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Amériques

Après les États-Unis, le Canada épinglé pour avoir espionné le Brésil

© AFP

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 07/10/2013

Des documents confidentiels publiés par Edward Snowden indiquent que le Canada a surveillé le ministère brésilien des Mines et de l'Énergie. La présidente Dilma Rousseff, qui crie à l’espionnage industriel, demande des explications à Ottawa.

Les États-Unis ne sont désormais plus les seuls à s’être empêtrés dans une affaire d’espionnage avec le Brésil. Leur grand voisin du nord a fait usage de techniques similaires pour surveiller les communications du ministère brésilien des Mines et de l'Énergie, selon des documents des services de renseignement canadien (CSTC) dévoilés dimanche 6 octobre par Globo, la chaîne de télévision la plus importante du Brésil.

Edward Snowden, un ancien informaticien américain âgé de 30 ans, est recherché par les États-Unis pour avoir révélé aux médias l'ampleur de la surveillance exercée par les services de renseignement américains, l'Agence nationale de sécurité (NSA).

Snowden a passé plus d'un mois dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou avant de bénéficier de l'asile politique en Russie où il se trouve toujours.

À l’origine de la fuite, un certain... Edward Snowden. Ces documents qu’a publiés l’ancien analyste américain réfugié en Russie montrent un schéma détaillé des communications du ministère, comprenant les appels téléphoniques, les courriers électroniques et les navigations sur Internet.

Dans une rafale de messages publiés sur son compte Twitter lundi, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a fait part de sa colère. “Cette situation est inadmissible entre des pays qui se prétendent partenaires. Nous condamnons fermement cette cyber-guerre”, a-t-elle lâché. Avant d’ajouter quelques minutes plus tard : "Il est urgent que les États-Unis et ses alliés mettent fin à ces actions d'espionnage une fois pour toutes." La chef de l’État a demandé au Canada que des explications sur cette affaire lui soient fournies.

Silence radio du côté d’Ottawa

Mais Ottawa ne semble pas enclin à s’exécuter : “Nous ne commentons pas les activités de collecte de renseignements à l'étranger", a déclaré à l'AFP Julie Dimambro, porte-parole du ministère canadien de la Défense, dont relève le CSTC.

La mission du centre consiste notamment à "acquérir et utiliser l'information provenant de l'infrastructure mondiale d'information dans le but de fournir du renseignement étranger, en conformité avec les priorités du gouvernement du Canada", est-il précisé sur le site du CSTC.

Selon Globo, le programme d'espionnage canadien, nommé Olympia, épiait les communications du ministère afin de vérifier les contacts que le Brésil pouvait entretenir "avec d'autres groupes que Petrobras [le géant public pétrolier], au Brésil ou à l'étranger". L'un des documents signale d’ailleurs des appels du ministère vers d'autres pays, en Amérique latine mais aussi en Afrique du Sud et au Moyen-Orient, ainsi que vers l'Organisation latino-américaine de l'énergie (Olade).

Encore plus édifiant, les documents montrés par Globo comportaient également des conseils sur la manière d'améliorer l'espionnage au Brésil, suggérant même que l'agence canadienne de renseignement travaille avec le groupe TAO, nom de code d'une unité d'espionnage d'élite américaine.

Lutte anti-terroriste contre espionnage industriel

Ces révélations surviennent quelques semaines après que la presse brésilienne a publié des documents des services secrets américains. Cette fois-ci, ce sont les communications de la présidente brésilienne Dilma Rousseff qui ont été espionnées ainsi que celles de ses collaborateurs proches et de millions de Brésiliens.

Également dans le viseur des espions américains : de nombreuses entreprises telles que Petrobras, qui semble décidemment attirer toutes les convoitises... Depuis cette affaire, les relations entre les deux pays se sont quelque peu dégradées et la présidente brésilienne a même reporté sa visite prévue début octobre à Washington.

Pour se défendre, Washington avait nié les accusations d’espionnage industriel assurant que la surveillance n’avait été exercée que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Un argument difficilement utilisable pour Ottawa au vu de la nature de l’espionnage et des “nombreux intérêts que le Canada a au Brésil, en particulier dans le domaine minier”, a souligné à Globo dimanche soir le ministre des Mines et de l'Énergie, Edilson Lobao, qui a qualifié cette affaire de “grave”.

Avec dépêches

Première publication : 07/10/2013

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