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EUROPE

Trafic de drogues : l’échec cuisant des autorités mondiales depuis 1990

© AFP

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 01/10/2013

Jamais les drogues n’ont été si peu chères et si pures selon une étude réalisée par plusieurs instances internationales. Le signe que les autorités mondiales "ont perdu la guerre" contre les narcotrafiquants, selon les auteurs du rapport.

Ils ne transigent ni sur la qualité ni sur la quantité et pourtant, en à peine 20 ans, les narcotrafiquants sont parvenus à rendre les stupéfiants plus accessibles que jamais. Selon une étude publiée mardi 30 septembre par le "British Medical Journal", les drogues “douces” comme “dures” sont même de plus en plus pures (exception faite de la cocaïne en poudre) et de moins en moins chères pour les consommateurs. En Europe, par exemple, les prix des opiacés, dont l’héroïne, et de la cocaïne ont respectivement baissé de 74 % et 51 % entre 1990 et 2010, rapporte l’étude.

Parallèlement, des quantités de drogues toujours plus importantes sont saisies chaque année à travers le monde. Pour le seul territoire américain, les saisies effectuées entre 1990 et 2010 ont augmenté de 465 % pour le cannabis et de 49 % pour l’héroïne. Des chiffres qui, selon l’étude, ne démontrent pas l’efficacité des autorités mondiales mais plutôt leur incapacité criante à lutter contre le trafic de stupéfiants et leur impuissance face à des réseaux organisés et puissants. Une estimation récente des Nations unies indique d’ailleurs que le marché de la drogue illicite pèse a minima 350 milliards de dollars par an (260 milliards d’euros).

La dépénalisation comme nouvelle stratégie

Les chercheurs, qui se sont basés sur les données de sept observatoires internationaux reconnus, affirment qu’au vu de ces chiffres édifiants, les autorités mondiales ont officiellement “perdu la guerre contre la drogue.” Pour remédier à cet échec, le rapport préconise aux gouvernements internationaux de totalement repenser leur combat : “Nous devrions chercher à développer des politiques qui placent la santé et la sécurité des concitoyens en tête de nos efforts plutôt que de faire de la drogue une question relevant avant tout de la justice criminelle”, explique le Dr. Evan Wood, un des auteurs de l’étude.

La solution se trouverait désormais dans la dépénalisation et l’encadrement puisque “l’approche punitive et prohibitive adoptée partout dans le monde a démontré qu’elle était largement contre-productive, inefficace et particulièrement coûteuse”, souligne Ethan Nadelmann, co-auteur de l’étude et directeur de la Drug Policy Alliance à New York. Pour lui, la stratégie de répression menée depuis les années 1990 “n’a généré qu’une augmentation conséquente de la violence, des crimes et de la corruption sans pour cela réduire l’accessibilité des drogues.”

Cette étude constitue donc “la sonnette d’alarme” pour que l’option de la légalisation des drogues deviennent désormais “une priorité”, ajoute Danny Kushlick, autre contributeur. “Il est largement temps pour nos leader politiques, notamment en Europe, d’explorer les alternatives efficaces en matière de lutte contre la drogue. Des milliards de dollars et des millions de vies sont en jeu”, assure-t-il.

Convaincre les décideurs politiques... et l’opinion

Espagne, Portugal, Italie ou encore République tchèque… Plusieurs pays européens prennent déjà la bonne direction, d’après les chercheurs. La consommation de cannabis y est notamment dépénalisée et simplement passible, dans le pire des cas, d’une amende.

Reportage photo dans une "salle de shoot" suisse

Ailleurs, la question de la consommation de drogue fait régulièrement débat. Peu avant la publication de l’étude, un éminent chef de la police britannique a fait une sortie particulièrement remarquée en déclarant que les toxicomanes “devraient être traités et soignés plutôt que criminalisés” afin de réduire les sources de revenus des dealers et détruire ainsi “leur pouvoir et leur influence” sur la rue. Un point de vue qui demeure toutefois minoritaire outre-Manche.

En France aussi le débat fait rage, qu’il s’agisse de la dépénalisation du cannabis ou encore de l’implantation de “salles de shoot” où les toxicomanes pourraient être mieux encadrés. La première “salle de consommation à moindre risque” de l’Hexagone devait voir le jour en novembre dans le Xe arrondissement de Paris mais l'absence de permis de construire et surtout la vive opposition des riverains ont, pour l’heure, bloqué le projet.

Autant de débats qui laissent penser que les leaders politiques - même s’ils étaient enclins à considérer la question - se heurteraient forcément à une partie de l’opinion publique.

Première publication : 01/10/2013

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