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Afrique

La Gambie claque la porte du Commonwealth qu’elle juge "néo-colonialiste"

© AFP | Le président gambien Yahya Jammeh

Vidéo par Kéthévane GORJESTANI

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 03/10/2013

Après 48 ans sous la houlette du Commonwealth, la Gambie a décidé de se retirer de l’organisation anglophone, sans justification claire. Depuis le coup d’État de 1994, les accrochages entre Londres et Bangul sont réguliers.

Ancienne colonie britannique, la Gambie a annoncé, mercredi 2 octobre, son retrait "avec effet immédiat" du Commonwealth, organisation anglophone regroupant désormais 53 États, qu’elle avait rejoints en 1965.

Sans fournir d’explication, le gouvernement a simplement affirmé que la Gambie ne “sera jamais membre d'une institution néo-coloniale, et ne fera jamais partie d'une institution qui représente un prolongement du colonialisme."

Si la Gambie a émis le souhait de sortir du Commonwealth, son coût pourrait lui donner matière à réflexion. Fin 2011, la Jamaïque avait renoncé à ce même projet, alors que le Premier ministre avait fait de la sortie du Commonwealth sa mesure phare.

Membre du Commonwealth depuis son indépendance en 1962 , l’île caribéenne a voulu "boucler la boucle". "L’heure est arrivée ", avait alors annoncé le Premier ministre, lors de son investiture en janvier 2012.

Pour cela, il aurait fallu retirer la couronne d’Édouard des uniformes de la police, et la facture se serait élevée à plus de 4 millions d’euros. Le retrait du seul motto "Tria Juncta in Uno" (en référence à l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande) sur les quelque 20 000 uniformes serait revenu à plus d’un million d’euros. Avec une dette qui s’élève à 140 % de son PIB, le gouvernement a décidé de rester encore quelques temps sous l’aile britannique.
 

À Londres, un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a jugé cette décision “regrettable”, si elle venait à se confirmer. Mais "l'appartenance au Commonwealth relève du gouvernement de chaque État membre", a rappelé ce porte-parole du Foreign Office.

Silence radio au gouvernement gambien

Aucun membre du gouvernement gambien ne s’est, pour l’heure, exprimé sur cette décision surprenante, même si les relations ont toujours été tendues entre le président gambien au pouvoir depuis près de deux décennies et l'ancienne puissance coloniale. Seul un responsable au ministère gambien des Affaires étrangères, sous couvert d’anonymat, a indiqué à l’AFP que ce choix faisait suite au rejet , en avril 2012, de la proposition par le Commonwealth de créer à Banjul des commissions pour les droits de l'Homme, les médias et la lutte contre la corruption.

Porté au pouvoir par un coup d'État en 1994, élu en 1996 et réélu trois fois (2001, 2006, 2011), le président Yahya Jammeh règne en maître sur la Gambie, mince bande de territoire entourée par le Sénégal francophone. Son régime est régulièrement critiqué par des défenseurs des droits de l'Homme - Royaume-Uni en tête - pour des violations des libertés, et des prises de position très controversées.

Colères régulières du président gambien

Du côté de Banjul, on reproche à Londres d’avoir soutenu l’opposition en 2011, lors de la dernière élection présidentielle gambienne. 

Et de manière générale, les sorties intempestives du président contre l’Occident sont récurrentes. En ligne de mire, parmi ses thématiques de prédilection : la communauté gay. Le régime accuse en effet les pays occidentaux de conditioner leur aide à la Gambie aux droits des homosexuels.

"Si vous voulez nous donner de l'aide pour que nous marions les hommes avec les hommes, et les femmes avec les femmes : abandonnez. Nous n'avons pas besoin de votre aide, car aussi longtemps que je serai président de la Gambie, vous ne verrez jamais cela arriver dans ce pays", avait-il déclaré devant le Parlement le 21 avril 2012, quelques semaines après l'inculpation d'une vingtaine d'hommes pour homosexualité. "Quelquefois, vous entendez beaucoup de tapage sur les lois de notre pays ou sur mes déclarations, laissez-moi très clairement vous dire que vous ne m'achèterez pas pour effectuer un acte diabolique et impie", avait-il ajouté.

Dans un autre genre, en août 2012, Yahya Jammeh avait également suscité un tollé en affirmant que tous ses condamnés seraient exécutés avant la mi-septembre, malgré les nombreux appels de la communauté internationale à faire abolir la peine de mort. Une semaine plus tard, neuf personnes - principalement accusées de trahison - étaient fusillées par un peloton d’exécution.

Avec dépêches

Première publication : 03/10/2013

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