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SPORT

Le Mondial-2022 au Qatar, l'épine dans le pied de la Fifa

© Archives AFP

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 03/10/2013

Depuis l'attribution en 2010 du Mondial-2022 au Qatar, les polémiques se succèdent à la Fifa. Embarrassée par ce choix, l'instance se réunit pour discuter d'un transfert du tournoi en hiver et des accusations d'esclavagisme visant l'émirat.

En décembre 2010, après l’annonce de l’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, Barack Obama, qui soutenait alors la candidature des États-Unis, avait déclaré qu’il s’agissait  "d’une mauvaise décision". Trois ans plus tard, les scandales qui se sont succédé autour de ce choix semblent donner raison au président américain : soupçons de corruption, températures caniculaires et accusations d’esclavagisme. En septembre, le président de la Fédération internationale de football (Fifa), Sepp Blatter, a lui-même reconnu que le choix de l’émirat pour accueillir la compétition était "une erreur à l’époque". Alors que la polémique enfle, le comité exécutif de la Fifa se réunit à son siège de Zurich pendant deux jours, les 3 et 4 octobre, pour discuter de ces dossiers brûlants.

Des morts en série sur les sites du futur mondial

Le dernier épisode du feuilleton "Qatar" concerne les récentes révélations du journal "The Guardian". Fin septembre, le quotidien britannique a publié une enquête dévoilant que  44 travailleurs népalais sont morts cet été sur les chantiers qataris du Mondial-2022.

En réponse, le comité d'organisation de la Coupe du monde s’est déclaré "horrifié" par cet article. La Fifa a également fait part de ses inquiétudes sur les conditions de travail des ouvriers et a précisé qu’elle allait soulever le problème lors de la réunion de son comité exécutif. L'émirat rejette pour sa part ces accusations d’esclavagisme, parlant "d’informations fausses" et de "chiffres exagérés". Une délégation internationale de défense des travailleurs va par ailleurs se rendre sur place le 7 octobre pour constater les "conditions de travail des migrants".

Un transfert en hiver du Mondial ?

Outre ces embarrassantes allégations, le comité exécutif de la Fifa va devoir s’exprimer sur le possible déplacement du Mondial-2022 en hiver en raison des chaleurs accablantes l'été, près de 50 degrés. En juillet, Sepp Blatter avait fait part pour la première fois de son désir de voir les matchs se disputer durant la période hivernale plutôt qu’en juin, où se déroule traditionnellement le tournoi.

"Il est clair qu'on ne peut pas jouer par cette chaleur en plein été, il faut prendre en compte la santé des joueurs. C'est possible de refroidir un stade mais pas un pays tout entier. C'est pourquoi le comité exécutif doit se montrer courageux et faire prendre conscience aux fédérations qu'il faut changer quelque chose", avait-il alors expliqué.

Mais ces déclarations ont été mal accueillies par les fédérations des grands championnats européens comme la France, l’Angleterre, l’Espagne ou encore l’Italie qui devront bouleverser leur calendrier et perdre certains revenus si le Mondial se déroule durant la période hivernal. Ce changement poserait également un problème de coexistence vis-à-vis des Jeux olympiques d’hiver qui doivent se dérouler à la même période en 2022. L’Australie, candidate malheureuse pour l’organisation du Mondial-2022 a aussi fait part de son mécontentement. Le pays pourrait demander à se faire rembourser ses 30 millions d’euros d’investissements car il avait présenté, à l’époque, un projet pour une Coupe du monde estivale et non hivernale.

Les dessous de table de la Fifa

La Fifa est aussi empêtrée dans des soupçons de corruption. Alors que depuis 2010, différentes enquêtes journalistiques ont accusé les dirigeants qataris d’avoir acheté le vote, Sepp Blatter a reconnu dans un récent entretien à l'hebdomadaire allemand "Die Zeit" que le choix du Qatar avait été influencé par des intérêts politiques et économiques.

Ces différents mea culpa du président de la Fifa ne sont toutefois pas désintéressés. À l’approche des prochaines élections de la fédération internationale en 2015, Sepp Blatter cherche à se montrer sous son meilleur jour. Alors que le Suisse avait voté en 2010 pour les États-Unis, Michel Platini, son principal rival, a reconnu avoir donné sa voix pour le Qatar. Le patron mondial du ballon rond a d’ailleurs impulsé de nombreuses réformes pour éviter de nouveaux scandales. L’attribution de la Coupe du monde se fera désormais par vote du congrès, et non plus par vote du comité exécutif.

Sepp Blatter a également chargé l’ancien procureur américain Michael Garcia de faire la lumière sur les accusations de pot-de-vin éclaboussant plusieurs membres du comité exécutif de la Fifa lors du vote de 2010 pour l'attribution de la Coupe du monde à la Russie en 2018 et au Qatar en 2022. Cet enquêteur en chef doit entamer dans les prochains jours une tournée des différents pays impliqués dans ce scrutin.

Première publication : 03/10/2013

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