par les Britanniques, a grandement compliqué la tâche de la diplomatie française, qui s’est retrouvée de fait isolée sur la scène internationale, faute d’une meilleure appréciation du soutien politique extérieur", explique Paul Vallet. Selon lui, la France a commis l’erreur de se baser sur le précédent malien, "un cas géré avec succès par Paris", qui s’était passé de ses partenaires européens pour partir en guerre, "alors que la Syrie, est un tout autre cas de figure, puisqu’il fait partie de la zone d’influence de la Russie".
 
Paris n’a pas renoncé à jouer dans la cour des grands
 
Cette déconvenue n’a guère échappé à Bachar al-Assad. Dans une interview diffusée dimanche par la chaîne de télévision italienne RaiNews24, le président syrien a nié toute légitimité à l'Europe pour jouer un rôle dans la résolution de cette crise, notamment dans le processus de la conférence de paix sur la Syrie, dite "Genève 2". "Franchement, la plupart des pays européens n'ont pas la capacité de jouer un rôle dans Genève 2, car ils ne possèdent pas les atouts nécessaires pour réussir dans ce rôle", a-t-il souligné. "(…) Comment peut-on jouer un rôle si on manque de crédibilité ?", s'est-il interrogé.
 
Laurent Fabius a rapidement réagi à cette pique ce matin sur la radio France Inter. "Monsieur Bachar al-Assad raconte ce qu'il veut. On doit l'entendre comme un criminel contre l'humanité, responsable de plus de 100 000 morts, et qui a fait gazer 1 500 personnes de sa population", a-t-il rétorqué.
 
De son côté, le gouvernement français argue que sans la pression internationale exercée par les Américains et les Français, la Russie n’aurait pas accepté de voter une résolution contre la Syrie. Et Paris, qui n’a pas renoncé à jouer dans la cour des grands, entend peser sur la suite des évènements, dans la mesure où les pays européens seront associés à Genève 2.
 
Le processus en vue de cette conférence, qui devrait se tenir mi-novembre, "c'était au départ surtout une affaire russo-américaine", a reconnu Laurent Fabius. Il a précisé qu'il avait "proposé et obtenu" qu'y soient associés les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité, la Chine, la Grande-Bretagne et la France. Au final, alors que sa diplomatie n’a eu de cesse de réclamer le départ du président syrien, Paris assure désormais privilégier l’option politique, et s’apprête désormais à négocier avec le maître de Damas.

 

Première publication : 30/09/2013

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